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Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2013-11-28

Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-11-28

Wortprotokoll

Dans notre pays, tous les jours, comme d'ailleurs ce matin aussi, des femmes et des hommes se lèvent pour se rendre à leur travail en sachant que, malgré leurs efforts, la rémunération de leur travail ne suffira pas à payer leurs charges, ne suffira pas à assumer l'ensemble des frais d'entretien de leurs enfants, à payer des charges telles que le loyer. Ces femmes et ces hommes, serrant le poing dans leur poche, retourneront travailler le lendemain, à savoir demain, avec une grande dignité et se retrouveront de nouveau dans cette situation-là, confrontés à la même réalité, indigne, et avec la même angoisse qui les mine. Comment vais-je payer mon loyer toujours plus cher? Comment vais-je payer mes primes d'assurance-maladie toujours à la hausse?

Ce sont les questions que les "working poor" de notre pays se posent tous les jours. Or ils ne sont pas que quelques-uns, voire que quelques dizaines; ce sont près de 200 000 travailleurs qui ont un salaire qui ne couvre pas les frais du ménage. Ces femmes et ces hommes dans le besoin en raison d'un salaire insuffisant, s'ils arrivent à dépasser la honte que la société fait peser sur eux de manière totalement injuste, iront demander à l'assistance publique un indispensable complément à leur revenu pour survivre. C'est nous les contribuables qui financerons leurs prestations d'assistance qui ont pour origine le refus de l'économie, des entreprises de verser des salaires justes.

En Suisse, 600 000 personnes vivent dans la pauvreté et 430 000 vivent avec moins de 4000 francs par mois. C'est ce qui doit changer! Continuer de verser des revenus insuffisants maintient structurellement cette pauvreté. Cela relève d'un vrai scandale dans l'un des pays les plus riches de la planète. Mais ce qui est le plus choquant, c'est le transfert à la collectivité publique d'une partie du coût du travail qui doit en fait être assumée par des entreprises qui, en plus, engrangent des bénéfices.

L'initiative sur les salaires minimums permet de mettre fin à cette situation indigne. Le principe du salaire minimum est une réponse concrète aux arguments patronaux contre l'initiative 1:12 selon lesquels l'initiative de la Jeunesse socialiste suisse ne garantissait pas une augmentation certaine du revenu des personnes touchant un petit salaire. Ici, c'est manifestement le cas.

Fixer un salaire minimum est un objectif réaliste et nécessaire. 4000 francs par mois ou 22 francs par heure ne représente - et il faut le rappeler - que 60 pour cent du revenu médian et permet une juste répartition entre la rémunération du travail et celle du capital.

La décision d'entreprises comme Lidl de verser un salaire minimum de 4000 francs par mois dans un secteur comme la vente, où les salaires sont relativement bas, montre que cela est possible et qu'une gestion des entreprises dans ce sens est tout à fait réalisable.

Les arguments des opposants qui viennent tous, la bouche en coeur, nous expliquer les bienfaits du partenariat social et les dangers de l'initiative sont spécieux et cachent en fait une agressivité toujours plus forte et, je dirai même, un mépris croissant envers les salariés les plus faibles. En effet, en Suisse, la moitié des travailleurs ne bénéficie pas de convention collective. Cela a été dit et doit être redit, car telle est la réalité du monde du travail aujourd'hui. Mais ce n'est pas parce qu'ils ont choisi de ne pas avoir de convention collective, mais parce que les employeurs s'y refusent ou dénoncent même ces conventions collectives.

Par ailleurs - il faut aussi le rappeler -, certaines de ces conventions ne prévoient pas de salaires minimaux. Enfin, malgré une convention collective, dans certains secteurs, les salaires ne permettent pas aux travailleurs ou travailleuses de nourrir correctement leur famille et de faire face à leurs charges. Lorsque des entités publiques - il faut le relever -, comme la Ville de Genève, essaient de promouvoir, dans l'attribution des marchés publics, les entreprises qui paient des salaires plus élevés, les syndicats patronaux saisissent les tribunaux et contestent les marchés publics. C'est là où l'on voit l'absence de vision sociale et le refus d'assumer une responsabilité sociale.

Rappelons que les salaires minimaux sont aussi une garantie contre le dumping salarial dans le cadre de la libre circulation des personnes et permettent de mettre fin aux astuces d'entreprises pour échapper aux conventions collectives de travail, en sortir ou les dénoncer.

Dans un canton comme Genève, c'est la meilleure solution pour garantir que la main-d'oeuvre locale soit engagée plutôt que d'augmenter le nombre de frontaliers, qui répondent finalement à la demande en personnel dans des places de [PAGE 1886] travail où les salaires sont trop bas, et où ils sont maintenus à ce niveau-là par une stratégie patronale claire - ces places de travail mal rémunérées qui ne peuvent pas être acceptées par des travailleurs locaux, mais facilement par d'autres qui ont des charges moins élevées.

Aujourd'hui, le seul choix responsable pour assurer la cohésion sociale, éviter le dumping salarial - surtout dans les zones frontalières - et maintenir une économie dynamique relancée par une croissance des bas salaires, c'est dire oui à l'initiative sur les salaires minimums.