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Bernasconi Maria · Nationalrat · 2013-11-28

Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-11-28

Wortprotokoll

3000 misérables francs par mois, soit 16,50 francs de l'heure, c'est ce que gagnait ma filleule, coiffeuse à plein temps, une fois son CFC en poche. A peine de quoi se nourrir, payer le loyer, l'assurance-maladie, les transports en commun et les factures courantes. Alors, le week-end, pour elle, c'était soit le ciné, soit le pop-corn! Quant aux vacances, on les oublie. Entre-temps, elle a changé de métier, mais nous, on a toujours besoin d'avoir des coiffeuses. Est-ce que vous vous sentez vraiment à l'aise quand vous vous prélassez chez la coiffeuse, en sachant que, malgré son excellent travail, elle galère? Moi pas! C'est inacceptable, d'autant que ce salaire, loin d'être une exception, est une réalité dans de nombreuses professions. Et je ne vais pas répéter lesquelles, parce que cela a déjà été dit à maintes reprises.

Mais ce qu'il faut savoir, c'est que parmi les 135 000 personnes qui gagnent moins de 4000 francs par mois dans ce pays, beaucoup sont des femmes. En effet, sept actifs à plein temps sur dix dont le salaire mensuel est inférieur à 4000 francs sont des femmes. Cherchez l'erreur une première fois! Et un tiers de ces personnes a un CFC. Cherchez l'erreur une deuxième fois. Et là, j'aimerais aussi répondre à Isabelle Moret qui était étonnée qu'on l'écoute tôt ce matin, même si malheureusement elle n'est plus là pour m'entendre. J'aimerais quand même lui rappeler que, quand elle parle de méconnaissance de la part de la gauche des principes économiques, nous, nous sommes sur le terrain puisque nous travaillons dans les syndicats et nous devons également travailler dans les entreprises, contrairement peut-être à elle qui siège surtout dans les conseils d'administration.

J'aimerais aussi parler du partenariat social, qui fonctionnerait parfaitement dans notre pays. Oui, c'est le cas pour la moitié des salariés. Qu'en est-il des autres? Et notamment de celles qui travaillent dans des domaines typiquement féminins où le taux de couverture par convention collective de travail avoisine le zéro pour cent? Avec un taux de couverture conventionnel d'environ 50 pour cent, notre partenariat social est sous-développé en comparaison internationale. Il est dommage que la Commission de l'économie et des redevances de notre conseil n'ait même pas consenti à renforcer l'instrument des CCT pour assurer une meilleure protection des salariés au moyen du salaire minimum.

Mesdames et messieurs notamment du centre, vous craignez que le peuple vote non l'an prochain aux accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes. Faut-il le rappeler, les personnes critiques face à l'ouverture de nos frontières ont surtout peur d'une chose: que l'on engage un concurrent ou une concurrente venus d'ailleurs pour moins cher. Or un salaire minimum imposé est la meilleure protection contre la sous-enchère salariale et un moyen efficace pour rassurer la population. Vous devriez y songer si vous voulez combattre efficacement les velléités de fermeture dans notre pays et continuer de faire du commerce avec nos partenaires économiques européens.

Permettez-moi encore de dire un mot à l'adresse des employés de la Confédération et des cantons. Même si ces derniers disposent déjà d'un salaire minimum de 4000 francs, les employés des administrations publiques ont eux aussi tout intérêt à ce que le salaire minimum se généralise, car cela protège les salaires actuels tout en évitant les privatisations et externalisations de certains services, comme par exemple le nettoyage, puisqu'il n'y aurait plus d'avantage financier à les externaliser. Et ces employés qui se soucient de votre bien-être quotidien ici auraient les mêmes conditions de travail que vous. Ce n'est que justice.

On a toujours fait peur aux travailleurs et aux travailleuses avec l'assertion selon laquelle si on améliorait les conditions de travail dans notre pays, son modèle économique sombrerait et le pays avec. Cela a commencé avec l'interdiction du travail des enfants et s'est terminé avec l'instauration d'une assurance-maternité. Or c'est bien le contraire qui s'est produit: notre économie va bien, grâce à un bon environnement social qui favorise la cohésion sociale.

Donc pour contrer la pression sur les salaires, pour maintenir la cohésion sociale et l'ouverture de notre pays, je vous invite à recommander au peuple et aux cantons d'accepter cette initiative, et à le faire instamment.