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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2013-11-28

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-11-28

Wortprotokoll

Mon propos va concerner une facette particulière du débat sur les salaires minimaux, à savoir la situation rencontrée dans les régions frontalières. Mais en préambule, je tiens à m'associer aux prises de position de l'ensemble de mes camarades sur les autres aspects de cette question importante. Je viens d'une région, le Jura, où la problématique des bas salaires est une réalité d'une cruelle intensité. Les chiffres que je vais citer proviennent d'une source syndicale; ils sont vérifiables.

En Ajoie, aux confins du pays, aux portes de la France, des travailleurs perçoivent aujourd'hui, pour une activité à 100 pour cent, un salaire de moins de 3000 francs bruts par mois, sans forcément un treizième salaire. Dans la vente, par exemple, on rencontre communément des salaires mensuels à 2800 francs. Des salaires mensuels de 3000 francs bruts dans l'industrie sont monnaie courante et pour les travailleurs au bénéfice des conditions de la convention collective de travail de l'horlogerie, ce chiffre ascende à 3380 francs. Une personne diplômée, après quatre ans d'apprentissage, peut se voir engagée dans nombre d'usines pour un salaire mensuel de 3600 francs, sans augmentation régulière du salaire par la suite, si ce n'est celle liée au renchérissement.

Les salaires sont particulièrement bas dans le Jura, car du fait de la proximité de la frontière, des travailleurs frontaliers sont présents en masse sur le marché du travail, prêts à être engagés à n'importe quel salaire. Avec le taux de change, cela reste toujours intéressant pour eux de recevoir un salaire qui, converti en euros, représente à peu près deux fois le SMIC français. Cette situation induit une pression vers le bas sur les salaires, vers un niveau plancher qui ne permet en fait pas de vivre décemment en Suisse.

Ce véritable dumping salarial touche tout particulièrement les personnes non qualifiées, mais il s'exerce aussi sur les travailleurs qualifiés. Nombre de travailleurs frontaliers qualifiés - mécaniciens ou automaticiens par exemple - acceptent d'être engagés aux salaires les plus bas. Ils n'ont en fait souvent pas le choix: c'est soit le chômage en France, soit une petite parcelle d'Eldorado dans nos usines.

Cette situation engendre toute une série de conséquences. Les salaires restent désespérément bas, avec comme corollaires la pauvreté, le désespoir et le recours à l'aide sociale pour boucler les fins de mois. Les travailleurs résidant en Suisse subissent souvent, de fait, une discrimination à l'embauche. Retrouver un emploi à plus de 55 ans est devenu souvent mission impossible. Des sentiments xénophobes s'exacerbent. Pourtant les frontalières et les frontaliers ne sont pas à blâmer dans cette histoire. Ils tentent légitimement leur chance; ils essaient juste de s'en sortir. Les vrais responsables de cette situation sont les actionnaires et les patrons, qui cherchent à maximiser leur profit, car il n'existe pas un frontalier qui travaille chez nous en Suisse sans qu'un patron de chez nous ne l'ait engagé.

Et un certain patronat persiste et signe. Des usines se développent à Boncourt, à quelques encablures de la France, et elles font passer leurs offres d'emploi en priorité dans les journaux français, avec toujours les mêmes bas salaires à la clé.

Une prise de conscience des patrons quant à leur responsabilité morale et sociale est indispensable. Mais à l'évidence, un salaire minimum de 4000 francs pourrait détendre la situation car en plus d'être enfin un salaire décent offert aux travailleurs, il permettrait de rendre à nouveau les travailleurs autochtones concurrentiels car plus susceptibles d'être engagés si la question salariale n'était pas le critère prioritaire. Il en va de la paix sociale, il en va du respect et de la dignité des travailleurs, il en va de la lutte contre le développement des idées xénophobes. Un salaire minimum à 4000 francs, c'est l'une des réponses à la montée du populisme parallèlement au renforcement des mesures d'accompagnement à la libre circulation des personnes.

Alors disons oui à un salaire minimum de 4000 francs par mois.