Grin Jean-Pierre · Nationalrat · 2013-11-28
Grin Jean-Pierre · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-11-28
Wortprotokoll
La proposition d'un salaire minimum de 4000 francs par mois fixé dans la loi est une nouvelle attaque contre le marché du travail de notre pays. La Suisse a un marché du travail souple, contrairement à certains pays qui nous entourent, et cela est l'une des raisons principales du succès de notre économie. Les conventions collectives de travail et le partenariat social ont largement fait leurs preuves - tant au niveau des salaires que pour les horaires de travail, vacances et jours de congé -, créant une paix du travail que bien des pays nous envient. La flexibilité du travail est un atout important pour l'implantation de nouvelles entreprises sur le sol de notre pays - avec la création de nombreux emplois qui l'accompagne.
Cette initiative aurait des conséquences désastreuses pour des personnes peu qualifiées ou restreintes dans leur capacité de travail, car elle va conduire à la suppression d'emplois, en raison de la délocalisation de certaines productions. Avec l'augmentation du chômage et des demandeurs d'emploi, les budgets publics vont subir un contrecoup financier. Le chômage important qui sévit actuellement dans de nombreux pays européens en crise nous montre parfaitement ce qui nous attend si cette initiative était acceptée.
Devoir verser un salaire minimum de 4000 francs dès le premier mois d'engagement va dissuader certaines entreprises d'engager et de donner leur chance à des demandeurs d'emploi qui, après quelques mois d'engagement, au fond, pourraient obtenir un salaire supérieur au minimum proposé [PAGE 1879] dans cette initiative. Car l'engagement d'un collaborateur doit se faire d'une part dans le respect des conventions collectives - là où elles existent - et d'autre part sans une pression salariale imposée par un article de loi impératif.
Accepter cette initiative, il n'y a pas mieux pour scier la branche économique suisse florissante, dont profitent toutes les travailleuses et travailleurs de notre pays. Le secteur primaire - en particulier le secteur maraîcher - serait le plus touché, avec cette initiative, car il est fort demandeur de main-d'oeuvre peu qualifiée, pour la récolte par exemple de certains légumes, qui ne peut pas être mécanisée. Dans ce secteur, peu protégé face aux importations de légumes étrangers produits selon des normes et avec des salaires minimaux sans comparaison avec les conditions existantes en Suisse, les maraîchers ne pourront plus produire sur sol suisse certains légumes et se tourneront vers l'importation, au détriment des produits de proximité et du développement durable - prôné, avec raison, par les milieux mêmes qui soutiennent cette initiative. Le partenariat social doit avoir un cadre où la flexibilité permette, tant à l'employeur qu'à l'employé, de trouver la solution salariale la plus adéquate pour leur collaboration.
Car le salaire comprend plusieurs choses: il faut prendre en compte le montant, mais aussi certains avantages qui pourraient être donnés - vacances et jours de congé supplémentaires, primes d'assurance-maladie payées, logements à prix réduit mis à disposition, etc.
Recommander le rejet de cette initiative ne va pas précariser les conditions salariales. Au contraire, son acceptation pénaliserait la dynamique salariale pour les employés dans de nombreux secteurs. Il appartient aux entrepreneurs, en accord avec les salariés, et non à l'Etat, de fixer les salaires minimums. Cette initiative va fermer la porte du marché du travail à beaucoup de personnes peu qualifiées. Ou alors, une entreprise, pour respecter le budget salarial global pourrait être incitée à égaliser vers le bas des salaires supérieurs à 4000 francs par mois. Cela a été le cas en France avec l'introduction du SMIC.
En résumé, il faut recommander le rejet de cette initiative surtout pour ne pas mettre en danger les demandeurs d'emploi sans qualifications qui voudraient, par un premier emploi, prouver leur crédibilité et leurs compétences sur le marché du travail. Ne nous laissons pas séduire par cette proposition qui serait un poison pour notre économie en général et le secteur primaire en particulier.