Zisyadis Josef · Nationalrat · 2008-03-06
Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2008-03-06
Wortprotokoll
Un bref historique: tout d'abord, j'ai déposé le 18 juin 2002 le postulat 02.3262, relatif à l'interdiction de l'infusion de chêne dans le vin, par lequel je demandais au Conseil fédéral d'entreprendre les modifications légales afin d'interdire l'utilisation de copeaux de bois pour aromatiser le vin. Le Conseil fédéral a proposé en août 2002 de classer le postulat; il indiquait dans sa réponse que les copeaux de bois étaient déjà interdits dans le vin en Suisse.
Ensuite, j'ai déposé en 2004 la motion 04.3669, demandant d'entreprendre les modifications légales afin que les vins importés fabriqués avec des copeaux de bois soient soumis à une déclaration claire pour tous les consommateurs. Là encore, le Conseil fédéral a proposé de rejeter ma motion, au motif qu'il était interdit d'élaborer des vins avec des copeaux de chêne en Suisse.
En 2006 enfin, j'ai déposé cette initiative parlementaire. Les choses ont changé entre-temps, puisque le Conseil fédéral a autorisé, depuis le début 2007, la possibilité d'avoir des copeaux de chêne dans le vin.
Alors, comment faut-il intervenir pour qu'il y ait un débat et une prise de position du Parlement sur ce sujet? Je n'ai pas eu d'autre choix que de déposer cette initiative parlementaire, et ce avant que le Conseil fédéral ait décidé de suivre bêtement l'Union européenne en la matière. Il n'y a eu aucun courage de la part du Conseil fédéral de faire les choses de manière différente. Et je suis surpris de cette manière de faire.
Sur le fond, l'utilisation des copeaux de chêne est maintenant admise dans la production du vin. Tout oenophile ne peut que se révolter face à une telle décision, qui foule aux pieds les fondements de l'éthique en matière de production du vin, et qui participe d'une démarche à mon sens technocratique, mercantile, faisant partie de ce que l'on appelle la mondialisation du vin. Accepter les copeaux comme substitution aux fûts de chêne, c'est consacrer un artifice, un stratagème. Le pire est peut-être que cette pratique ne peut pas et ne doit pas être déclarée sur l'étiquette. Ceux qui élèvent des vins dans une barrique de bois, nous dit-on, ont le droit de le mentionner sur l'étiquette. C'est vraiment le monde à l'envers! Les autorités n'ont pas l'air de se soucier de la [PAGE 148] transparence et viennent au secours des mauvais producteurs au nom de la lutte à armes égales avec les vins du nouveau monde - Australie, Argentine, Chili, et j'en passe - qui, eux, ont accepté ce type de production depuis fort longtemps.
Le chêne a été de tout temps réservé aux vins qui le méritaient. Je pense qu'aujourd'hui l'autorisation d'utiliser des copeaux de bois plutôt que de laisser vieillir le vin créera une viticulture à deux vitesses. Dire qu'il y a à peine six ans, l'élevage de bordeaux AOC avec des copeaux de bois était déclaré comme une falsification. Aujourd'hui, on se retrouve avec des procédés en complète contradiction avec ce qu'a été le travail séculaire des vignerons et des viticulteurs.
Cette initiative parlementaire vise à demander que notre pays, la Suisse, maintienne une tradition viticole fondamentale et qu'il se montre différent des autres pays. Il n'y a pas d'avenir de la viticulture suisse en dehors d'une viticulture de qualité. La Suisse, comme l'a fait l'Italie avec les AOC, devrait défendre une viticulture de qualité et une image sur le plan national et international. Sur le marché du vin, nous devrions pouvoir dire: "Quand vous consommez un vin suisse, vous êtes certains qu'il n'y a pas d'utilisation de copeaux de bois dans le vin." C'est pour cela que j'ai proposé que l'on inscrive cela dans la loi et que les vins étrangers faits avec des copeaux de bois aient l'obligation de le mentionner sur leur étiquette.
Pourtant, je vais retirer mon initiative parlementaire. Pourquoi? parce que le score lamentable qu'elle a reçu en commission, 21 voix contre et juste 2 abstentions, m'inquiète fondamentalement. Je m'inquiète - ce n'est pas un sujet, me direz-vous, fondamental, c'est un sujet de culture, de tourisme, de goût - des conséquences que le manque d'intérêt qu'il y a eu en commission pourrait avoir ici si on ne donnait pas suite à mon initiative, parce que dans ce cas le signal qui serait donné serait de laisser faire n'importe quoi dans notre pays.
Je préfère donc retirer mon initiative parlementaire et déposer immédiatement une proposition qui demandera que dans toutes les AOC cantonales de ce pays, l'utilisation des copeaux de bois soit définitivement interdite, comme l'a fait le canton du Valais, le canton de Neuchâtel, et cela me paraît être la bonne voie.