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Barthassat Luc · Nationalrat · 2008-03-06

Barthassat Luc · Nationalrat · Genf · Fraktion CVP/EVP/glp · 2008-03-06

Wortprotokoll

L'initiative populaire de l'association Marche blanche dont nous parlons aujourd'hui constitue un sujet délicat et très douloureux puisqu'il concerne les abus sexuels perpétrés sur les enfants. Au centre de ces débats, il y a une question de principe: l'imprescriptibilité de ces crimes impardonnables contre les enfants demandée par l'association Marche blanche. Le Conseil fédéral n'a pas osé suivre les initiants. Il propose, lui, de reculer le délai pour dénoncer ces actes odieux jusqu'à l'âge de 33 ans, c'est-à-dire l'âge de la majorité plus quinze ans. Il paraît que c'est la pratique en vigueur dans les pays qui nous entourent et que l'imprescriptibilité n'existe que pour les génocides et les crimes contre l'humanité.

Les actes pédophiles commis sur les enfants sont un crime contre l'enfance de l'humanité. Il est trop facile de fixer un délai au-delà duquel l'ardoise des bourreaux serait miraculeusement effacée. Le choc et la douleur des enfants abusés, eux, ne s'effacent jamais. Les victimes sont condamnées à perpétuité à vivre avec ces traumatismes.

Pour essayer de vivre le moins mal possible avec ce souvenir, il est capital que les victimes puissent en parler quand elles ont enfin assez de force pour le faire. Imaginez un peu ce que ressentirait une personne abusée si ce moment de raconter vient après ses 33 ans. Que lui répondre, alors? "Désolé, mais vous arrivez trop tard." Donner la possibilité aux victimes de longue date de parler et de se faire entendre, c'est aussi encourager les victimes récentes à franchir le pas et à s'exprimer elles aussi. C'est surtout diminuer les risques de récidives en mettant hors d'état de nuire des criminels susceptibles de recommencer encore et encore à abuser des innocents.

Même si la parole arrive vingt, trente, quarante ans ou plus après les faits, la victime doit pouvoir réclamer justice. La justice, cela peut être un procès, mais aussi la reconnaissance du statut de victime, du traumatisme subi. Elle ne doit être limitée par aucune prescription. Pourquoi ménager les abuseurs? Les victimes, elles, n'ont jamais de seconde chance. Nous nous devons de donner la parole aux victimes de ces crimes, et cela en tout temps.

C'est pourquoi je vous demande d'accepter l'initiative populaire.

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