Burkhalter Didier · Bundesrat · 2013-03-14
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2013-03-14
Wortprotokoll
Je vous remercie pour ce débat "helvético-planétaire", pour toutes vos propositions très colorées et de toutes provenances, que ce soit de la ligne d'attaque - dans le sens sportif du terme - du groupe socialiste ou de la ligne de défense des deux porte-parole du groupe UDC. Cela ne veut pas dire qu'on est d'accord avec tout. J'ai essayé de prendre note, mais les discussions étaient par moment tellement vastes qu'il nous faudrait davantage que la dernière demi-heure qu'il nous reste.
Toutefois, le Conseil fédéral - vous le savez - cherche toujours le dénominateur commun, et c'est naturel pour un collège. Ici, je dirai que le dénominateur commun, c'est que vous souhaitez qu'on dépasse un rapport d'activité - parce que c'est un rapport d'activité - pour mener une discussion stratégique et une discussion sur les perspectives. Eh bien, volontiers!
Commençons d'abord par le contexte. Si l'on doit résumer - parce qu'il faut résumer dans ces quelques minutes - le contexte en quelques mots, on peut le faire en trois points:
1. le contexte international aujourd'hui, c'est une Europe et sa périphérie en crises - au pluriel;
2. une Asie et toute la zone pacifique en croissances - là aussi au pluriel;
3. une multipolarité du monde qui se développe de plus en plus fortement et qui pose aussi toute une série de problèmes.
L'Europe en crises tout d'abord: la crise de la dette, la crise de l'euro; vous la connaissez bien, je ne veux pas en parler plus ici. C'est plutôt de la crise de perspectives pour les jeunes dont j'aimerais parler. Ce qui me frappe dans les différents contacts que nous avons, c'est la situation de pays dans lesquels on a maintenant plus d'un jeune sur deux qui n'a pas de perspectives d'emploi. Et c'est quelque chose de fondamental, qui est très grave et qui va causer des secousses de plus en plus fortes sur l'ensemble du continent. En Suisse, le taux de chômage des jeunes est de 3,6 pour cent pour un taux de chômage de 3,4 pour cent et lorsque la Suisse se retrouve en face de représentants d'autres pays qui tous les jours doivent chercher des solutions pour une jeunesse qui n'a pas de perspectives, eh bien les situations sont vraiment très différentes.
Je crois que dans nos débats systématiques ici sur l'immigration en Suisse, on ne devrait pas oublier qu'il vaut beaucoup mieux être un pays qui attire, qui donne du travail, des perspectives aux jeunes - et peut-être aussi aux jeunes étrangers - qu'un pays qui n'attire plus et qui perd sa force d'avenir.
Et c'est cela que vous percevez, pas loin d'ici. En Espagne, c'est ce que vous percevez, la première fois que vous y arrivez: les gens partent. Et, ici en Suisse, ils arrivent. Alors il faut gérer ces problèmes, mais ce ne sont pas les pires.
La deuxième chose concernant l'Europe que j'aimerais dire dans ce contexte, c'est que vous avez face à ces crises deux tendances: il y a la tendance du noyau européen à vouloir encore plus centraliser, et la tendance, dans les pays, dans les nations, à développer des mouvements plus nationaux et même parfois un peu nationalistes. Cette double tendance n'est évidemment pas simple à gérer et elle doit être intégrée à l'analyse de l'avenir des relations entre la Suisse et l'Union européenne.
Concernant l'Asie en croissances - au pluriel -, j'aimerais simplement dire ici que ces croissances posent des problèmes liés à l'environnement, à la sécurité, aux ressources, notamment à l'eau. Nous souhaitons avoir ici un rôle de leader. Si l'on veut parler de stratégie, les ressources naturelles sont un aspect essentiel pour ces prochaines années, et l'évolution va se faire assez vite. La croissance en soi très souhaitable de l'Asie doit donc être aussi gérée d'un point de vue stratégique, également par la Suisse dans certains domaines. Nous pouvons y apporter notre contribution.
En parlant de croissance, je n'aimerais pas oublier, d'autant plus aujourd'hui, l'Amérique du Sud, l'Amérique latine, qui doit aussi être au centre de nos préoccupations. Je vais voyager très prochainement dans certains pays d'Amérique latine et nous devons mettre l'accent aussi sur cet endroit du monde, comme d'ailleurs aussi sur l'Afrique du Sud, où nous avons déjà renforcé notre collaboration.
Concernant la multipolarité, j'aimerais simplement évoquer ici la remise en cause du rôle des Etats-Unis, qui est de plus en plus nette. Les vives péripéties budgétaires des Etats-Unis augmentent évidemment encore cette impression, même si le nouveau "Secretary of State", Monsieur John Kerry, a clairement démontré sa volonté non pas forcément de leadership, mais de responsabilité des Etats-Unis à l'égard du monde, y compris à l'égard des grands enjeux globaux touchant aux ressources. Cela, il faut le saluer. Le premier contact avec Monsieur Kerry a été très positif.
Concernant le débat stratégique, il faut toujours en revenir aux priorités. Les priorités, nous les avons fixées il y a maintenant une année; elles sont fixées pour quatre ans officiellement, mais ce sont des investissements sur dix ans. Ces priorités sont de mieux en mieux connues; je vous les rappelle ici rapidement.
Nous voulons intensifier fortement les relations avec nos "voisins" - entre guillemets puisque nous y ajoutons le Royaume-Uni, ce qui est géographiquement une nouveauté, mais qui sur le fond est tout à fait justifié. Nous voulons un véritable "upgrade" - pardonnez-moi cet anglicisme! - dans les relations avec nos voisins, je le répète, vus au sens large. Deuxièmement, nous voulons développer sereinement - c'est possible - les relations avec l'Union européenne, par la voie bilatérale, mais une voie bilatérale qui bouge, une voie bilatérale à rénover; j'y reviendrai plus tard un peu plus longuement.
Nous voulons contribuer concrètement à la sécurité et à la stabilité en Europe, dans les régions proches de l'Europe - Dieu sait s'il y a du travail en la matière - et aussi dans les régions fragiles du monde; ça, c'est un élément nouveau que vous avez approuvé dans le cadre du message concernant la coopération internationale de la Suisse 2013-2016. Ce qui est à notre sens très important, c'est la reconnaissance claire de la contribution de la Suisse à la sécurité internationale, qui prendra stratégiquement une importance croissante ces prochaines années. [PAGE 315]
Nous voulons confirmer avec conviction les partenariats stratégiques - il y a toutes sortes de partenariats, pour répondre à la question posée précédemment. Il y a évidemment des partenariats avec des régions, des pays, mais aussi des partenariats relatifs à ces enjeux globaux par exemple. Ces partenariats stratégiques sont tout simplement décisifs pour l'avenir de la planète, et cela nous concerne aussi. Nous devons en plus nous occuper de ces thèmes globaux, comme je l'ai dit, en particulier avec la contribution de la "Suisse internationale par Genève" - j'ai modifié cela, j'espère que cela ne me vaudra pas des tas de lettres.
Ce que j'aimerais dire, c'est que Genève, c'est bien, mais la Suisse par Genève, c'est encore mieux. C'est la Suisse internationale qui vit en particulier par le rayonnement de Genève, et c'est ce que nous voulons développer: les valeurs de la Suisse comme la paix et la démocratie, les droits de l'homme, les ressources, la pauvreté à diminuer. Nous saluons tout spécialement la nomination du nouveau pape: permettez-moi cette parenthèse aujourd'hui, parce que c'est quelqu'un qui fait de la lutte contre la pauvreté - qui est inscrite dans notre Constitution - sa première priorité. Ces priorités, ce sont des investissements; vous les connaissez, elles sont stratégiques. Et si on les suit sur des années, on obtiendra des résultats. Prenons-les rapidement l'une après l'autre.
D'abord les voisins. Je vous dirai - si je pouvais vous parler avec un peu de sentiment - qu'avec les voisins, on doit rebâtir le respect mutuel sans arrogance. Et cela ne va pas de soi, cela prend du temps, d'autant plus que leurs gouvernements changent un peu plus vite que chez nous; mais il faut rebâtir le respect mutuel sans arrogance. Bien sûr qu'il y a de nombreux contacts, qui sont mentionnés dans le rapport - qui est passionnant par ailleurs, je suis sûr que vous avez tous passé beaucoup de temps et de plaisir à le lire jusqu'au bout, sans vous endormir! -, mais cette liste de contacts n'est pas là juste pour montrer qu'il y a des contacts. Ces contacts sont là pour construire des partenariats, pour expliquer la Suisse. Ils sont indispensables. Il faut parler à nos voisins car ils sont importants. Ils sont importants pour nous, pour l'Europe et le monde. Nous avons avec eux un partenariat économique très grand. Ces cinq pays - si je prends encore le Royaume-Uni - représentent 75 pour cent, soit trois quarts, du commerce de la Suisse avec l'Union européenne! Cela représente dix fois le commerce de la Suisse avec la Chine. Nos voisins sont importants aussi pour le reste du monde et pour l'Europe. Donc, si on a de bonnes relations avec eux, c'est doublement positif, parce que cela influence non seulement nos relations bilatérales, mais aussi nos relations multilatérales, et donc la position de la Suisse à l'égard du monde. Il y a de nombreux problèmes avec ces voisins - je n'ai pas le temps de les discuter tous maintenant compte tenu du fait que nous arrivons bientôt à l'heure où vous partirez tous prendre vos trains, pour respecter l'environnement!
J'aimerais quand même vous dire une ou deux choses. Avec la France, les contacts sont bons, mais il y a une sorte de double impression parce qu'il y a tout à coup des chocs: des décisions brutales qui apparaissent en Suisse comme une attaque contre la Suisse. Or, ce n'est pas le cas. Le gouvernement français est sous une pression économico-sociale extrêmement forte et ces décisions sont souvent prises à cause de cette pression, et non contre la Suisse. Il faut se défendre, s'expliquer, mais il ne faut pas imaginer que c'est la guerre! Ce n'est pas la guerre; c'est une relation qui est difficile parce que les temps sont difficiles.
L'Italie, Madame Riklin, depuis trois ans, comme d'ailleurs tous les autres membres de l'Union européenne sauf l'Irlande, a signé et ratifié l'Accord sur la lutte contre la fraude. Il n'y a pas de problème avec l'Italie sur ce point. Le problème, c'est que l'Italie utilise le fait qu'il y a encore un pays qui n'a pas ratifié cet accord pour justifier les listes noires. C'est l'un des aspects qui faisait l'objet de discussions avec les autorités italiennes jusqu'au moment des élections. En réalité, le vrai problème, c'est l'Irlande. Nous en avons discuté très franchement avec elle et elle nous a fait savoir qu'elle souhaitait aller de l'avant. Ce sont des problèmes internes qui rendent la ratification un peu difficile. C'est le seul pays qui n'a pas ratifié. Ce n'est pas l'Italie, c'est l'Irlande. C'est la réalité, c'est comme ça! Concernant l'Italie, le travail a beaucoup avancé, mais nous n'avons pas pu conclure et maintenant nous sommes entrés dans une période d'incertitude liée aux péripéties, malheureusement peut-être longues, des élections italiennes.
La perspective des relations avec les voisins s'inscrit dans le renforcement des partenariats. Dans plusieurs domaines, nous avons beaucoup de points communs. Il y a eu cet appel commun contre la peine de mort, la coopération très étroite avec la France et l'Allemagne sur les objectifs post-2015; on ne travaille plus forcément qu'avec les Etats "like-minded" comme l'on dit, mais aussi avec les voisins qui ne sont pas toujours du même avis, ce qui est beaucoup plus intéressant. Nous agissons également dans le cadre de nos relations avec l'Union européenne. Nous travaillons avec les voisins pour faire comprendre la situation en Suisse. La perspective de la déclaration de coopération renforcée avec l'Italie s'inscrit sur plusieurs années. Des actions renforcées dans le cadre multilatéral, comme par exemple la lutte contre le terrorisme ou la lutte pour l'accès à l'eau sont prévues. Nous élaborons des plans d'actions communs avec la France, l'Italie et la Grande-Bretagne.
Le deuxième axe, c'est l'Union européenne et ses Etats membres, avec très clairement comme objectif principal du Conseil fédéral non seulement la poursuite de la voie bilatérale, mais sa rénovation. C'est une réforme, peut-être pas la plus grande, qui est en cours, et nous la souhaitons. Elle est dans l'intérêt de la Suisse et de l'Union européenne. La Suisse apporte à l'Union européenne de la stabilité, des emplois et un excédent commercial - contrairement par exemple à ce qui se passe dans les relations de l'UE avec la Chine. Du point de vue de l'UE, il est en effet possible de comparer la Suisse à la Chine pour ce qui est de la force de la relation économique. Dans le cas de la Suisse, la différence, c'est que la Suisse apporte un excédent commercial de dizaines de milliards de francs chaque année à l'Union européenne.
J'aborde ce qui concerne les questions institutionnelles. Où en sommes-nous? Qu'avons-nous fait? Je décris quelques étapes. La première s'est passée il y a une année quasi jour pour jour. A ce moment-là, des discussions ont eu lieu entre des représentants de l'Union européenne et le Conseil fédéral. Cela n'a pas été un dialogue de sourds, pas du tout, mais ç'a été un dialogue dans lequel les deux partenaires n'étaient pas du tout sur la même longueur d'onde, dans la mesure où l'Union européenne maintenait son idée d'abandonner complètement la voie bilatérale et de suggérer celle de l'Espace économique européen. La Suisse maintient la voie bilatérale, mais dorénavant elle fera des propositions institutionnelles.
A la deuxième étape, nous faisons les propositions institutionnelles que nous présentons, d'abord sur le plan suisse, puis européen, en juin 2012. La troisième étape, ce sont des discussions tout le second semestre de 2012 non seulement avec l'Union européenne, mais aussi avec les 27 Etats membres - qui seront bientôt 28.
Par conséquent, les discussions ont été nombreuses durant tous ces mois. A la fin, nous avons reçu un appui des pays voisins, tout spécialement de la France et de l'Allemagne - en plus de l'Autriche -, qui soutiennent la position de la Suisse en disant qu'il faut maintenant un sérieux dialogue sur l'aspect institutionnel avec une flexibilité des deux côtés mais dans le cadre de la voie bilatérale. En définitive, la position et les conclusions du Conseil de l'Union européenne ont été formulées fin décembre dernier et Monsieur Barroso, président de la Commission européenne, nous a envoyé une lettre.
Cette lettre contient beaucoup de critiques contre la Suisse. Justifiées ou pas, on en discute. Nous n'avons pas le même point de vue sur bien des dossiers. Mais il y a un point clair, c'est que l'Union européenne écrit qu'elle "reconnaît [PAGE 316] explicitement l'effort fait par le Conseil fédéral en présentant ses propositions institutionnelles" et qu'elle "est ouverte à l'approfondissement des relations bilatérales avec la Suisse, y compris dans les domaines du marché intérieur". On peut dire ce qu'on veut, mais c'est le texte reçu. Cela veut dire concrètement qu'un dialogue exploratoire, technique pour le moment, s'est ouvert sur la question des solutions institutionnelles dans le cadre d'une rénovation de la voie bilatérale.
Le dialogue a lieu actuellement; une séance est prévue la semaine prochaine. Il s'agit de préparer des options communes avec une flexibilité des deux côtés, options communes qui, si les équipes techniques se mettent d'accord, passeront au niveau politique. Concrètement, qu'est-ce que cela veut dire? Le Conseil fédéral recevra le dossier; il décidera si le prix à payer sur le plan institutionnel en vaut la peine. S'il en arrive à cette conclusion, il modifiera le projet de mandat pour l'aspect institutionnel et le renverra en consultation auprès des commissions compétentes et des cantons. Cela veut dire, pour ce qui est de l'Union européenne, que si la Commission européenne trouve cette voie bilatérale rénovée sur le plan institutionnel intéressante, elle fera un projet de mandat qu'elle soumettra aux 27 - bientôt 28 depuis le 1er juillet de cette année - Etats membres. Et tous les Etats membres doivent être d'accord de discuter de ce point, ce qui ne va pas de soi.
Il a été dit qu'aucun accord n'était plus discuté ou plus signé tant qu'on n'avait pas réglé cela - ce qui est faux. Ce qui est vrai, c'est qu'on ne peut plus avancer dans le dossier du marché intérieur tant que les questions institutionnelles ne sont pas réglées. Mais tout le reste bouge. Cette année, tout bouge dans le dossier européen! Nous voulons achever les négociations sur la participation de la Suisse à l'Agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle, à Galileo - le système européen de navigation par satellite -, au système européen d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre. Nous voulons ouvrir des négociations sur la participation de la Suisse aux programmes de recherche et de formation: concrètement c'est Euratom, c'est Horizon 2020 - le programme-cadre de recherche et de développement -, c'est Erasmus pour tous.
Dans le domaine des accords liés au marché intérieur, il y a les discussions sur le fond en matière d'électricité; et il n'y a qu'une position du Conseil fédéral, Madame la conseillère nationale Riklin. Je ne sais plus comment vous le dire, car cela fait au moins dix fois que vous me posez la question. Il n'y a pas deux positions: il n'y en a qu'une! Nous sommes d'avis que cet accord est important; nous sommes aussi d'avis que nous ne pourrons pas l'avoir sans avoir réglé deux choses: la question institutionnelle et les questions de fond qui sont encore ouvertes dans l'accord, lesquelles posent aussi des problèmes en Suisse. Donc sur les deux fronts, au niveau des institutions et du contenu de l'accord, il faut des progrès. C'est comme cela! La position du Conseil fédéral ne change pas et je ne peux pas vous répondre autre chose.
Concernant la libre circulation des personnes, le travail avance aussi. Le Conseil fédéral conçoit les choses de la manière suivante, pour être simple: tout ce qui concerne la Croatie fait partie du courant normal. Bien sûr on peut peindre le diable sur la muraille; mais la réalité, c'est quoi? C'est que l'Union européenne est plus grande, que la libre circulation est valable pour tous les membres. Le Conseil fédéral estime qu'il faut négocier l'extension à la Croatie selon à peu près le modèle que nous avions par le passé et que nous devons en même temps clarifier les choses concernant la contribution à l'élargissement pour la Croatie; c'est ce que nous avons fait la semaine passée, c'est clair et net: c'est une contribution autonome et nous ne négocions pas. Nous avons décidé d'un montant de 45 millions de francs, nous discuterons avec les Commissions de politique extérieure, mais c'est un montant qui correspond à la moyenne de ce qui a été fait pour les douze autres pays concernés. Cela, c'est pour ce qui concerne la Croatie.
Pour ce qui concerne la deuxième étape de la contribution à l'élargissement, le deuxième milliard, ça c'est autre chose. Si le Conseil fédéral est favorable au principe, il estime en revanche que ce dossier ne peut réellement avancer politiquement et stratégiquement que s'il y a un mouvement également dans la question institutionnelle, et dans la question fiscale en particulier, qui convient à la Suisse - qui convient bien sûr aussi à l'Union européenne, puisque nous devons trouver un accord, mais qui convient aussi à la Suisse. Et ça, c'est la position du Conseil fédéral.
Concernant la libre circulation des personnes, il y a la clause de sauvegarde. A ce sujet, nous devrons prendre une décision en avril. Nous la prendrons en regardant de manière aussi rationnelle que possible le bilan de cette clause de sauvegarde: a-t-elle été utile? A-t-elle véritablement eu un effet? Nous regarderons ses impacts sur la politique intérieure, qui sont multiples, et nous regarderons ses impacts sur la politique extérieure, en sachant que si l'Union européenne devait mener une discussion sur un mandat relatif à la voie bilatérale rénovée, il faudrait dans la même période obtenir l'accord de tous les pays membres du Conseil de l'Union européenne en entier.
Concernant les deux autres axes prioritaires de la politique étrangère, j'aimerais quand même vous dire que le troisième axe, qui concerne la sécurité et la stabilité en Europe et dans les régions fragiles, est un axe dans lequel il a été possible de poser de nombreux jalons l'an passé. Mesdames les rapporteures, vous avez évoqué en particulier les questions de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. La Suisse aura la présidence de l'OSCE en 2014. On ne l'a pas cherchée, mais on l'a prise, en vue d'inscrire l'OSCE dans une démarche de continuité et de travailler tout spécialement en vue d'une coopération régionale améliorée dans la région des Balkans occidentaux. C'est pourquoi nous travaillons en étroite coopération avec la Serbie, qui aura la présidence en 2015. Nous préparons actuellement un programme conjoint des deux présidences, la Suisse et la Serbie. Il y aura par exemple un représentant spécial dans les Balkans de l'Ouest qui sera un Suisse, non seulement pendant la présidence suisse, mais aussi pendant la présidence serbe.
Nous avons également eu, et vous l'avez évoqué, le crédit-cadre pour la coopération internationale au développement pour la période de 2013 à 2016. C'est une marque très forte d'activité et de solidarité de la part de la Suisse. Le fait d'avoir mentionné tout spécialement les régions fragiles dans ce message est, à notre sens, quelque chose de très important, de même que la volonté d'intégrer, d'avoir plus de cohérence dans l'ensemble des activités de la Suisse, par exemple au Myanmar, et également en Bosnie, pour ne prendre que deux exemples.
Il y a eu toute une série d'autres engagements. Je mentionne en particulier l'engagement fort dans le dossier effroyable de la Syrie où les résultats ne suivent pas les efforts déployés, mais dans lequel la Suisse a pu être présente aussi bien dans l'humanitaire que dans le dossier politique, avec le seul document à ce jour qui peut avoir un avenir politique, qui a été fait à Genève à fin juin 2012 par le groupe d'action, et puis dans le domaine, surtout, de la lutte contre l'impunité où, cette semaine encore, 63 pays ont soutenu la Suisse dans sa demande de déférer le cas syrien à la Cour pénale internationale.
J'aimerais également évoquer la lutte contre le terrorisme. La participation de la Suisse au Forum mondial antiterroriste, avec une position très claire qui consiste à dire que nous ne payons pas de rançon dans le cas de prises d'otages, mais que nous souhaitons une collaboration et une coopération internationales maximales pour prévenir et sauver, le cas échéant, lesdits otages. Nous avions cinq otages, nous n'en avons plus qu'un - quatre ont pu se libérer ou être libérés, avec des péripéties multiples; le dernier otage est actuellement encore retenu aux Philippines et nous faisons tout ce qui est possible, dans ce cadre que je viens de décrire, pour essayer de sauver également cette cinquième personne. Je saisis aussi l'occasion pour en appeler, au nom [PAGE 317] du Conseil fédéral, à la responsabilité individuelle en ce qui concerne les différents voyages et leurs objectifs.
Nous avons toute une série de perspectives pour 2013 concernant cet axe "stabilité" mais, Madame la présidente, je n'ai malheureusement pas le temps de le développer.
De même, je n'ai pas vraiment le temps de développer l'axe sur les partenariats stratégiques et les thèmes globaux. Je dirai peut-être un seul mot à ce sujet: depuis des années, on a maintenu ou on a réduit les moyens destinés au réseau extérieur. Et en même temps, depuis des années, le monde politique suisse dit systématiquement qu'il faut mieux défendre les intérêts de la Suisse. La défense des intérêts suisses se fait en première ligne dans les représentations extérieures, à l'étranger. Et il est important que nous puissions, après toutes les réorganisations et réformes nécessaires du point de vue de la rationalisation - et on en a fait une série -, nous rendre compte que si l'on veut maintenir une présence très large dans le réseau extérieur et donc des possibilités de partenariats utiles pour la Suisse comme pour la planète, eh bien il faut aussi nous en donner les moyens.
J'aimerais terminer en parlant de la tâche centrale qui vient en quelque sorte couronner les quatre axes prioritaires de la stratégie. Cette tâche centrale, c'est l'aide et les services aux Suisses qui sont à l'étranger, qui y vivent ou qui y vont. En 2012 il y a eu 985 cas de protection consulaire. C'est beaucoup! C'est à peu près autant que l'année précédente. Nous avons aussi pu mettre sur pied la stratégie du guichet unique avec la "helpline", comme on l'appelle, qui fonctionne désormais 24 heures sur 24 - depuis l'année 2012, 30 000 compatriotes l'ont déjà appelée pour diverses raisons. Il y a également la plate-forme Itineris. Vous pouvez vous y inscrire lorsque vous allez dans des régions qui peuvent connaître des problèmes et elle nous permet de contacter très rapidement les personnes. C'était le cas tout récemment au Cameroun: après l'enlèvement de la famille des sept Français, nous avons contacté directement par SMS les personnes qui s'étaient inscrites sur la plate-forme Itineris pour les rendre attentives au danger réel. Je pense qu'on a là un très bon outil, qui peut aussi aider comme dans ce cas à la prévention des enlèvements, qui ont rapidement pour conséquence une pression dangereuse contre l'Etat, ce qu'il faut éviter autant que possible.
Je vous remercie d'avoir mené ce débat sur la politique extérieure, de votre intérêt et de vos propositions. Je vous assure qu'on les prend au sérieux, même si on ne les réalisera pas toutes.
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