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Calmy-Rey Micheline · Bundesrat · 2011-09-29

Calmy-Rey Micheline · Bundesrat · Genf · 2011-09-29

Wortprotokoll

La Suisse subit les interdépendances d'un monde globalisé. La Suisse a un intérêt vital à la préservation de la paix, de la sécurité et du respect du droit international. Et la sécurité humaine constitue depuis maintenant plus de dix ans un aspect central de la politique étrangère de la paix. Promotion de la sécurité humaine, cela signifie promotion de la paix, droits humains, politique humanitaire, politique étrangère en matière de migration. La politique de sécurité humaine répond à trois des cinq priorités de la politique étrangère de la Suisse, telles qu'elles sont définies dans notre Constitution fédérale.

Grâce à sa longue tradition humanitaire, grâce à son absence de passé colonial, grâce à sa réputation d'impartialité, grâce à son savoir-faire, grâce à ses solides réseaux et à la plate-forme offerte par la Genève internationale, la Suisse a réussi à se positionner comme une actrice appréciée notamment dans le domaine de la médiation. Ses compétences en la matière sont de plus en plus sollicitées directement par les parties au conflit.

Nous pouvons, à juste titre, être fiers des résultats que nous avons obtenus jusqu'à aujourd'hui. Depuis 2008, durant toute la période qui a été couverte par le dernier crédit-cadre, la Suisse a rencontré différents succès. Dans le domaine de la paix, après vingt ans de tensions, les responsables politiques d'Arménie et de Turquie se parlent pour normaliser leurs relations. Les tensions actuelles au Kosovo montrent le besoin de plate-forme et de dialogue dans cette région. La Suisse facilite, en coopération avec des organisations locales, un échange entre les leaders serbes du Kosovo et de la Serbie.

En 2010, la Suisse a reçu de la présidence kirghize le mandat de jouer le rôle de facilitateur d'un dialogue national qui vise à identifier les problèmes majeurs qui affectent la situation dans ce pays.

Dans le domaine des droits humains, j'aimerais mentionner le code de conduite pour les sociétés de sécurité privées. A l'initiative de la Suisse, 58 entreprises de sécurité parmi les plus importantes au monde ont signé en 2010 un code qui les oblige à respecter les droits humains dans leurs activités.

Dans le domaine de la politique humanitaire, nos partenariats, notamment avec l'organisation non gouvernementale Geneva Call (Appel de Genève), ont amené des groupes armés non étatiques à prendre des engagements en matière de respect des droits humains et du droit international humanitaire.

Dans le domaine de la migration, le Nigeria a signé avec la Suisse un partenariat migratoire qui prend en compte les intérêts des deux pays. Ce dernier exemple, mais aussi de nombreux autres dans le domaine de la promotion de la paix, montre clairement que pour être efficace, l'engagement dans les Etats fragiles nécessite de faire appel aux compétences et aux instruments spécifiques de plusieurs acteurs de la Confédération. A ce sujet, je voudrais dire un mot sur la question de la cohérence et de la coopération entre les services de l'administration. La politique suisse sur le plan de la sécurité humaine est une tâche de grande ampleur qui fait appel à des compétences et à des instruments particuliers de plusieurs acteurs de la Confédération. C'est tout particulièrement vrai dans le contexte des Etats fragiles ou en conflit, dans lesquels les interventions pour garantir la sécurité humaine et pour lutter contre la pauvreté doivent aller de pair. Ces situations nécessitent l'engagement cohérent et complémentaire des instruments de sécurité humaine, de coopération au développement et d'aide humanitaire.

Afin d'assurer cette cohérence et ces complémentarités, des approches suisses intégrées sont élaborées, qui impliquent tous les acteurs pertinents de la Confédération. Quelques exemples de stratégie intégrée: le Népal, la région des Grands Lacs, la lutte contre les mines, l'Afrique du Nord. Les priorités géographiques et thématiques et les modalités d'action sont fixées en étroite collaboration avec tous les services concernés. Chaque acteur a ses groupes cibles et ses mécanismes d'intervention propres qui se complètent.

Le projet que j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui porte sur un montant total de 310 millions de francs pour les années 2012 à 2016. Sur ce montant, 50 millions de francs sont destinés à un programme spécial pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Ce montant sera entièrement compensé à l'interne du DFAE. Les instruments développés depuis dix ans par le DFAE dans le domaine de la sécurité humaine ont fait leurs preuves et seront renforcés. Nous proposons aussi de développer de nouveaux accents thématiques et géographiques.

1. L'expertise suisse en matière de démocratie et de partage du pouvoir est souvent sollicitée. Il s'agit de la renforcer.

2. Nous constatons que certaines armes affectent de manière grave les populations civiles. La lutte contre leur prolifération requiert un engagement plus résolu.

3. La Confédération compte aussi s'engager davantage dans le domaine de la prévention des conflits. Si l'importance de prévenir les conflits armés et d'autres situations de violence paraît à première vue une évidence, l'existence d'une culture de prévention n'est de loin pas une réalité pour la communauté internationale. Le Conseil fédéral entend contribuer à renforcer les architectures nationales, régionales, et universelles de prévention des conflits armés et d'autres situations de violence.

4. La politique extérieure des droits humains sera renforcée au-delà des dialogues bilatéraux. La Suisse mettra à profit toutes les plates-formes de ses relations bilatérales et multilatérales pour promouvoir ces droits de manière systématique et cohérente.

5. Pour ce qui est des régions d'engagement, le message prévoit que la Suisse poursuivra sa politique de concentration sur les régions qu'elle considère comme d'intérêt stratégique pour la Suisse: Méditerranée, pays choisis en Afrique subsaharienne. Et nous poursuivrons en outre nos actions dans les régions où nous sommes susceptibles de faire une différence. Nous mettons un nouvel accent sur le Caucase du Sud et l'Asie centrale. Et nous mettrons un accent tout à fait spécial au travers d'un autre programme pour l'Afrique du Nord et pour le Moyen-Orient.

Nul autre exemple n'illustre mieux la raison d'être de la promotion de la sécurité humaine que les récents développements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et ces programmes permettront d'accompagner les événements du "printemps arabe" et leurs répercussions.

La stature d'un pays sur la scène internationale ne dépend pas uniquement de facteurs traditionnels, de puissances et d'influences, comme le poids économique et militaire; la capacité à résoudre les problèmes mondiaux joue aujourd'hui un rôle décisif. Par sa politique de sécurité humaine, par le travail accompli sur certains thèmes, la Suisse contribue à apporter des réponses aux grands défis de la planète et fournit une importante contribution à la stabilité internationale. Sa réputation et sa place dans la politique internationale s'en trouvent renforcées. Mais avant tout, l'engagement en faveur de la paix, du respect des droits humains, de la sécurité humaine en général constitue une réponse stratégique aux défis et risques d'un monde de plus en plus complexe et globalisé, qui manifestement vous dépasse complètement, Monsieur Mörgeli. Les activités de notre pays en la matière sont en conséquence très nettement [PAGE 1782] dans notre propre intérêt, même si elles sont également utiles à d'autres.