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Beck Serge · Nationalrat · 2001-09-19

Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2001-09-19

Wortprotokoll

Les buts et les principes de l'Organisation des Nations Unies, tels qu'ils sont énoncés à l'article 1er de sa Charte, sont hautement respectables et sont les bases indispensables à une limitation des conflits au plan planétaire. L'ONU est une enceinte privilégiée pour l'ensemble des relations internationales, une plate-forme adéquate et unique de rencontre et de discussion des nations, un terrain d'arbitrage exceptionnel pour les conflits qui pourraient opposer celles-ci.

Il convient cependant de distinguer l'action de l'organisation sur deux plans fondamentalement différents quant à leur structure organisationnelle et quant à leurs effets sur la marche du monde: le plan structurel, d'une part, et le plan conjoncturel, d'autre part.

Au plan structurel, soit celui d'un travail fondamental visant à atteindre les buts de l'article 1er de la Charte - paix et sécurité internationales, respect de l'égalité de droits des peuples, respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, résolution des problèmes économiques, sociaux, intellectuels ou humanitaires -, l'Organisation des Nations Unies construit concrètement, essentiellement au [PAGE 1024] travers de ses organisations spécialisées, une stabilité bénéfique à l'ensemble de la communauté planétaire. Nous participons à cette construction puisque nous sommes membre et contribuons financièrement à la plupart, si ce n'est à la totalité, des organisations spécialisées. Nous ne sommes pas, Madame Gadient, un pays de spectateurs. Le Conseil fédéral le dit lui-même en pages 12 et 13 de la magnifique brochure qu'il a éditée pour inciter notre adhésion à l'ONU: le gros du travail de l'ONU est assumé par une trentaine d'organisations spécialisées, 24 images de symboles sont sur cette double page, et nous sommes - je l'ai contrôlé - membres des 24 organisations spécialisées qui sont mentionnées.

Par contre, le deuxième plan d'activité de l'organisation est celui du domaine conjoncturel, de l'intervention à court terme, des compétences exercées par les organes du noyau dur, à l'exception de l'Assemblée générale qui a délégué ses compétences. C'est à ce niveau d'action que se posent non seulement les incompatibilités avec notre neutralité, mais également les dysfonctionnements démocratiques structurels du Conseil de sécurité qui, au plan de l'éthique, s'opposent à notre adhésion. L'Organisation des Nations Unies est issue du dernier conflit mondial et sa Charte porte encore les stigmates de celui-ci, puisqu'elle contient encore la notion d'"Etat ennemi", naturellement de la coalition vainqueur à l'époque, à son article 53.

C'est sans doute à cette genèse que l'on doit la mise en place d'une structure du Conseil de sécurité antidémocratique, qui confère de fait aux membres permanents de cet organe des capacités de blocage nuisibles aux buts de l'organisation et donc à la paix entre les peuples.

M. Gross Jost et d'autres intervenants nous ont parlé de ces difficultés. Prenons conscience qu'il est facile de les déplorer dans le cocon douillet du Parlement d'un des pays parmi les plus riches de la planète. Mais dans la communauté des peuples, sur le terrain, les conséquences du droit de veto empêchent l'application des résolutions de l'Organisation des Nations Unies en Palestine et perpétuent ce conflit, empêchent la levée des sanctions économiques dans les domaines alimentaire et humanitaire et ont entraîné des milliers de morts en Irak, suite aux carences alimentaires et thérapeutiques.

C'est une landsgemeinde, certes, Monsieur Rechsteiner-Bâle, mais une landsgemeinde dont les sabres coupent des têtes. Notre pays, dépositaire des conventions du droit humanitaire, doit-il rentrer dans ce troupeau politiquement correct, dans ce nouvel ordre mondial où l'économie tend à supplanter la démocratie? Notre gouvernement a-t-il le droit de répondre comme il l'a fait dans le cadre de ma motion 00.3328 demandant l'application d'une politique concrète de neutralité à l'égard de l'Irak dans le domaine alimentaire et en ce qui concerne les médicaments: "Il n'est cependant pas envisageable que la Suisse suspende de manière autonome les sanctions économiques envers l'Irak, car cette décision irait à l'encontre des intérêts plus généraux de la Suisse et nuirait aux bonnes relations entre la Suisse et la communauté internationale"? Lisez entre les lignes: "Nous voulons continuer à vendre des machines, des produits chimiques, des services, particulièrement aux pays anglo-saxons, donc nous devons fermer les yeux sur les dizaines de milliers de morts résultant des sanctions à l'égard de l'Irak." Devons-nous vraiment, comme l'écrivait "Le Temps" d'hier, "babouiner", singer l'Amérique comme les autres Européens? Quelle est cette Suisse qui dépense tant d'énergie pour expliquer et regretter ce que la génération précédente a fait lors du dernier conflit mondial et qui est une complice soumise aux atteintes collectives aux droits de l'homme découlant des mécanismes pernicieux du Conseil de sécurité? Cette Suisse-là est un pays sans projet, sans ambition en termes de politique étrangère, un pays qui a étouffé sa diplomatie au cours des vingt dernières années avec des réflexes de petit épicier.

J'aurais encore énormément d'arguments à développer. Je crois que la solution de rester provisoirement à l'écart de l'Organisation des Nations Unies - car nous pouvons avoir espoir qu'elle trouve les ressources nécessaires pour se réformer - nécessite de la part de notre pays davantage de courage, davantage d'engagement humain et financier, mais est combien plus constructive dans l'intérêt de la communauté internationale.

C'est la raison pour laquelle je vous invite à ne pas souscrire à l'adhésion de la Suisse à l'Organisation des Nations Unies, dans l'attente d'une réforme démocratique de ses institutions, particulièrement du Conseil de sécurité.