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Cuche Fernand · Nationalrat · 2001-09-19

Cuche Fernand · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2001-09-19

Wortprotokoll

J'interviens également aussi au nom du groupe écologiste. J'aurais aimé pouvoir disposer de 10 minutes pour faire les deux choses en même temps soit la prise de parole au nom du groupe écologiste et également pour défendre la proposition de minorité, mais la présidente, pour le moment, ne m'accorde pas quelques minutes de plus.

C'est vrai que lors de la dernière réunion de la commission, nous avons pu approcher dans le détail le programme d'armement qui est soumis à votre examen. Nous avons constaté que l'ensemble des équipements, l'ensemble des dépenses, l'acquisition de ce matériel s'inscrivent quand même dans une tradition de protection du territoire, de protection de l'espace aérien, dans une forme de continuité très tranquille des programmes d'armement de ces dernières années ou de ces dernières décennies. Il a été très difficile de percevoir que nous étions en même temps dans une réforme extrêmement importante des concepts de protection de la population, y compris sous l'angle militaire.

Je vais donner quelques exemples de ces achats qui expriment plus la continuité que l'interrogation sur la protection de la population. Par exemple, l'achat de chars de dépannage, c'est 25 unités pour 166 millions de francs.

Il est important de rappeler que, pour les chars Leopard de combat, plus d'un quart de l'effectif est actuellement sur les plots, c'est-à-dire installé confortablement dans les abris. C'est une maintenance qui nous coûte cher. Du moment que plus d'un quart de ces effectifs ne circule pas, on peut en déduire que, vraisemblablement, un quart voire la moitié des chars de dépannage Leopard ne seront pas utilisés parce qu'il n'y a pas besoin. Lors des présentations, on a souvent souligné la nécessité d'acquérir ces armements, parce que ça provoque directement une production industrielle à l'intérieur du pays et que nous avons des marchés de compensation, ce qui fait qu'à peu près pour 750 millions de francs, nous allons faire travailler environ 900 personnes pendant 5 ans.

Nous sommes très sensibles à l'argument du maintien, voire du développement des emplois dans ce pays, mais nous pensons que si l'Etat, de par ses activités économiques ou indirectement économiques, doit se soucier de l'emploi, nos priorités en matière d'investissement public iront ailleurs. Nous pensons en particulier à la Poste, aux transports, notamment aux CFF, au personnel des chemins de fer auquel on demande ces dernières années quantité d'heures supplémentaires. On pourrait améliorer les qualités de travail de cette régie en engageant plus de personnes. Nous pensons aussi bien sûr à la formation, à la culture et, en clin d'oeil, à l'agriculture.

En ce qui concerne le développement ou le maintien des emplois dans les activités économiques industrielles, et compte tenu d'un certain nombre de menaces qui règnent à la surface du globe - pensons au réchauffement climatique, aux intempéries, aux catastrophes naturelles - il y a vraisemblablement un potentiel de développement industriel vers les énergies renouvelables. La Suisse, compte tenu de la qualité de ses ressources technologiques, devrait prioritairement investir dans ces technologies.

Il serait grave de dire: "Au nom de l'emploi, on va faire tel type d'armement." Ceci nous paraît, et on l'a vu lors de l'examen de l'achat de ce matériel, de plus en plus en inadéquation par rapport aux menaces actuelles. On pourrait se trouver dans la situation où on ferait travailler des gens dans des ateliers, au nom d'un principe de sécurité et, en réalité, ces gens seraient de moins en moins protégés par rapport aux menaces actuelles.

Je voudrais faire un certain nombre de réflexions suite à ce qui s'est passé le 11 septembre dernier, parce qu'inévitablement ce programme d'achat doit aussi être discuté et son examen s'orienter par rapport à ce qui s'est passé. Nous pensons tout d'abord que nous n'avons pas affaire à une agression militaire dans le sens juridique du terme, mais qu'il s'agit d'un acte terroriste, ce qui veut dire qu'il n'y a pas de nécessité de continuer dans la voie de l'armement classique après les événements qui se sont passés aux Etats-Unis. Il est important aussi de remonter toute la filière et d'essayer de comprendre ce qui s'est passé. C'est un peu ce que font aussi les gouvernements européens après l'émotion. Je pense que, dans la mesure où nous réussirions à dépenser davantage au niveau de l'action civile, de l'action de coopération pour réduire le nombre de gens qui vivent dans la misère et la pauvreté, dans la mesure où nous pourrions aussi développer une diplomatie active, notamment de renforcement des budgets pour la coopération, on s'orienterait vraisemblablement vers une gestion anticipée des crises, vers une gestion qui précéderait le déclenchement des situations dramatiques.

Je suis très surpris de voir à quel point les organisations de ce pays qui s'engagent dans le déminage humanitaire peinent à trouver des fonds, des financements pour qu'on puisse effectivement réaliser de façon efficace et rapide du déminage. La Suisse pourrait, par exemple, dans ce nouveau contexte de la menace, dans cette nécessité de donner un minimum de sécurité aux peuples qui sont aujourd'hui dans l'absence de sécurité, développer un programme de déminage en disant: "Voilà, la Suisse, au nom de sa tradition humanitaire, au nom de sa prise de conscience par rapport aux nouvelles menaces, décide d'engager des fonds extrêmement importants." Je pense que les 166 millions de francs destinés à l'achat de chars de dépannage, à mon sens inutiles, seraient beaucoup mieux investis dans le cadre du déminage humanitaire.

Dernier point. Nous sommes dans un processus de réforme "Armée XXI". Nous avons fini la procédure de consultation. On constate qu'il n'y a pas de consensus, qu'il y a des positions très opposées et qu'on veut investir, encore une fois dans un équipement inadéquat selon nous, qui ne répond pas aux nouvelles menaces, 960 millions de francs. Nous avons le temps de finir cette procédure de consultation, d'attendre un rapport définitif du Conseil fédéral, de le débattre aux Chambres pour nous rendre compte si, effectivement, il nous faut ces chars de dépannage, s'il nous faut cette munition intelligente. Après l'analyse des risques d'aujourd'hui, on se rendrait peut-être compte, c'est le grand souhait dans le cadre de notre groupe, que c'est d'abord par des interventions humanitaires, pacifistes, de prévention que la Suisse devrait intervenir pour prévenir les conflits dans le monde.