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Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2001-09-19

Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-09-19

Wortprotokoll

Nous nous trouvons manifestement devant deux risques: intellectuel, et quant à notre attitude politique. Le premier risque, bien sûr, c'est de rester figé sur des conceptions traditionnelles et passées, de ne pas voir les nouvelles menaces et de vouloir toujours en somme préparer la guerre d'avant-hier. Mais le deuxième risque, c'est de, tout d'un coup, pour être moderne et pour être à la page, et pour être tout à fait dans le coup, commencer à dire que tout ce qui est menace classique n'a plus de raison d'être, et que par conséquent, il faut tout jeter par-dessus bord pour ne plus être branché que sur ce qui fait la une aujourd'hui, la une des journaux notamment. Eh bien, une attitude responsable, en politique de défense nationale, c'est de ne tomber ni dans un excès, ni dans un autre.

Excusez-moi de parler de moi, mais il se trouve que j'ai eu la chance de participer aux travaux de la commission Brunner. Dans cette commission Brunner qui, je crois, a retenu l'attention du Conseil fédéral assez largement, nous avons bien insisté sur deux faits. Le premier, certes, c'est qu'il faut se préparer aux nouvelles menaces, et cela, dans une étroite collaboration avec les autres pays, par exemple en augmentant l'efficacité de nos services de renseignement. Et là, il y a encore beaucoup à faire - je pense que nous ne sommes pas au point -, en intensifiant la coopération pour faire la chasse aux réseaux, et notamment aux réseaux terroristes, en imaginant comment on pourrait peut-être, en cas d'attentat sur notre sol, utiliser l'armée pour des missions de protection rapprochée. Oui, cela, il faut le faire, mais la commission Brunner avait aussi dit qu'il fallait admettre la continuité d'un effort, admettre la continuité d'une préparation, préserver un coeur de compétences. Par conséquent, nous ne pouvons pas, parce que la menace n'est pas visible à cet égard, d'un coup d'un seul dire que les chars, les avions, les chars d'accompagnement, l'artillerie, etc., n'auraient absolument plus aucun sens.

Nous savons bien qu'il y a toujours, dans l'évolution des menaces, quelque chose d'imprévisible. La deuxième partie du XXe siècle a vu toutes les sortes de guerres, de ces guerres et de ces menaces terriblement individualisées, si vous voulez, et simples, mais aussi des guerres classiques. Nous avons tout connu. Par conséquent, nous devons avoir un éventail dans la préparation de notre défense, un éventail face à tous ces genres de menaces. Par conséquent, si nous devons admettre l'adaptation de nos esprits, de nos efforts et de notre politique, nous devons aussi assurer la continuité.

C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons, en aucun cas, imaginer que nous puissions, à l'occasion d'une non-entrée en matière ou d'un renvoi de cet objet, arriver avec une tout autre conception. Ce programme d'armement est un des plus bas que nous ayons jamais eus, qui nous aient jamais été présentés. Il s'agit là d'une continuité. Cela ne veut pas dire que nous ne devions pas, Monsieur le Conseiller fédéral, de manière beaucoup plus intense, songer à des accents nouveaux, notamment pour faire face à des menaces nouvelles - je pense particulièrement aux services de renseignement et à la coopération avec les autres pays.

J'aimerais dire ceci à ceux qui se moquent de ce programme d'armement - et nous avons entendu Mme Haering, tout à l'heure, nous rappeler d'ailleurs les arguments qu'elle avait déjà développés lorsqu'il s'était agi de l'initiative populaire en faveur d'une redistribution des dépenses: vous remarquerez avec moi, j'espère, que chaque fois que l'on nous dit que ceci ou cela n'est pas suffisamment d'actualité, branché suffisamment sur les menaces actuelles, on nous propose un abaissement - et quels abaissements! -, on ne nous propose jamais en compensation une augmentation. La sécurité globale, au sens de la sécurité militaire ou policière, cette sécurité-là, on ne nous dit pas qu'elle doit garder le même niveau, la même intensité. Cela aboutit toujours, avec ces propositions qui se veulent intelligentes et modernes, à un abaissement global du niveau de sécurité.

Et quand on vient nous dire: "Mais la sécurité, c'est aussi tout autre chose: c'est l'aide humanitaire, c'est la coopération au développement, c'est les efforts diplomatiques pour la paix, c'est les efforts pour la prévention", nous en sommes bien d'accord! Mais pourquoi veut-on toujours, dans certaines travées de cet hémicycle et ailleurs, mettre cela en contradiction? Pourquoi ne veut-on pas admettre, une fois pour toutes, que dans ce monde difficile, dans ce monde [PAGE 1045] imparfait, il faille à la fois faire de la prévention, faire des efforts politiques, faire des efforts diplomatiques, faire des efforts humanitaires, d'aide au développement, rendre ce monde plus juste, et en même temps faire tous les efforts nécessaires et ne jamais baisser le niveau ni la garde pour la sécurité proprement dite?

C'est dans cette ligne-là de complémentarité, et non pas de réduction intellectuelle et politique, que s'inscrit le groupe libéral. Il est résolument pour que nous réfléchissions avec intensité à la manière de mieux et plus mettre l'accent sur certains points aujourd'hui qui correspondent à des menaces actuelles. Mais le groupe libéral n'est pas, comme disent les Suisses alémaniques, pour "jeter le bébé avec l'eau du bain". Il est pour que l'adaptation et la continuité se conjuguent. C'est ce que nous appelons une attitude politique responsable et c'est la raison pour laquelle nous acceptons ce programme d'armement et que nous nous opposerons à tous ces chemins de traverse qui, souvent, déguisent une intention, à peine d'ailleurs camouflée, de s'en prendre à notre niveau de sécurité et à notre effort de défense nationale. On l'a bien vu dans toutes les péripéties politiques de ces dernières années.

Au nom du groupe libéral, je vous propose d'entrer en matière et de soutenir ce programme d'armement. Je reviendrai plus tard sur une question qui me tient à coeur, qui est celle des avions de transport.