Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2011-03-16
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-16
Wortprotokoll
Les soulèvements populaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont un événement historique. Ils le sont pour des millions de femmes et d'hommes qui ont su créer avec courage une chance non seulement pour la démocratie, pour l'Etat de droit et pour les droits de l'homme, mais aussi pour une répartition plus juste des fruits des économies nationales. La chute des régimes prédateurs, la construction de nouvelles institutions et la mise en route de réformes profondes dans ces pays sont une chance pour la lutte contre la pauvreté, une occasion de construire dans les pays mêmes un avenir économique pour la jeunesse et donc de combattre ainsi l'exode des jeunes vers les pays du Nord.
Il est donc indigne d'entendre des membres de ce conseil réduire ces soulèvements démocratiques à un fléau migratoire pour la Suisse. C'est indigne des valeurs de notre Constitution.
Mais mis à part l'aide humanitaire immédiate et indispensable déjà mise en oeuvre par le Conseil fédéral, et que nous saluons, mis à part l'accueil des réfugiés qui est indispensable dans le cadre d'une solidarité internationale et mis à part la disponibilité de la Suisse pour un partenariat économique, scientifique et culturel, notamment avec la Tunisie ou l'Egypte, visant un développement socialement durable et respectueux des droits fondamentaux, le Conseil fédéral doit aujourd'hui remettre à plat la politique extérieure et la politique économique extérieure de la Suisse à l'égard des autocraties et des potentats. La Suisse ne peut poursuivre ses relations internationales sans distinction entre les Etats démocratiques et ceux qui ne le sont pas. Une nouvelle stratégie, en cohérence avec nos valeurs constitutionnelles, doit être proposée par le Conseil fédéral.
Il n'est plus admissible que l'on continue à consolider politiquement et économiquement des régimes autoritaires et prédateurs par une ouverture des marchés sans respect minimal des droits de l'homme et des conditions sociales. Il faut repenser le groupe de vote au sein du FMI, l'Helvétistan, composé de régimes autoritaires et corrompus. La vente d'armes aux régimes non démocratiques doit être interdite. L'argent des potentats qui appauvrissent les peuples, cet argent qui sert à financer les appareils répressifs, ne doit pas pouvoir trouver refuge et fructifier dans nos banques. Il faut renforcer le dispositif légal, notamment par un droit de recours des associations de défense des droits de l'homme et de lutte contre la corruption, contre l'inactivité des pouvoirs judiciaires, notamment aussi en renversant le fardeau de la [PAGE 422] preuve de l'origine - licite ou illicite - des fonds appartenant aux potentats.
Pour le groupe socialiste, la politique extérieure n'est pas seulement faite d'intérêts, mais également de solidarité, de cohérence et, surtout, de respect des principes liés aux valeurs démocratiques de notre Constitution fédérale.