Lexipedia

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2013-04-17

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-04-17

Wortprotokoll

L'avortement est une affaire privée, c'est juste, et son choix doit être libre. Selon les initiants, son financement devrait donc également rester une affaire privée, car ils considèrent que la problématique qui entoure la question de l'avortement n'a rien à voir avec un problème de santé; cela se résumerait à un choix privé. C'est un raccourci un peu facile et léger.

La Société suisse de gynécologie et d'obstétrique considère de son côté que la grossesse non désirée constitue un risque pour la santé physique et psychique de la femme concernée. Elle est comparable à d'autres atteintes à la santé telles que la dépression, les accidents, les maladies métaboliques, etc., dont le traitement est pris en charge par la communauté solidaire des assurés. Selon cette société, l'interruption de grossesse doit être considérée comme une intervention médico-thérapeutique qui garantit l'intégrité physique et psychique de la patiente.

Le texte qui nous est soumis est sournois. Sous prétexte de réduire les coûts de la santé, quelques millions de francs par an au plus - la belle affaire -, les initiants veulent pénaliser les femmes faisant le choix d'avorter avec l'espoir de les en dissuader pour des motifs d'ordre financier.

Il remet ainsi en question la prise en charge par la LAMal des interruptions volontaires de grossesse, alors que celle-ci faisait partie intégrante de la loi adoptée en 2002.

Les initiants se placent sur le terrain de la morale et traduisent à travers cette initiative leur position viscéralement anti-avortement en rendant son accès plus difficile - ma préopinante vient d'en faire la démonstration voilà quelques instants. Tendre à réduire le nombre d'avortements est en soi souhaitable, car ce n'est jamais de gaieté de coeur qu'une femme doit se résoudre à cette opportunité. Mais je [PAGE 668] n'entends rien dans la bouche des initiants quant aux vrais moyens à mettre en oeuvre pour en réduire efficacement le nombre: l'éducation sexuelle, le remboursement des contraceptifs par la caisse-maladie, en tous les cas pour les adolescentes, un accès favorisé à la pilule du lendemain et une offre suffisante en structures d'accueil extrafamilial des enfants.

La problématique soulevée par le texte de l'initiative me suggère plein d'interrogations. Qui l'initiative va-t-elle pénaliser? Les personnes issues de milieux aisés ou alors plutôt les femmes en situation sociale difficile, les adolescentes? Poser la question, c'est y répondre, à l'évidence! Cela s'appelle une médecine de classes, une médecine à deux vitesses, une véritable discrimination.

Les initiants savent-ils qu'une méthode de contraception n'est jamais sûre à 100 pour cent? Les accidents existent et tomber enceinte n'est pas obligatoirement un choix délibéré.

Certaines situations continueront d'être prises en charge en particulier lorsque la santé de la mère serait mise en danger. Qui décidera? Le médecin? La caisse-maladie? Leur décision sera-t-elle contestable? Selon quelles procédures - avec le risque de conduire la femme enceinte hors délais?

Actuellement les interruptions de grossesse sont réalisées dans nos hôpitaux et cliniques et bénéficient des infrastructures performantes et professionnelles que nous connaissons. La problématique financière n'est-elle pas susceptible de remettre au goût du jour le tourisme médical voire les anciennes filières parallèles? Verra-t-on réapparaître les faiseuses d'anges de triste mémoire, avec des drames à la clé? Le fait de fumer est également un choix privé. La prise en charge des complications dues au tabagisme doit-elle être exclue du catalogue de prestations à charge de la LAMal?

Ma pratique professionnelle m'a conduit régulièrement à rencontrer des patientes, parfois des couples, confrontés à cette problématique. Des couples, car il ne faut pas oublier le rôle et la responsabilité du partenaire masculin, malheureusement pas toujours présent.

Je les ai aidés dans leur choix, et le cas échéant, accompagnés dans leur démarche. Croyez-moi, j'ai pris la mesure des situations humainement difficiles que ces personnes traversaient. Avorter n'est jamais une partie de plaisir, un acte banal et anodin que l'on choisit sans doutes ni émotions. Vouloir charger ce choix de stress supplémentaire, d'embûches administratives, de contraintes financières est indigne. Frapper les plus faibles, culpabiliser, stigmatiser: l'initiative est inacceptable et correspond à un recul.

Je vous invite à ne pas reculer.