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Nordmann Roger · Nationalrat · 2014-05-05

Nordmann Roger · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-05-05

Wortprotokoll

Nous parlons ici de politique monétaire, mais vous me permettrez cependant de débuter par un petit excursus dans la politique de santé.

L'UDC craint toujours dans le domaine de la santé une consommation médicale excessive. Elle craint toujours que les gens aillent pour des maladies imaginaires chez le médecin. Pire encore, l'UDC craint que les médecins ne prescrivent des actes thérapeutiques coûteux ou des médicaments dont l'effet serait négatif parce qu'au fond il dégraderait la santé du patient qui était à l'origine en bonne santé.

Ce que l'UDC nous propose aujourd'hui, c'est d'amener notre politique monétaire, actuellement en pleine santé, chez un médecin charlatan pour lui infliger un traitement dont elle ressortira affaiblie, en particulier au plan de son autonomie d'action, ce qui est, vous me le concéderez, venant de l'UDC, un paradoxe qui ne finira pas de nous étonner.

En termes rationnels, cette initiative tente de résoudre un problème qui n'existe pas. La Banque nationale mène une excellente politique au service de la stabilité des prix et de la conjoncture. C'est ainsi qu'elle a évité un effondrement de notre économie d'exportation dans les années 2011 et suivantes. Elle a été capable, avec l'appui de la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine, de sauver l'UBS en une nuit. On ne voit pas très bien ce que l'on aurait à lui reprocher. Tout au plus, certains milieux disposant d'un peu trop de liquidités pourraient lui reprocher sa politique monétaire des taux d'intérêt bas, qui réduit la rente de situation de ces milieux. Mais ce serait un mauvais procès, car la Banque nationale doit agir dans l'intérêt commun.

En revanche, le remède que l'UDC se propose d'appliquer revient en quelque sorte à plâtrer une jambe valide. Après quelque temps, il est certain que la personne concernée verra l'état de sa jambe se dégrader, ses muscles fondre et sa capacité de marcher réduite.

Ainsi, en devant obligatoirement garantir en tout temps un taux de 20 pour cent d'or dans son bilan, quelles que soient les variations de la longueur de celui-ci, et en se voyant interdire de revendre de l'or, la BNS sera confrontée à un mécanisme à cliquet. La part de l'or de son bilan augmentera jusqu'à constituer plus de la moitié de celui-ci. Ce retour à un étalon-or qui ne dit pas son nom, à une sorte de situation pré-Bretton Woods, nous ramène aux crises monétaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. C'est un non-sens absolu. En plus, cela compliquera la gestion quotidienne et compromettra les distributions de bénéfices aux cantons. Si ces distributions ne sont pas l'objectif de la BNS, il faut cependant reconnaître qu'elles sont bienvenues lorsqu'il est possible d'y procéder.

Fidèle à sa tradition, l'UDC nous propose des dispositions transitoires intempestives - cela doit vous rappeler quelque chose! En particulier, elles imposent que le niveau d'or de 20 pour cent dans le bilan de la BNS soit impérativement atteint en cinq ans. En annonçant par votation populaire d'énormes achats d'or, on va en faire remonter le cours. C'est la plus mauvaise stratégie imaginable pour reconstituer à bon compte des stocks d'or.

Chers collègues, il faut être clair. Cette initiative relève du fantasme nationaliste, de l'obsession nombriliste et d'une conception paranoïaque du monde. L'objectif de la politique monétaire, c'est d'assurer le fonctionnement du système monétaire, l'existence de l'argent et la faisabilité des échanges économiques. L'objectif, ce n'est pas de donner à quelques extrémistes l'occasion de brasser encore une fois leur soupe nationaliste, en articulant cette fois la cérémonie sous la forme d'une danse du totem autour du tas d'or, tas d'or qu'il s'agirait de garder arbalète à la main face à des ennemis étrangers, que dis-je, face à des hordes barbares dont il manque juste l'indication de la couleur de peau.

Non chers collègues, notre pays mérite mieux que de devenir à nouveau victime d'un tel fantasme. Cette initiative ne mérite qu'une recommandation de rejet sec et sonnant au peuple et aux cantons.