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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2014-06-10

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-06-10

Wortprotokoll

Je dois avouer que la lecture de l'article 73a alinéa 3 de cette initiative m'a procuré un sentiment particulier, et je me suis dit qu'un certain Malthus n'aurait rien eu à redire à cette proposition. En effet, il y a dans la finalité de cet alinéa 3 quelque chose de dérangeant.

Pour ne pas risquer de gêner notre confort, notre bien-être, il est proposé de contribuer financièrement à la réduction des naissances dans les pays en voie de développement, semble-t-il sans plus d'analyse des causes profondes de cette croissance démographique. Il faut réduire les naissances là-bas parce que l'on est trop sur cette terre pour se partager le gâteau, parce que les ressources seraient insuffisantes à terme et surtout parce que, plus il y aura de gens sur terre, plus on pourrait en voir immigrer chez nous, tout cela sous le couvert d'un discours écologique bon ton.

Le monde est pluriel, divers, et les peuples qui le composent sont animés de sentiments et de valeurs très disparates en termes de religion, de morale, de coutumes. Je n'ose imaginer les difficultés, les incompréhensions, les tensions qu'une telle politique d'aide au développement pourrait induire selon les pays. Cela veut-il dire que l'on devra sélectionner les pays que nous aiderons à l'avenir?

Le moyen le plus efficace, celui qui a le plus démontré son efficacité pour contenir à terme la démographie, est l'amélioration du niveau de vie et, avec lui, celui de l'éducation. Réduire la pauvreté, assurer l'accès à l'éducation pour toutes et tous, améliorer le sort des populations tout au long de leur vie en termes de santé et de moyens de survie représentent un préalable incontournable pour observer au fil des ans une réduction du nombre des naissances dans un pays. Car mettre au monde de nombreux enfants, dont beaucoup mourront en bas âge, représente encore dans beaucoup de pays qui ne disposent pas d'un filet social minimum une sorte d'assurance vieillesse, car grâce à ces enfants, les parents peuvent espérer être aidés jusqu'à la fin de leur vie. Et ces enfants représentent aussi souvent des bras pour les travaux des champs.

Donc plutôt que de vouloir porter un effort renforcé sur la planification familiale volontaire, c'est l'aide au développement dans sa globalité et sa diversité qui doit être prise en compte pour assurer aux populations des pays en voie de développement une amélioration de leurs conditions de vie, un accès à l'éducation et à la santé, et tenter de renforcer l'égalité des droits, sans oublier, bien entendu, quand c'est possible, l'éducation sexuelle et des mesures de planning familial. C'est le sens, d'ailleurs, des démarches actuelles de coopération de notre pays.

Mais il est de notre responsabilité de faire plus. Nous devons engager des moyens encore accrus dans cette lutte gigantesque, mais nous devons le faire pour eux, les pauvres, les laissés-pour-compte, les oubliés de la mondialisation, et pas dans l'esprit qui me dérange dans cette initiative, pas égoïstement pour nous, pour assurer notre confort, pour sauvegarder notre bien-être insolent dans un pays dont on voudrait faire un îlot fortifié et isolé.

Alors je dirai non, comme la plupart d'entre nous, à cette initiative.