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Fournier Jean-René · Ständerat · 2013-09-11

Fournier Jean-René · Ständerat · Wallis · Fraktion CVP-EVP · 2013-09-11

Wortprotokoll

Permettez-moi de commencer mon intervention par une citation de Monsieur Paul Widmer, ambassadeur et ancien représentant permanent de la Suisse auprès du Conseil de l'Europe: "La Suisse multilingue n'est pas née le long des frontières linguistiques, mais en tant que démocratie 'de bas en haut': la haute autoresponsabilité des communes et des cantons était indispensable pour la naissance de la Suisse en tant que nation fondée sur la volonté. Le fédéralisme est également inéluctable pour l'existence de la Suisse."

Notre pays ne possède ni culture, ni langue, ni religion communes, mais une volonté politique commune qui assure sa cohésion. Cette volonté s'exprime par la conviction que le respect des cultures, des langues, des religions, bref, le respect de toutes les diversités vécues quotidiennement par notre population non seulement fonde notre pays, mais constitue sans aucun doute une des clés de sa prospérité et de sa réussite. Cet art de vivre ensemble, de se respecter dans toutes les diversités, cet art est comparable à la démocratie directe en ce sens qu'il n'est jamais acquis et qu'il faut sans cesse le reconquérir. Je suis d'avis, comme certainement la large majorité d'entre vous, qu'il vaut la peine de veiller à cette cohésion nationale, que le dialogue confédéral mérite qu'on y investisse du temps et parfois des moyens.

Ces dernières années, les décisions du Parlement ou du peuple ont été marquées par une forte tendance à la centralisation au détriment du fédéralisme. Cette évolution, si elle est propre à satisfaire la majorité de nos concitoyennes et de nos concitoyens et, il faut le dire, si elle est parfois nécessaire, laisse malgré tout à chaque fois toujours plus de minorités sur le bord du chemin. [PAGE 709]

Je suis de ceux qui s'inquiètent de ce phénomène et qui cherchent de meilleures réponses pour l'avenir. Certes, après chaque votation, en démocratie la majorité s'impose, et la minorité s'incline et accepte le verdict du peuple. Etre démocrate, c'est accepter ces règles du jeu et également les décisions de la majorité. Toutefois, lorsque la minorité issue de votations populaires se retrouve à plusieurs reprises située dans une région déterminée, voire s'identifie à un canton ciblé, il faut d'abord essayer de comprendre le pourquoi du comment. Si l'on considère que la cohésion nationale est importante pour tout le pays, il faut ensuite prendre des mesures, afin d'éviter que l'incompréhension d'abord et l'amertume ensuite ne s'installent entre Confédérés.

La votation fédérale portant sur l'initiative Weber, puis celle sur la révision de la loi sur l'aménagement du territoire ont toutes deux abouti à une acceptation par la majorité du peuple suisse, mais aussi à un refus quasi historique en Valais, à plus de 73,8 pour cent de l'initiative Weber et à plus de 80 pour cent de la révision de la loi sur l'aménagement du territoire. Evidemment, comme l'ont rappelé certains collègues, la Suisse a connu dans son histoire, mais à de très rares occasions, des situations similaires où une région, voire un canton, se retrouvait isolée au soir des résultats. Bien que cela soit un risque de la démocratie, je ne souhaite pas la répétition de ces situations, surtout si les votations en question portent non seulement sur un aspect économique, tout le monde sait que plaie d'argent n'est pas mortelle, mais aussi sur des aspects culturels de grande portée et de grande sensibilité.

Dans le cas de ces deux votations concernant l'aménagement du territoire, cette situation est avérée. Les résultats de ces votations ont été interprétés par une grande partie de la population valaisanne comme une négation de sa relation culturelle avec la terre qui est à l'origine de l'attachement viscéral de toute Valaisanne et de tout Valaisan à sa commune et à son canton. Ici, on dépasse largement l'aspect purement patrimonial ou même l'aspect économique - puisque le SECO nous annonce 4000 emplois perdus dans nos vallées alpines dans les trois ans - et l'on touche, ce qui est beaucoup plus important, au mode de vie choisi par la population.

Je sais que ce n'est pas la volonté de la majorité du peuple suisse que de refuser aux Valaisans, plus qu'à d'autres Confédérés, le droit de pouvoir disposer de son territoire. Je sais aussi qu'en Valais, comme certainement dans d'autres cantons, tout est loin d'être parfait en matière d'aménagement du territoire. Mais toujours est-il qu'il serait bienvenu, par souci de cohésion nationale, par souci d'exprimer notre volonté de vivre ensemble, de s'écouter et de se comprendre, que notre conseil, à l'instar du Conseil national, accepte de donner suite à cette initiative parlementaire.

Que ceux qui rechignent à l'idée de la dépense supplémentaire qu'engendrerait une telle session extra-muros, ce que je peux comprendre en tant que président de la Commission des finances, soient rassurés: le canton du Valais fort de sa tradition d'accueil ne rechignera pas, lui, à mettre la main au porte-monnaie pour couvrir une partie des coûts. Pour ceux qui craignent un "Präzedenzfall": cette session extra-muros devrait se tenir en 2015, or 2015, c'est le deux centième anniversaire de l'entrée du Valais dans la Confédération. Voilà aussi une caractéristique exceptionnelle de cette session extraordinaire.

Bien au-delà des aspects financiers et des aspects réglementaires, c'est la recherche d'une meilleure cohésion nationale qui doit motiver notre décision d'aujourd'hui de donner suite à cette initiative parlementaire.