Marra Ada · Nationalrat · 2012-12-05
Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-12-05
Wortprotokoll
Les deux Commissions de l'économie et des redevances persistent et signent, se moquant de l'avis de 20 cantons sur 26 qui se sont prononcés contre le projet issu de l'initiative parlementaire Lüscher; les commissions et les Chambres fédérales sont décidées à vider la substance, déjà si ténue, de la loi sur le travail.
C'est à une attaque en règle contre ce droit que l'on assiste depuis des années en Suisse. En huit ans, on a voulu libéraliser les horaires d'ouverture dans les centres de transports publics, autoriser de travailler quatre dimanches par année en relation avec les ouvertures de Noël, abaisser l'âge de protection pour les jeunes salariés en le faisant passer de 20 à 18 ans et en élargissant les possibilités de travailler de nuit jusqu'à 16 ans dans un certain nombre de branches. Puis est arrivée l'initiative populaire "Le client est roi" du Parti libéral-radical zurichois. Puis on a voulu étendre l'horaire du travail dominical du personnel au sol dans le domaine aérien et ainsi de suite. Depuis 2006, ce ne sont pas moins de treize votations cantonales qui ont eu lieu sur le sujet. Et le peuple a dit non dans 90 pour cent des cas à ces tentatives d'extension des horaires et à la libéralisation plus marquée du droit du travail. Cette année encore, c'est à Zurich que le peuple a dit non à 70 pour cent à l'initiative "Le client est roi". Dans le canton de Lucerne, on s'est opposé à 55 pour cent à une extension d'une heure des horaires d'ouverture des commerces le samedi.
Voilà pour le contexte général du passé, mais nous pourrions parler de l'avenir. L'initiative parlementaire Lüscher n'est pas encore sortie du four, si j'ose dire, que l'attaque suivante est présentée, à savoir la motion Lombardi, "Force du franc. Harmonisation partielle des heures d'ouverture des magasins", qui n'a pas fait un pli en commission. Elle demande l'ouverture des magasins de 6 heures du matin à 20 heures. Or, on sait que c'est dans le commerce de détail que les conditions de travail sont les plus précaires et les moins bien respectées. Les conventions collectives de travail y sont rares. Il n'y a pas de salaire minimum, pas de treizième salaire ni d'assurance perte de gain en cas de maladie, le travail se fait sur appel, ceci sans compter le fait que la vie sociale et familiale du personnel est limitée dans ce type de travail. On nous dira qu'il ne s'agit ici que de quelques travailleurs qui sont concernés par le projet issu de l'initiative parlementaire Lüscher. C'est bien sûr faux puisqu'en fonction de ces ouvertures, ce sont naturellement d'autres branches qui doivent s'adapter: sécurité, nettoyage, livraison, garde des enfants, etc.
Il y a bien sûr les nuisances pour les employés que je viens de mentionner, mais il y a aussi les conséquences pour notre société. Vous avez pu constater la multiplication, au cours des dernières années, sur tous les axes de trafic, de ces shops. Qu'il s'agisse d'axes principaux ou d'axes secondaires, ces shops génèrent un trafic automobile, mais malheureusement aussi d'autres types de trafic. Ils sont situés en marge des villes, le long de grands axes routiers. Après 22 heures, 70 pour cent du chiffre d'affaires des shops, hormis la vente d'essence, provient de la vente d'alcool. Ce dont nous parlons, c'est d'une libéralisation des horaires des shops, visant à vendre à 70 pour cent de l'alcool après une certaine heure.
Ce projet ne concerne pas les voyageurs au long cours traversant la Suisse, mais les personnes souhaitant consommer à toute heure de la nuit. C'est un changement énorme de paradigme. Est-ce vraiment de cela que la Suisse a besoin? Le peuple a déjà répondu quasiment à chaque fois non à cette question. Comme vous le savez, Monsieur Pardini du syndicat Unia nous l'a annoncé lors du précédent débat, un référendum sera lancé si ce projet est accepté par notre Parlement. Le peuple confirmera une fois de plus qu'il n'a pas la même vision de la société que vous.
Pour toutes ces raisons, le groupe socialiste rejettera ce projet au vote final.