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Vaudroz Jean-Claude · Nationalrat · 2001-10-04

Vaudroz Jean-Claude · Nationalrat · Genf · Christlichdemokratische Fraktion · 2001-10-04

Wortprotokoll

C'est vrai qu'il est difficile de trouver les mots justes tant cette catastrophe paraît surréaliste. Et là, il n'y a pas de doute, c'est une véritable catastrophe nationale, catastrophe que je trouve avant tout humaine, et qui a tourné en ce début de semaine en une déconfiture qu'on pourrait même appeler désorganisée. C'est une désorganisation que nous pouvons vivre, observer, compte tenu bien évidemment des nombreuses implications, directes et indirectes, de SAir Group, mais surtout en raison d'une communication catastrophique entre les acteurs des divers scénarios possibles imaginés dans l'urgence.

Le groupe démocrate-chrétien pense bien entendu prioritairement à l'ensemble des collaboratrices et collaborateurs qui sont touchés par ces événements. Mais nous pensons également à l'ensemble des créanciers, et là, de nombreuses entreprises, des PME, des PMI, devront forcément passer à la caisse et se trouver elles-mêmes en difficulté, et dans des difficultés qui pourront peut-être être insurmontables. M. Binder parlait tout à l'heure d'un nombre d'emplois indirects se montant environ à 200 000. C'est un chiffre extrêmement impressionnant. Nous ne pouvons évidemment pas oublier l'ensemble des petits actionnaires qui ont toujours cru au titre Swissair et qui, aujourd'hui, on peut le dire, ont tout perdu.

Les événements que nous vivons avec cette catastrophe aéronautique helvétique représentent une atteinte extrêmement grave à l'image de notre pays. Cela aura une multitude de conséquences, sur les plans économique, touristique et financier, on l'a déjà dit. Je pense plus particulièrement à l'image que ce chaos donne de la Suisse à l'étranger. Je ne pense pas uniquement aux entreprises touchées directement par cet effet boomerang, mais aussi aux entreprises d'exportation de l'ensemble de la place économique suisse, quelles que soient leur taille, leurs activités. Elles sont confrontées au quotidien, à chaque instant, à leurs marchés. Comme vous le savez, elles sont confrontées à une concurrence effrénée, à une concurrence difficile, à une pression qui est souvent sans merci.

Nos entreprises avaient jusqu'à il y a quelques jours le privilège de bénéficier de ce fameux label "Made in Switzerland", symbole bien entendu de la qualité suisse, symbole de la fiabilité suisse, mais surtout de sa capacité à honorer ses engagements et en particulier ses créances. C'est un rude coup que viennent de nous porter trois banquiers, trois représentants importants des banques. Ils représentent finalement l'ensemble de la gestion financière réalisée dans notre pays. On ne peut pas dire du projet qu'ils ont élaboré, auquel le Conseil fédéral tente également de participer, qu'il n'est pas bien, qu'il n'est pas bon. Au contraire, je suis convaincu que c'est une solution d'avenir, cela d'autant plus si on place à sa tête un homme de terrain comme M. Moritz Suter. J'ai confiance en lui, et je pense qu'il saura mener la nouvelle compagnie dans l'esprit d'un entrepreneur du sérail, dans l'esprit qui dénote une parfaite connaissance en tout cas du sujet.

Nos trois financiers nous ont montré quelque chose de grave, dans le sens où ils nous ont démontré leur incapacité à gérer et à manager cette opération seuls, ce qui crée le chaos que nous observons aujourd'hui.

Par conséquent, dans ce cadre-là, il faut admettre et accepter que lorsqu'il s'agit d'une crise économique d'envergure nationale, il est indispensable que l'Etat, le politique, soit partie prenante et puisse ainsi jouer son rôle en matière de régulation et de surveillance.

D'ailleurs, on peut se poser la question de savoir si la Confédération a joué son rôle et a fait son travail de surveillance. L'affaire Swissair dure depuis un certain temps, on sait même qu'à fin 2000, c'était moins 2,9 milliards de francs comme résultat. Alors, pourquoi la Confédération n'avait-elle finalement pas réagi beaucoup plus tôt, ou tenté, en tout cas, d'analyser plus en détail la situation de Swissair? Et pourquoi encore, la Confédération n'a-t-elle pas un représentant au conseil d'administration?

Mon temps de parole est très largement dépassé, c'est vrai que quatre minutes, c'est extrêmement court. Donc, je m'arrêterai là. Mais je dirai quand même au Conseil fédéral que je dépose une motion lui demandant d'élaborer dans les meilleurs délais une véritable politique aéronautique de la Confédération et également de veiller à ce que l'OFAC accorde à Crossair les concessions nécessaires au développement de ses activités, mais en mettant fin à celles de Swissair et au monopole qui était encore accordé à celle-ci jusqu'en 2008.