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Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · 2001-10-04

Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2001-10-04

Wortprotokoll

"Un émissaire de la Confédération": des sept ou huit minutes du discours de M. Blocher, j'ai compris ça. La proposition de l'homme politique le plus connu de ce pays, du tribun populaire, pour sortir notre pays de cette situation, c'est que la Confédération envoie un émissaire! Pour le reste, six ou sept minutes de blabla, de discussion, de vantardise, pour dire: "Tous responsables sauf moi, 'Unternehmer'." Le niveau de ce débat n'est pas à la hauteur de la situation et de la responsabilité d'élus du peuple! Il n'est pas à la hauteur des attentes des gens qui étaient là tout à l'heure, des milliers de personnes qui se battent. La flexibilité, la souplesse d'esprit, la rapidité que vous demandez depuis une décennie et demie à l'ensemble des acteurs économiques et des travailleurs de ce pays, vous en faites bien peu preuve! Chacun récite son catéchisme, chacun explique qu'il y a une frontière entre le monde politique et le monde de l'entreprise, mais il y a deux événements qui se sont passés depuis un certain mardi, qui rendent tous ces discours caducs. Deux événements!

Premier événement: l'économie privée a fait en sorte que les avions de Swissair, partout dans le monde, n'ont pas pu décoller. Dans d'autres pays, ce sont des grévistes qui maintiennent les avions au sol; ici, ce sont les deux plus grandes banques du pays qui ont fait que les avions de Swissair n'ont pas pu décoller, entraînant la série de cascades et de conséquences pour l'image du pays et pour le monde économique. Premier point.

Deuxième point: nous payons 450 millions de francs pour cette entreprise privée. Or, il y a un discours qui consiste à dire: "L'économie privée, c'est une chose, nous n'intervenons pas." M. Villiger, conseiller fédéral, l'a dit tout à l'heure devant le Conseil des Etats: "L'entreprise aérienne n'est pas une affaire de l'Etat." Mais nous payons les factures! Nous payons les factures: les banques nous envoient les factures et nous devons les payer. A partir de ce moment-là, l'ensemble des paramètres politiques classiques ont changé. Et nous devons nous poser une simple et unique question: qu'est-ce que nous faisons? Qu'est-ce que nous faisons maintenant? Qu'est-ce que nous faisons après le 28 octobre? Qu'est-ce qui se passe? Est-ce qu'on continue à payer? Est-ce qu'on laisse les gens en plan? Est-ce qu'on laisse ces milliers de travailleurs ne pas avoir leur salaire d'octobre ou ne pas avoir leur salaire de novembre? Qui garantit les salaires? Qu'est-ce qu'on fait des engagements internationaux? Qu'est-ce que nous faisons?

C'est à cette simple et unique question que nous avons à répondre. Tous les discours qui disent: "Il faut mettre des conditions à notre engagement financier. Il faut envoyer un émissaire de la Confédération pour vérifier que l'argent est bien utilisé. Il faut exiger telle ou telle chose des banques!" sont inutiles. Les banques rigolent. Quels moyens avons-nous de les contraindre? M. Villiger a passé deux jours à demander aux banques de mettre un peu d'argent. Il a encore essayé hier en disant: "Mettez quelque chose. Mettez un peu d'argent avec nous, au moins pour votre image." Elles lui ont ri au nez. Elles refusent. Comment est-ce qu'on fait pour les contraindre à payer? Nous n'avons pas la base légale pour le faire. La seule et unique réponse, c'est que ce Parlement se saisisse d'un projet de loi et qu'il règle, par un acte de souveraineté démocratique, cette question puisque nous ne pouvons les contraindre, par aucun argument d'image, par aucun argument de liens.

Pourtant, tant de politiciens de ce Parlement ont eu des liens avec elles, ont rendu tant de services depuis si longtemps: le secret bancaire défendu, les cadeaux fiscaux obtenus, la place financière suisse défendue âprement, mois après mois, depuis cette fin des années huitante où M. Delamuraz, une fois, avait essayé de dire: "Les banques ne fixeront pas seules le taux hypothécaire", et où ce Parlement avait dit: "Non, c'est l'affaire des banques." Après 15 ans de services rendus, ces banques disent: "Merci beaucoup, mais ça ne nous intéresse pas!" Comment pouvons-nous donc faire maintenant?

La seule question est celle-ci. Et la seule réponse valable est de faire un acte législatif de notre autorité pour régler cette question. J'aimerais entendre au moins une personne du bloc bourgeois dire que cette hypothèse n'est pas exclue. J'aimerais entendre une personne au moins du bloc bourgeois dire: "OK, on réfléchit. On abandonne les débats dogmatiques, les retours de services qu'on s'est envoyés jusqu'à présent. On abandonne tout ça, on réfléchit et on examine cette proposition." Le groupe socialiste vous fera une proposition dans ce sens. Au moins, ne fermez pas la porte. Réfléchissez avant de continuer le spectacle. (Applaudissements)