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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2006-12-20

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2006-12-20

Wortprotokoll

Beaucoup de choses ont été dites, mais il faut quand même rappeler les raisons pour lesquelles le Conseil fédéral vous encourage à rejeter la proposition de la minorité et à soutenir celle de la majorité dans ce domaine si sensible du traitement avec prescription d'héroïne.

On l'a dit et redit: les objectifs fixés par le Conseil fédéral dans l'ordonnance du 8 mars 1999 sur la prescription médicale d'héroïne sont clairs. Ils sont sévères: il faut d'abord que celui qui bénéficie de ce traitement puisse établir un lien thérapeutique stable. Il faut ensuite qu'on puisse en attendre une amélioration de l'état psychique et physique. Il faut qu'il y ait aussi la possibilité d'améliorer l'intégration sociale, une meilleure capacité de travailler; que le malade prenne des distances par rapport au milieu de la drogue; qu'il y ait une réduction des risques d'actes délictueux. Enfin, l'objectif à long terme, c'est l'abandon de la consommation d'opiacés.

Il est vrai qu'il y a aussi d'autres méthodes qui donnent des résultats: la méthadone ou la buprénorphine. Mais il y a certaines personnes qui ne sont pas susceptibles de suivre un traitement à la méthadone et pour lesquelles la prescription d'héroïne est le geste thérapeutique le plus approprié. Il faut, pour entrer dans un tel programme, avoir au minimum 18 ans, une grave dépendance à l'héroïne depuis deux ans au moins, qu'il y ait eu plusieurs tentatives sans succès - deux au moins - de s'en sortir au moyen d'une autre thérapie. En outre, ce traitement ne remplace pas d'autres formes d'appui qui sont nécessaires ou possibles. En pratique, on l'a dit, l'âge moyen des patients au début du traitement s'élève à 34 ans. Ils sont souvent dépendants depuis très longtemps: la durée moyenne de dépendance de ces personnes est en effet de 10 ans. Seulement 2 pour cent des personnes en traitement ont moins de 25 ans.

Quels sont les résultats? J'ai dit, il y a un instant, qu'il y avait de bons résultats. Si l'on considère la situation de ces personnes, on note que sur 1280 patients en 2004, 15 pour cent ont réussi à s'en sortir et ont abouti à l'abstinence. Avec la méthadone, c'est davantage: 30 pour cent. Alors, me dit-on, pourquoi n'utilise-t-on pas uniquement la méthadone? Simplement parce que ce sont deux clientèles différentes. La clientèle qui doit être traitée avec l'appui de l'héroïne est beaucoup plus ancrée dans l'addiction, dans l'usage de la drogue. C'est une clientèle pour laquelle il n'y a pratiquement pas d'autres possibilités de tenter encore quelque chose.

15 pour cent, c'est évidemment 85 pour cent d'échecs relatifs, mais pas d'échecs tout court, parce que même ceux qui n'arrivent pas à aboutir à l'abstinence ont une amélioration de leur état de santé, de leurs relations avec leur environnement. Ils ont souvent la capacité de reprendre pied dans la vie sociale et professionnelle. C'est donc 15 pour cent de succès et 85 pour cent de semi ou relatifs succès. En règle générale, c'est quand même un progrès.

Il y a aussi un certain nombre de ces personnes qui passent d'un traitement basé sur l'héroïne à un traitement basé sur la méthadone et qui s'éloignent ainsi de la consommation de drogues qui ont des effets absolument catastrophiques, comme l'héroïne. Le nombre de décès dû à la surconsommation de drogue a baissé grâce à ce traitement et l'ordre public en a aussi bénéficié.

Je ne crois pas qu'on puisse prétendre qu'il en va de la dignité de l'être humain de renoncer à ce traitement, au contraire. En effet, la dignité de l'être humain ne consiste pas à affirmer des principes sans essayer de tenir compte de la réalité. La dignité de l'être humain implique que l'on retrouve et que l'on rencontre les personnes là où elles sont, et qu'on essaye, avec elles, de les amener à un point qui les rend encore plus dignes, plus responsables et plus fières d'elles-mêmes. C'est le travail qui est fait par ceux qui suivent les patients qui bénéficient du traitement à l'héroïne.

On ne doit pas essayer de se donner bonne conscience en se disant que l'héroïne est en soi une mauvaise chose, que, par conséquent l'administrer l'est aussi, et que périssent ceux qui, malgré tout, auraient pu être sauvés grâce à cette thérapie! On n'a pas le droit de le faire. On doit au contraire être capable - excusez-moi de l'expression - de mettre les mains dans le cambouis et de suivre les gens là où ils ont plongé, pour essayer de les aider à sortir de leur misère.

On a parlé du rapport de l'OMS de 1999. On peut discuter du statut de ce rapport, mais toujours est-il qu'on reconnaît que ce traitement a un intérêt. Il y a toute une série de journaux médicaux qui se sont aussi penchés sur ce traitement. Dans tous les cas, ils ont admis que c'était une solution thérapeutique acceptable.

Nous vous recommandons donc de rejeter la proposition de la minorité Dunant et la proposition Waber dans un esprit d'humanité et de respect des personnes qui essayent de s'en sortir avec l'aide d'agents sanitaires et aussi grâce à la possibilité de recourir à l'héroïne, qui sans cela ne pourrait pas leur être distribuée et ne pourrait pas être un complément à la thérapie en général.