Lexipedia

Chevalley Isabelle · Nationalrat · 2014-06-03

Chevalley Isabelle · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2014-06-03

Wortprotokoll

Imaginez que vous avez un enfant qui a la leucémie. Vous savez qu'une greffe pourrait le sauver mais vous ne trouvez personne qui est compatible. Votre seule chance est de lui faire un petit frère ou une petite soeur à qui on prélèvera, à la naissance, le sang du cordon ombilical. Mais il faut s'assurer au préalable que cet enfant est compatible avec l'enfant malade, et c'est à ce moment-là que l'on pratique un diagnostic préimplantatoire ou un typage HLA. Le Conseil fédéral et une minorité de la commission veulent l'interdire. Cela signifie qu'il existe trois possibilités aux parents: soit ils essayeront de faire un nouvel enfant en espérant qu'il soit compatible, soit ils devront regarder leur enfant mourir ou alors, en dernier ressort, ils devront se rendre à l'étranger car de nombreux pays qui nous entourent autorisent le typage HLA pour avoir ce qu'on appelle un bébé sauveur. Et là on arrive à une médecine à deux vitesses, car il y aura les parents qui auront les moyens d'aller à l'étranger et ceux qui ne le pourront pas.

Comment pouvez-vous dire à des parents de regarder leur enfant mourir? Je vous l'ai déjà dit, nous sommes parmi les derniers pays à ne pas autoriser le diagnostic préimplantatoire et nombre de nos voisins, y compris des pays très catholiques, autorisent le bébé sauveur.

Il faut comprendre que ce n'est pas une décision facile à prendre pour des parents et qu'ils subissent une lourde charge émotionnelle. Il est évident que les parents qui choisiront cette solution porteront le même amour au bébé à venir qu'à l'enfant malade. Il n'est pas question d'instrumentaliser un enfant. D'ailleurs, lorsque l'on utilise des enfants pour nous distribuer des papiers sur la place fédérale, n'est-ce pas une sorte d'instrumentalisation? Quand un couple fait un enfant dans l'espoir d'avoir un garçon, n'est-ce pas aussi une sorte d'instrumentalisation? Vous voyez que ce débat peut nous mener très loin. Ici on parle de sauver une vie.

Cette question est taboue dans notre pays alors que l'Espagne, le Portugal, la France, la Belgique et bien d'autres pays l'autorisent. Nous sommes conscients que c'est un débat délicat et très émotionnel, mais vous devez vous mettre à la place de ces parents qui n'ont pas d'autre choix pour sauver leur enfant.

La majorité du groupe vert'libéral soutient cet élargissement de la loi. Et même si cette proposition demande une modification supplémentaire de la Constitution, nous n'avons pas peur d'aller devant le peuple car ce dernier est certainement beaucoup plus ouvert sur ce sujet que ce que le Conseil fédéral peut penser.

Nous soutiendrons la proposition de la majorité.