Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2014-06-12
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-06-12
Wortprotokoll
Bahreïn est l'une des six monarchies arabes du golfe Persique. C'est un archipel s'étendant sur environ 750 kilomètres carrés, sa population compte approximativement un demi-million d'habitants. Composé d'une population à large majorité chiite, le pays est dirigé d'une main de fer par la dynastie sunnite des Al Khalifa qui a conquis le pays à la fin du XVIIIe siècle. Le pouvoir y est autocratique et autoritaire et laisse de côté la majorité de la population, chiite, privée de droits et qui compose l'essentiel des 30 pour cent de chômeurs du pays.
Ce tableau social sommaire mais explicite permet de comprendre les ferments de la révolte populaire qui a fait écho en 2011 aux soulèvements observés lors du Printemps arabe. La répression exercée par le pouvoir en place a été particulièrement brutale, avec des morts par dizaines, une violence inacceptable à l'encontre de civils désarmés, de très nombreuses arrestations et des cas de torture attestés par Amnesty International. L'armée s'est attaquée à une foule pacifique réunie durant plusieurs jours sur une grande place à Manama, la capitale. Les troubles se sont poursuivis jusqu'en 2012, en rapport notamment avec le Grand Prix de formule 1 du 22 avril à Bahreïn.
C'est dans ce contexte que la présente motion a été déposée. Elle visait, vu la situation assimilable à une guerre civile qui prévalait à Bahreïn, à interdire toutes les exportations d'armes vers ce pays. Dans le contexte du Printemps arabe, c'est vrai, les exportations d'armes ont été réduites, mais les exportations de pièces de rechange pour les systèmes de défense aériens ont été autorisées. Il s'agit d'armes de défense, mais rappelons que la loi sur le matériel de guerre ne fait pas la distinction entre les armes de défense et les armes d'agression.
Cette motion pose en fait une question de principe, c'est un débat récurrent: la morale ou l'argent et l'emploi? Mais peut-on collaborer avec des tortionnaires, renforcer les capacités militaires d'une dictature qui tue et opprime son peuple? Bahreïn hier, et qui demain?
Livrer des armes à un Etat qui commet des violations des droits de l'homme, c'est de fait cautionner ces violations. Se réfugier derrière des intérêts économiques est cynique. Au contraire, refuser toute transaction dans le domaine des exportations d'armes avec les tyrans du monde entier, c'est faire preuve de dignité, c'est tracer une ligne rouge infranchissable entre la démocratie et la barbarie, c'est témoigner de notre respect et de notre solidarité à l'égard des peuples opprimés. L'argent a parfois le goût du sang.
Merci de soutenir cette motion qui a, il est vrai, perdu de sa brûlante actualité, mais qui garde toute sa force symbolique.