Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2013-06-20
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-06-20
Wortprotokoll
Je vais immédiatement lever un suspense insoutenable et vous donner ma position concernant cette initiative: je ne la soutiendrai pas.
Il y a beaucoup d'arguments pertinents pour recommander au peuple et aux cantons le rejet de cette initiative. Je citerai juste les problèmes que cette initiative poserait à la Suisse dans le cadre de la libre circulation des personnes et plus globalement des accords bilatéraux. Il en résulterait le repli sur soi, l'"Alleingang", que certains dans ce Parlement appellent de leurs voeux. Je ne vais pas répéter l'essentiel de l'argumentaire qui motive la recommandation de rejet de cette initiative: d'autres le feront mieux et surtout plus complètement. J'aimerais me limiter à deux aspects de cette problématique.
Premièrement, la question des frontaliers: les initiants demandent clairement que le nombre des travailleurs frontaliers soit intégré dans le calcul des contingents annuels qu'ils [PAGE 1146] réclament. C'est vrai, dans les régions frontalières comme le Jura, que je représente ici, cette question est importante. C'est un sujet chaud, un véritable problème. Des frontaliers travaillent en masse dans nos usines. On assiste à une discrimination à l'embauche des travailleurs résidant sur sol suisse par rapport aux frontaliers. Il y a des salaires de misère, des cas de dumping salarial, des gens laissés sur le bord de la route. Sans surprise, le parti de l'UDC du canton du Jura surfe sur ce thème avec un coupable tout trouvé lancé en pâture à la vindicte populaire: le frontalier. Pétitions, initiative populaire cantonale, on ne lésine pas sur les moyens et cela marche! Le sentiment antifrontalier se développe.
Mais, dès qu'il est question d'aborder les vraies solutions, comme l'instauration de salaires minimaux, le renforcement des mesures d'accompagnement à la libre circulation des personnes, notamment des contrôles renforcés pour éviter le dumping salarial, la généralisation des conventions collectives, la gauche se retrouve bien seule. Les travailleurs frontaliers exercent une pression vers le bas sur les salaires. Ils ont souvent des salaires de misère, 3500 ou 3000 francs par mois, parfois moins. Mais, ce sont les employeurs qui sont à l'origine de cette situation. Si des frontaliers travaillent dans nos usines, c'est bien parce qu'ils ont été engagés par des patrons de chez nous qui réussissent ainsi à économiser sur les charges salariales. Comment jeter la pierre à un travailleur frontalier qui obtient un travail en Suisse payé deux fois le SMIC?
Qui est responsable de la discrimination à l'embauche qui frappe les résidents suisses? Ce n'est pas le frontalier qui joue simplement sa partition. On se souvient chez nous qu'au début du XXe siècle, la situation était inversée: c'étaient les gens d'Ajoie qui allaient se faire embaucher en France voisine. Donc la réponse ne consiste pas à jeter l'anathème sur l'étranger, le frontalier, mais à trouver de vraies solutions. Dans le cas présent, en premier lieu, des salaires minimums rendraient les autochtones concurrentiels face aux frontaliers. J'ai fait cette petite digression pour rappeler que les solutions simplistes proposées par certains ne sont en l'occurrence par forcément les bonnes.
Le deuxième sujet porte sur la question des assurances sociales. L'immigration est une aubaine pour la Suisse, car l'évolution démographique de notre pays est problématique. Du sang neuf et jeune est un plus indéniable. Ces nouveaux venus travaillent, payent des cotisations sociales et surtout payent plus qu'ils ne reçoivent de prestations. Il est faux de dire que les immigrés représentent un danger pour la Suisse. La diversité est toujours une richesse.
Je vous invite donc à recommander au peuple et aux cantons le rejet de l'initiative populaire "contre l'immigration de masse".