Berberat Didier · Ständerat · 2013-06-13
Berberat Didier · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-06-13
Wortprotokoll
En premier lieu, je remercie le Conseil fédéral de sa réponse à mon interpellation concernant l'avenir de la ligne TGV Berne-Neuchâtel-Paris et rappelle qu'une interpellation d'une teneur à peu près similaire a été déposée par notre collègue Ribaux au Conseil national (12.4091). [PAGE 539]
Vous le savez, cette ligne préoccupe depuis plusieurs années les élus bernois, neuchâtelois et vaudois notamment. Elle a déjà provoqué des interventions parlementaires de votre serviteur, ainsi que d'un conseiller aux Etats neuchâtelois qui est maintenant membre du Conseil fédéral.
On sait depuis fort longtemps que Lyria, qui exploite cette ligne, ne rêve que d'une chose en ce qui concerne les liaisons ferroviaires entre la Suisse et la France: c'est de n'avoir plus que deux portes, soit par Bâle soit par Genève, en sacrifiant en premier lieu la ligne passant par Neuchâtel et, plus tard, celle partant de Lausanne.
Je rappellerai que les travaux d'amélioration en cours mobilisent 140 millions de francs, dont 100 millions de francs en Suisse pour un doublement partiel de la ligne Berne-Neuchâtel, dont les effets ne sont attendus qu'à l'horizon 2016. Il s'agit du nouveau tunnel de Rosshäusern, dont le percement a été inauguré il y a environ un mois, et aussi d'un crédit de 40 millions de francs de contributions suisses aux améliorations de l'infrastructure française d'ores et déjà consenties. L'objectif de cet investissement est de raccourcir le temps de parcours pour prendre une position définitive concernant cette ligne. Je vous rappelle aussi que Lyria s'est d'ailleurs engagé en 2009 à conserver cette ligne au moins jusqu'en décembre 2014.
Dans sa réponse, le Conseil fédéral indique qu'il prend acte des attentes politiques au sujet du maintien de cette ligne TGV, attentes qui se sont manifestées notamment par une pétition munie de 20 000 signatures et de deux résolutions du Canton et de la Ville de Neuchâtel, sans parler des multiples interventions politiques en France voisine.
L'exécutif fédéral souligne également qu'au cas où les CFF devraient abandonner la dernière liaison par le TGV de la ligne Berne-Neuchâtel-Paris, il ferait preuve de compréhension à leur égard, plus précisément pour l'entreprise exploitante Lyria, en ce qui concerne son approche économique de la situation. Le Conseil fédéral insiste encore en disant: "... pour autant que de réels efforts pour augmenter l'attractivité de la ligne aient été faits et n'aient pas donné de résultats." En effet, souligne le Conseil fédéral: "Si la société Lyria devait renoncer à exploiter cette ligne, ce serait avant tout pour des raisons financières, la demande n'étant plus suffisante." Or c'est bien là que se situe le problème, dans la mesure où Lyria non seulement ne fait rien pour valoriser cette ligne, mais au contraire déploie des trésors de duplicité pour la faire mourir à petit feu.
Les exemples de cette mauvaise foi sont nombreux et je vais vous en citer quelques-uns. Lyria intègre rarement Berne et Neuchâtel dans ses offres. J'ai trouvé par exemple sur Internet des promotions qui concernaient 20 000 billets pour octobre à décembre 2012, au départ de Bâle, Lausanne et Genève, pour 39 euros, ou des promotions pour la période actuelle pour 29 euros au départ de Genève et de Bâle; ici aucune mention de Berne, Neuchâtel ou Lausanne. En ce qui concerne la billetterie, de très nombreux témoignages relatent des difficultés d'obtenir des billets Lyria pour la ligne Berne-Paris via Neuchâtel. Certains employés, en ce qui concerne l'achat de billets en agence, ne proposent même pas cette liaison au guichet à leurs clients. Les logiciels de réservation sont très complexes, difficiles d'utilisation même pour les voyagistes aguerris. Parfois, il n'est pas possible d'imprimer un billet électronique, ce qui oblige le client à revenir à l'agence pour récupérer son billet transmis par la Poste - ce qui est un peu étonnant à l'ère électronique. Aux dires de certains spécialistes, il est d'ailleurs plus facile de réserver un tour du monde en avion que de réserver un billet pour le trajet Berne-Paris via Neuchâtel. On nous a aussi signalé de très nombreuses difficultés pour la commande de billets par Internet, par exemple un logiciel proposant des trajets absurdes, se bloquant, ignorant la liaison par Pontarlier. Il est donc difficile d'obtenir des billets, ce qui incite les utilisateurs à choisir une solution alternative et à délaisser cette ligne.
J'ai fait un essai récemment. Lorsque vous cherchez sur des sites Internet les horaires des trains entre Berne et Paris, vous êtes systématiquement dirigés sur Genève ou sur Bâle et il faut mentionner expressément le passage par Neuchâtel pour trouver enfin les trois trains quotidiens. Au surplus, les voyageurs ont parfois des difficultés pour réserver une place, même si le train n'est pas complet, notamment en raison du contingentement des billets réservés aux parcours transfrontaliers. Par exemple, pour atteindre Frasne depuis Paris - Frasne se trouve près de Pontarlier, près de la frontière franco-suisse -, il est souvent nécessaire de réserver un billet jusqu'à Vallorbe, ce qui est, le moins que l'on puisse dire, assez illogique.
De plus, des travaux induisent de nombreuses modifications d'horaires. Vous le savez, actuellement il y a une augmentation de la durée du trajet Berne-Paris via Neuchâtel de quarante minutes, pendant la durée des travaux à Rosshäusern. Cette différence ne devrait plus être que de quinze à vingt minutes une fois les améliorations terminées, par exemple le fameux nouveau tunnel de Rosshäusern que la Confédération a financé.
Je ne parlerai pas des nombreuses perturbations d'horaire au cours de l'année, liées aux travaux. De plus, je vous signale qu'en 2012, 86 trains ont été supprimés, ce qui nuit bien entendu à la fiabilité de la ligne. Enfin, il y a un manque de régularité qui déstabilise les usagers, qui leur fait perdre confiance.
J'espère que ces quelques exemples vous auront convaincus que les dés sont pipés en ce qui concerne cette liaison. Nous demandons donc au Conseil fédéral d'être très attentif au sujet de cette ligne et de demander des comptes à Lyria et aux CFF afin qu'ils démontrent qu'ils jouent loyalement le jeu, ce qui, à mes yeux, n'est pour l'instant et de loin pas le cas, et de faire aussi un bilan de l'extension de la ligne jusqu'à Interlaken.
A mes yeux, il faut donc un moratoire sur cette ligne, afin de permettre à Lyria et aux CFF de promouvoir vraiment cette ligne, ce qui n'est actuellement pas le cas. Ce n'est qu'une fois que l'on aura tout tenté pour valoriser cette ligne que l'on pourra examiner sereinement sa rentabilité et non d'ici quelques semaines, puisqu'il semble que Lyria souhaiterait prendre une décision définitive sur cette ligne avant les vacances d'été, avec effet au nouvel horaire 2014 en décembre 2013.
Je pose donc une question complémentaire au Conseil fédéral: admettrait-il qu'une décision définitive soit prise par Lyria et les CFF pour la fin de cette année, avant les vacances d'été, alors que Lyria et les CFF n'ont pas apporté les preuves demandées par le Conseil fédéral dans ses considérants et qu'ils n'ont pas tenu compte des perspectives de développement de la prolongation de la ligne jusqu'à Interlaken?