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Fournier Jean-René · Ständerat · 2013-06-13

Fournier Jean-René · Ständerat · Wallis · Fraktion CVP-EVP · 2013-06-13

Wortprotokoll

J'aimerais tout d'abord remercier la commission pour ses réflexions et la recommandation qu'elle fait maintenant au Parlement d'accepter ma motion. Celle-ci était effectivement dirigée vers la nécessité de raccourcir actuellement les procédures d'autorisation de construire soit des lignes aériennes soit des lignes enterrées. En insistant sur les lignes enterrées compte tenu de [PAGE 552] l'impact au sol de ces travaux, on peut s'attendre à avoir des procédures un peu plus complexes, un peu plus lourdes, d'où, si l'on veut avancer dans le nouveau concept de la Stratégie énergétique 2050, la nécessité de prendre des mesures pour essayer de rendre ces procédures plus courtes et plus efficaces.

Mon intervention veut plutôt maintenant vous expliquer dans quel état d'esprit le Grand Conseil valaisan avait, à l'époque, à la quasi-unanimité, donné suite à l'initiative parlementaire 12.316, dont la commission propose maintenant le rejet. Il faut savoir que le Conseil d'Etat valaisan, en novembre 2010, avait mandaté un groupe de travail qui était composé du professeur Hans Björn Püttgen de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, du professeur Klaus Fröhlich de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich et du docteur Heinrich Brakelmann de l'Université de Duisbourg, qui était, lui, un spécialiste des lignes enterrées - le pape allemand des lignes enterrées, une référence, en tout cas en Allemagne.

La mission de ce groupe d'experts était d'examiner les conditions de réalisation et de l'adaptation de la ligne à haute tension entre Massongex et Ulrichen, donc la ligne complète qui traverse le Valais, mais plus particulièrement d'examiner le tronçon Chamoson-Chippis. Ce groupe d'experts a rendu son rapport le 11 avril 2011 et a conclu les choses suivantes: le projet déposé de ligne aérienne correspond aux normes fédérales légales et est tout à fait réalisable dans les délais de construction, c'est-à-dire jusqu'en 2015. Cela est d'ailleurs valable pour les deux projets, ligne enterrée ou ligne aérienne. Finalement, ce collège d'experts a conclu qu'une solution mixte était réalisable.

Cette solution prévoyait l'enterrement de cette ligne à haute tension sur à peu près le 30 pour cent de sa distance entre Chamoson et Chippis, mais surtout, ce qui était intéressant, c'est qu'en enterrant cette ligne sur ces 30 pour cent, on évitait une ligne aérienne sur des zones habitées et sur le coteau qui a une valeur paysagère très importante.

Ce collège d'experts a aussi conclu que le coût supplémentaire d'une ligne enterrée à 30 pour cent revenait entre 1,7 à 2,3 fois le coût d'une ligne aérienne. Par conséquent, il revenait aux autorités de décider si le surcoût d'une telle réalisation de ligne enterrée en Valais valait la peine. Les experts concluaient qu'effectivement, sur 30 pour cent de la distance, un enfouissement de la ligne était réalisable. Cela a bien sûr soulevé beaucoup d'espoir, non seulement auprès des populations concernées, des communes concernées, mais aussi auprès des autorités cantonales. Ces espoirs ont été très rapidement douchés par la décision, dernièrement, du Tribunal fédéral, qui a conclu à une ligne aérienne complète, tenant compte certainement des impératifs de temps, puisqu'il fallait absolument que ce réseau soit opérationnel en 2015, mais sans tenir compte des desiderata et des attentes de la population.

Le Grand Conseil valaisan, qui ne connaissait bien sûr pas cette décision lors du vote de cette initiative, était malgré tout dans l'état d'esprit suivant: un rapport d'experts nous dit qu'il est faisable d'enterrer la ligne où nous le voulons vraiment, là où la population est la plus forte, là où les valeurs paysagères sont les plus évidentes, et cela nous coûterait entre 1,7 et 2,3 fois le coût d'une ligne aérienne, alors que les chiffres qu'on nous avaient toujours donnés, notamment par les grandes sociétés électriques, démontraient qu'une ligne enterrée coûtait jusqu'à 12, voire 14 ou 17 fois le coût d'une ligne aérienne. Là on constate, avec les nouvelles technologies, qu'on s'approche de chiffres beaucoup plus raisonnables.

Le Parlement valaisan a voté à l'unanimité, parce que, comme d'ailleurs dans la population valaisanne actuellement, il y a un sentiment d'iniquité de traitement ou plutôt d'incohérence dans l'approche des valeurs environnementales des Alpes qui ces temps-ci a tendance à s'accroître. Par exemple, on estime qu'il faut absolument protéger l'environnement et les valeurs paysagères immédiatement en interdisant toute construction de résidences secondaires; c'est bien. D'un côté, on prend des mesures en disant qu'il faut que la biodiversité soit aussi garantie dans les Alpes et que c'est la raison pour laquelle il faut que les populations de loups puissent se développer, et, de l'autre, on fait fi de ces grandes valeurs paysagères et environnementales quand il s'agit de construire une ligne électrique à haute tension, même lorsque des experts reconnus aux niveaux national et international disent qu'une ligne enterrée est faisable à un coût relativement acceptable, et qu'en même temps on nous propose de doubler le bruit des avions militaires en doublant le nombre de vols. Vous comprenez qu'il est difficile d'admettre cette incohérence dans l'approche des valeurs environnementales, dans lesquelles notre population alpine évolue.

Vous l'avez vu, je n'ai pas proposé de donner suite à l'initiative cantonale valaisanne; d'abord parce que j'étais conscient de l'ambiance dans laquelle cette initiative a été déposée, mais aussi parce que je suis conscient qu'enterrer des lignes électriques à haute tension engendre des coûts, et qu'il faut pouvoir à chaque fois faire la juste pesée des intérêts entre les valeurs environnementales, les besoins de l'économie électrique et les coûts de construction d'une ligne enterrée.

C'est la raison pour laquelle je n'ai pas fait cette proposition et je vous remercie de suivre la commission en ce qui concerne ma motion.