Favre Charles · Nationalrat · 2001-11-16
Favre Charles · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-11-16
Wortprotokoll
Bien sûr, dans une telle affaire, on peut parler des erreurs du passé, car il y en a eu à tous les niveaux, notamment dans le cocooning que nous avons offert pendant trop longtemps à Swissair avec une ouverture des marchés probablement beaucoup trop lente. Mais il ne s'agit pas uniquement de se tourner vers ce passé, nous avons à traiter en fait une autre question, à savoir: que faisons-nous du présent et du futur?
La question est relativement simple, puisque nous pouvons libérer les moyens nécessaires à la mise en place de cette nouvelle compagnie et maintenir ainsi des lignes, avec un certain risque, il est vrai, dans un secteur en pleine ouverture. C'est ce qui nous est proposé. Si nous choisissons l'autre solution, c'est-à-dire pas de moyens financiers et pas de nouvelle compagnie, évidemment que les différentes liaisons sont mises en danger. J'y reviendrai tout à l'heure.
Cependant, je crois qu'il faut d'abord tenir compte d'un élément, l'impact social et psychologique d'une telle mesure en cas de crash véritable de notre compagnie. Il faut se poser la question: est-ce que notre pays, aujourd'hui, est capable de supporter ceci? Personnellement, je ne le crois pas.
En ce qui concerne les liaisons qui sont mises en danger, à mes yeux, ces liaisons sont absolument nécessaires pour le développement de l'économie, pas seulement des grandes entreprises. Nous devons être convaincus que notre économie est faite également de PME, sous-traitants qui sont en relation bien souvent avec d'autres grandes entreprises, elles sont fortement tributaires de ces différentes liaisons. Pensons à cette activité économique qu'est le tourisme, extrêmement importante chez nous, et au créneau que nous voulons développer, un créneau à forte valeur ajoutée tel que les nouvelles technologies.
Dès le moment où nous partons de ce raisonnement, donc de la nécessité de liaisons pour le développement de notre économie, la nécessité de la participation de nombreuses entreprises de l'économie privée à ce plan est démontrée. Ainsi donc, à nos yeux, cet élément que sont les liaisons est indispensable pour nos conditions-cadres.
Dès le moment où nous avons terminé ceci, il s'agit de se poser la question de la nécessité d'intervenir, surtout sur la durée. Ce que l'on peut dire, c'est qu'aujourd'hui l'intervention de l'Etat est nécessaire. Pour combien de temps? Il s'agira, année après année, de redéterminer cet élément-là.
J'en viens maintenant à un autre élément, à savoir celui de l'équilibre entre les différentes régions de ce pays et le fédéralisme. La question qui nous est posée n'est pas uniquement une question d'économie zurichoise, mais une question beaucoup plus large, nous l'avons dit à plusieurs reprises, une question d'économie nationale. Et nous devons reconnaître que notre économie nationale, largement exportatrice, est dépendante en partie de cette économie zurichoise. Ce lien étroit, ce devenir commun que nous vivons parfois difficilement, je crois que nous devons y penser aujourd'hui et que nous devrons y penser lors de la mise en [PAGE 1492] place de cette entreprise aérienne avec la création des équilibres entre les différentes régions. Ce dossier-là est pour moi un test du fonctionnement de notre Conseil: sommes-nous capables d'avoir une réflexion qui dépasse les intérêts régionaux, une réflexion qui nous sera nécessaire dans beaucoup de dossiers, notamment le dossier de la nouvelle péréquation financière?
Ceci nous permet également de nous remettre en question en tant que politiques. Sommes-nous capables d'intervenir dans les situations d'urgence et de sortir de nos schémas? Si Swissair a eu autant de problèmes, c'est probablement parce que cette entreprise a confondu un raisonnement fait sur le papier avec son application pratique. Je crois que, aujourd'hui, nous devons éviter de rester dans nos raisonnements et nos schémas politiques, mais que nous devons savoir nous adapter à une situation totalement particulière.
Nous savons qu'en approuvant l'entrée en matière, nous prenons des risques avec la mise en place de cette nouvelle compagnie. Et il y a des risques à court terme, des difficultés liées à la période transitoire, entre maintenant et le mois de mars.
Tout d'abord, il y a des risques sur le plan social. Il s'agira de régler la mise en place d'un plan social, en évitant d'hypothéquer l'avenir de la nouvelle compagnie en prenant de l'argent dans son capital, en sachant que la Confédération a peu de moyens d'intervenir. Je crois qu'il est salutaire qu'il y ait une pression pour la mise en place d'un plan social et le postulat 01.3651 de la Commission de l'économie et des redevances du Conseil des Etats va dans la bonne direction.
Deuxième challenge dans cette période intermédiaire: le problème des cultures. Nous savons pertinemment que les deux entreprises ont des cultures différentes. Il s'agira d'abord d'avoir du doigté pour réaliser la fusion de ces deux cultures, puisque la réussite du projet dépend des hommes et des femmes qui le mettront en place.
Un autre élément qui me semble important dans cette période est la qualité. Cette période nous fait perdre des clients, très régulièrement, et elle nous fera perdre encore plus de clients si nous ne savons pas maintenir une certaine qualité durant la période transitoire. Nous devons y être attentifs.
En fonction d'un principe de base de la politique, à savoir celui du réalisme et du pragmatisme politiques, je vous demande donc de bien vouloir entrer en matière et d'approuver par la suite ce projet.