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Béguelin Michel · Ständerat · 2001-11-17

Béguelin Michel · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2001-11-17

Wortprotokoll

Je n'ai aucun enthousiasme pour l'évolution de la situation. Je trouve qu'avec la débâcle de SAir Group, nous assistons en fait, au nom de la solidarité nationale et de l'effet domino, à un exercice un peu surréaliste qui va même à l'envers de la solidarité, avec en plus un Parlement spectateur condamné à applaudir. Chez moi, ça ne passe pas. Je proteste contre ce conformisme du oui obligatoire; il y a là quelque chose qui ne joue pas. Comme l'a si bien dit M. Marty, il faut que nous puissions dire ce que nous avons sur le coeur. Pour moi, nous avons assisté quelque part à un exercice de cirque. Je vous le décris brièvement.

Premier numéro: les jongleurs. Ils partent de plus 273 millions de francs en 1999 et, cet été, ils se retrouvent à moins 17 milliards de francs. C'est vraiment un exercice de puits sans fond assez extraordinaire.

Deuxième numéro: la fuite en avant devant les responsabilités. Il y a 1 million de francs ici, 2,5 millions de francs là, trois petits tours et puis s'en vont! On ne voit plus rien.

Troisième numéro: les prestidigitateurs. Le 2 octobre, sur un simple signe cabalistique, ils clouent au sol la flotte de Swissair, alors que nous savons maintenant qu'il n'y avait pas ou plus de problèmes de liquidités. Quelqu'un de mystérieux a donné le signe qui allait obliger le Conseil fédéral à ouvrir le coffre à milliards sans délai, le pistolet sur la tempe. Là, j'ouvre une parenthèse. Le Conseil fédéral a bien fait son boulot. Il a saisi le truc, il a dû gérer ça dans une situation de crise pas possible. Tout à fait d'accord, il a bien fait son boulot!

Le quatrième numéro: la tarte à la crème au poivre du plan social. Le personnel de Swissair formé avec soin, très qualifié comme l'ont dit M. Marty et Mme Langenberger, nos ambassadeurs à l'étranger, reçoivent cette tarte à la crème au poivre en pleine figure. Envolées les retraites anticipées imposées par l'entreprise. le contrat collectif de travail? Bof! On en fait des confettis. Il vous reste des jours de congé et de vacances à prendre? Eh bien non! Ils disparaissent dans la masse en faillite et, non seulement vous serez licencié dans six mois, mais en plus vous n'aurez droit qu'à deux jours de congé par mois d'ici là.

Le partenariat social devient une farce. Là est le scandale fondamental et ça ne touche pas que Swissair. Je me pose vraiment des questions sur la future paix du travail dans ces conditions-là!

Cinquième numéro: les magiciens. "Crossair plus", qui ne peut pas mettre plus de 300 millions de francs dans la nouvelle entreprise, mais qui va signer à Sao Paulo, dans un avion de la Lufthansa, un contrat de 4 milliards de francs pour 120 nouveaux avions régionaux, alors que le "business plan" n'en prévoit que 82! Le mystère plane et les spectateurs s'interrogent sur cette générosité à l'égard du matériel et la pingrerie à l'égard du personnel.

Enfin, sixième numéro: les équilibristes. Pour financer tout cela, le régisseur Conseil fédéral avait prévu de renvoyer de deux ans les baisses d'impôts que la droite économique s'était accordées. Maintenant, celle-ci proteste, elle veut ces baisses d'impôts, le petit peuple n'a qu'à sortir son porte-monnaie. Le suspense continue et tout le monde retient son souffle devant ce superbe numéro de solidarité à l'envers.

Fin de la représentation: moi, je n'applaudis pas. Comme disait Cyrano: "C'est bien plus beau lorsque c'est inutile"! Je dirai en votation finale un non franc et massif à cette situation que j'appelle mascarade, faute de plan social financé par le privé et faute de financement équilibré des contributions fédérales.