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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2014-06-17

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-06-17

Wortprotokoll

Ce qui fait tout la richesse et forge la capacité d'analyse d'un esprit scientifique, c'est de ne jamais considérer les vérités admises communément comme figées à jamais. Heureusement! Je pourrais vous parler de Galilée et de bien d'autres exemples. Les conceptions évoluent. Et ce n'est pas parce qu'un produit thérapeutique est reconnu et remboursé qu'il est automatiquement indiscutablement efficace. Que dire de l'utilité de médicaments utilisés contre la progression de la démence, par exemple? Ils sont chers, on leur attribue quelques effets positifs transitoires et occasionnels mais rien de miraculeux, en tous les cas dans mon expérience personnelle, malheureusement pour les patients.

Par ce postulat, je demande juste qu'une réflexion soit menée par des experts scientifiques totalement indépendants sur la pertinence des traitements par les statines. Ces traitements sont chers, ils représentent 250 millions de francs par année en Suisse et quatre pour cent des coûts médicamenteux. Ils sont par ailleurs largement prescrits et font l'objet d'une promotion très active de la part des firmes pharmaceutiques. Je souhaiterais juste une réflexion, une analyse, une relecture neutre des nombreuses études. Mais comment oser remettre en question un quasi-dogme en médecine? Certains le font sans ambages, notamment d'éminents professeurs français avec des arguments troublants et des analyses critiques déroutantes sur les études utilisées pour prouver à l'époque l'efficacité des traitements par les statines.

Je dois vous avouer que je suis en plein doute. Mais ce que je sais, c'est que l'on peut parfois faire dire aux chiffres ce que l'on veut et que les firmes pharmaceutiques qui financent les études ne sont pas des oeuvres caritatives désintéressées. Des scandales comme ceux du Vioxx et du Mediator, il y a quelques années, sont là pour nous le rappeler. Et le déchaînement récent contre la levure de riz rouge, une alternative aux statines, est là pour nous rappeler qu'il y a de l'argent à se faire dans ce type de dossier.

Dans sa réponse à ce postulat, le Conseil fédéral explique que des études sur les statines démontrent leur pouvoir de réduire de dix pour cent la mortalité cardiovasculaire. Cela paraît génial a priori, mais toute la difficulté d'une interprétation des chiffres réside dans la distinction claire entre la réduction relative du risque, peu significative mais souvent spectaculaire, et la réduction absolue, plus concrète et surtout plus objective. Je m'explique: réduire le nombre de décès de deux à un cas, c'est une réduction spectaculaire de 50 pour cent du risque. Mais selon le nombre de patients considéré, cela peut se révéler peu significatif. Est-ce un décès en moins sur dix, cent, mille patients?

Dans son fameux livre "La vérité sur le cholestérol", le professeur Philippe Even explique que, dans la population générale française de 55 à 75 ans, le risque de mourir d'une maladie cardiovasculaire, d'un infarctus ou d'un accident vasculaire cérébral, est de 0,2 pour cent par an, soit un décès par an pour 500 personnes de cette tranche d'âge; si on extrapole sur dix ans, on arrive à dix décès. Si on imagine un traitement au moyen de statines durant dix ans chez ces 500 patients et une réduction de 10 pour cent du risque de décès, on arrive à neuf décès au lieu de dix. Donc, cela fait une personne sauvée en dix ans sur 500. C'est toujours cela, mais vous conviendrez que cela relativise l'efficacité supposée de ces produits.

Alors que, dans le même temps, on sait que manger du poisson gras deux fois par semaine réduit le risque cardiovasculaire de 30 pour cent. Se nourrir en suivant le régime dit méditerranéen réduit encore plus le risque. Les Crétois sont connus pour avoir à la fois un taux de cholestérol élevé et le risque cardiovasculaire le plus bas. Lors de la mise en application de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, on a assisté à une réduction quasiment immédiate de près d'un quart du nombre de crises cardiaques en Suisse.

La question de l'utilité des statines - des médicaments chers largement prescrits, sources d'effets secondaires nombreux en particulier musculaires et hépatiques - est posée. Le débat est de toute manière ouvert, quelle que soit ce jour la position de notre conseil. En effet, dans une prise de position récente, le Swiss Medical Board considère que l'usage des statines en prévention primaire chez les patients présentant un faible risque de développer des maladies cardiovasculaires représente un rapport coût/utilité défavorable. Selon ces experts, il faut en priorité s'attaquer à d'autres facteurs de risque bien connus: l'hypertension artérielle, le tabagisme, la surcharge pondérale ou encore la sédentarité.

Ce conseil d'experts considère que, en prévention primaire, avant que tout accident se soit produit, la prescription de statines n'est pas indiquée quand le risque personnel d'accident cardiovasculaire mortel est inférieur à 10 pour cent à dix ans. L'évaluation du risque personnel se base sur différents critères: la tension artérielle, la présence ou non de tabagisme, l'âge, l'existence d'un diabète, les valeurs des graisses dans le sang.

Le Conseil fédéral prône le développement de mesures renforçant la qualité. On est ici parfaitement dans ce type de débat, avec en prime d'éventuelles économies à la clé si cette démarche devait conduire à repréciser certaines indications. Une partie de la communauté scientifique s'interroge: faisons le pas de nous interroger avec elle.

Merci de soutenir ce postulat.