Rossini Stéphane · Nationalrat · 2014-03-19
Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-03-19
Wortprotokoll
Je devrais tout d'abord déclarer quelques liens d'intérêts, puisque depuis plus de 25 ans, en tant que chercheur, directeur de projets de recherche, professeur, j'ai pratiqué ce domaine de la recherche en sciences sociales en bénéficiant à la fois de certaines conditions et de certains fonds, mais en constatant surtout que la pratique qui prévaut en Suisse aujourd'hui doit être revue, améliorée.
Aujourd'hui, en parlant de l'accès aux études, il y a quelques sessions en parlant de montants alloués au domaine de la recherche, nous avons vanté les mérites, l'importance de la recherche pour notre société, notre économie, le développement de nos institutions. Oui, nous avons un bon niveau de formation; oui, nous avons un bon système de recherche. Mais plusieurs questions fondamentales se posent depuis un certain nombre d'années déjà s'agissant des conditions de recherche. Dans quelles conditions nos chercheurs travaillent-ils? Par qui sont-ils employés? Comment s'organisent-ils dans leur activité quotidienne, dans quelle durée de projet, dans quelle capacité de voir se succéder les projets, dans quelle capacité de construire un projet professionnel à long terme, avec quelle capacité également de maintenir des compétences dans le temps et de pouvoir ainsi construire un véritable savoir de recherche scientifique? Ces questions ont été évoquées à plusieurs reprises au sein de ce Parlement et je reviens à la charge avec ma motion, parce que je suis convaincu qu'il faut faire quelque chose.
Je suis convaincu qu'il faut empoigner le taureau par les cornes une fois pour toutes sur cette question du statut des conditions de recherche et plus particulièrement dans le domaine des sciences sociales. Il faut en effet mettre en oeuvre une action nationale de modernisation et d'innovation des infrastructures de recherche dans le domaine des sciences sociales. On l'a fait dans d'autres domaines. Les écoles polytechniques fédérales sont un véritable exemple; d'autres types de secteurs de recherche scientifique le sont aussi. Dans le domaine des sciences sociales, nous avons fait quelques pas, ébauché quelques solutions, mais nous restons beaucoup trop en retrait, notamment en comparaison internationale. Dans cette perspective, nous devons notamment instaurer un véritable statut de chercheur permettant à la fois pour le chercheur, pour son institution et pour les différents champs de compétences une intégration de la recherche dans le long terme, car c'est véritablement là que se posent aujourd'hui des problèmes. Nous fonctionnons par [PAGE 466] des projets à court terme, sans transition et dans cette configuration il y a, que cela plaise ou non, des gaspillages de compétences.
Autour de nous en Europe, les infrastructures destinées à la recherche dans les sciences sociales ne cessent de gagner en importance. En Suisse, contrairement au domaine des EPF - que j'ai mentionné -, les infrastructures vouées aux sciences sociales sont insuffisantes, elles sont fragiles, pour ne pas dire désuètes. Il en résulte une instabilité et une incertitude néfastes au développement à long terme de ce secteur. Je crois qu'on ne peut pas sous-estimer cette problématique.
Je ne reviens pas sur les autres éléments qui figurent dans mon développement, mais permettez-moi de préciser que la réponse du Conseil fédéral est franchement désolante parce que, certes, elle est peut-être légalement juste et correspond au fonctionnement du fédéralisme helvétique, mais qu'en mentionnant comme réalisation la Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (FORS), elle fournit un exemple qui est une petite pointe de l'iceberg, qui est d'ailleurs un excellent exemple, mais qui sous-estime, banalise ou marginalise finalement le coeur de la recherche en sciences sociales, c'est-à-dire toutes les pratique dans les hautes écoles, dans les universités ou les HES.
On ne peut pas affirmer que, comme le prétend le Conseil fédéral dans la conclusion de son avis relatif à ma motion, fondamentalement les organes de la Confédération chargés d'encourager la recherche ont pour vocation de soutenir la recherche par des financements de projets et non pas de s'ingérer directement dans la politique du personnel des hautes écoles. Il n'y a pas de recherche sans personnel! Et si nous ne révisons pas les statuts des chercheurs en sciences sociales dans le domaine des hautes écoles, nous allons très rapidement être relégués en ligue nationale B, et ce serait bien dommage!