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Mugny Patrice · Nationalrat · 2001-12-03

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2001-12-03

Wortprotokoll

La première année, j'avais été un peu submergé par les chiffres quand j'ai débarqué à la Commission des finances, un mois après les élections. La deuxième année, j'avais le sentiment que les élus de cette commission étaient un peu des comptables. Cette année, c'est un autre sentiment que j'ai, le sentiment d'avoir été un peu au café du Commerce, où on discute le bout de gras, le souk.

Par exemple, on dit: "Il y a 26 millions de francs pour assainir les sites contaminés." Alors on discute: "Est-ce qu'on enlève 6 millions de francs?" Puis, si le fonctionnaire est un peu déterminé, il explique que supprimer ces 6 millions de francs, ça pose un problème, alors on les remet. Puis, si le fonctionnaire suivant n'est pas vraiment déterminé, alors on enlève 10 millions de francs. Il a beau expliquer que c'est lié à un accord international signé, on les supprime quand même. Et puis, au milieu de l'année, on va venir avec une demande de supplément au budget, et on le votera, évidemment. C'est une discussion comme ça.

L'année dernière, on avait dit: "On enlève 500 millions de francs." On n'y est pas arrivé. Cette année, on a dit: "On enlève 250 millions de francs." Puis, comme M. Couchepin, conseiller fédéral, s'est bien battu, on n'a rien enlevé chez lui, on a enlevé chez d'autres. C'est un peu comme ça que ça se passe.

C'est comme la dette: on parle beaucoup de la dette. On dit qu'il faut la réduire. M. Widrig a fait une proposition qui a été acceptée par la commission: l'année prochaine, on ne dépense pas plus que cette année, y compris si on compte l'inflation et l'évolution démographique. A côté, on vote 2 milliards de francs pour Swissair, on va voter 120 millions de francs pour Expo.02, mais on ne va pas augmenter le budget. C'est comme ça, on n'explique pas les choses; on fait les choses sans politique; on décide qu'on réduit les dépenses, alors on les réduit. Puis, à côté, on s'endette, on s'endette, et on fait voter un frein à l'endettement. C'est simple!

Puis, on décide que les routes, c'est bien. Alors, on met 88 millions de francs pour les routes. Pourquoi est-ce qu'on met 88 millions de francs? Il y a un petit bout pour Zurich, le reste pour la Suisse romande; tout le monde tombe d'accord, alors on met 88 millions de francs. Même le conseiller fédéral était d'accord d'économiser, mais là on n'économise pas, on y va.

J'ai un peu un problème quand M. Widrig et tout le monde ici parle très sérieusement de la crédibilité de ce Parlement; ça ne fait pas très sérieux. Cela ne fait pas très sérieux d'enlever des petits bouts comme ça, comme si on faisait des bouts de ficelle, sur 51 milliards de francs. On parle de 51 milliards de francs. L'année dernière, j'avais relevé qu'on avait enlevé 14 000 francs pour des histoires de vaccination. Comme ça, on joue avec des petits chiffres, et on se fait peur, et on se fait plaisir.

On parle vraiment beaucoup de la dette. Alors, tout le discours, c'est: "On ne va pas laisser des dettes aux générations futures, ça serait terrible." Le reste, ça n'a pas d'importance, mais les dettes, il ne faut pas en laisser pour les générations futures. Mais, à côté de ça, on coupe dans tous les trucs de l'environnement. M. Mariétan, qui n'est pas un gauchiste effréné, mais un bon Valaisan démocrate-chrétien, arrive et propose d'aider un peu le développement durable, de mettre quelques sous pour la promotion des énergies renouvelables. Non, la commission ne veut pas des énergies renouvelables. Tout le monde ricane un peu aujourd'hui: "Vous avez vu, vous avez perdu la taxe écolo; vous vouliez de nouveau un impôt." Alors, on a dit non. C'est bien, on est content, l'avenir c'est le béton, la pollution, l'armée, c'est du solide!

Eh bien, nous, on a un peu de peine à comprendre tout ça. Je prends un dernier exemple, et on en parlera dans l'examen de détail de ce budget: c'est les 100 millions de francs d'aide à la presse. Il y a des gens qui vivent dans des régions décentrées, alors vous imaginez bien que c'est plus cher d'amener un journal au fin fond des Grisons qu'à la Bahnhofstrasse à Zurich ou à la gare Cornavin à Genève. Vous dites aux gens que sur les 100 millions de francs d'aide à la presse, 50 millions de francs ce n'est pas une aide à la presse, c'est une aide aux citoyens, aux habitants de ce pays qui vivent dans des régions décentrées. Mais les gens qui vivent dans les régions décentrées, s'ils ont décidé d'enlever des millions, ils les enlèvent quand même, ils coupent.

La Commission des médias qui représente tous les partis planche depuis des années sur une aide à la presse différente. Elle supplie la Commission des finances de ne pas couper les crédits. M. Bührer et ses copains disent: "On coupe!", alors on coupe. Je ne sais qui sera touché: ce ne sera pas la Migros qui ne va plus toucher d'argent, ce ne sera pas la Coop, bien que cela soit souhaitable. On ne va pas y arriver comme ça, il faut un travail pour arriver à ça, mais on va couper 30 millions de francs. J'espère que le Parlement, ici, rétablira un certain nombre de choses.

C'est pour cela que nous ne sommes pas contre l'entrée en matière. Nous espérons, par un peu de raison, arriver à quelques évolutions par rapport à ce budget et si, en fin de compte, ça reste en l'état, eh bien on le refusera.