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Mugny Patrice · Nationalrat · 2001-12-04

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2001-12-04

Wortprotokoll

Nous sommes de nouveau là dans une de ces situations pour le moins paradoxales. Au début, vous aviez 100 millions de francs d'aide à la presse et il était quasiment impossible de savoir où allait l'argent. Alors, après deux ans de bagarre au sein de la Commission des finances, M. Sandoz peut en attester, j'ai quasiment dû arracher la liste des bénéficiaires de cette aide à la presse à un haut fonctionnaire, pour aller la consulter tranquillement à la maison. C'est là que j'ai découvert que la Migros, la Coop, le TCS et bien d'autres organisations, et notamment des grands éditeurs, touchaient cette aide à la presse. J'ai été un peu surpris et, avec le soutien de la quasi-unanimité de la commission, j'ai dit que ce n'était pas normal. Cette aide à la presse doit couvrir deux choses: d'une part, ce qui a été dit avant, à cause du fédéralisme, c'est-à-dire qu'un monsieur, une dame ou une famille qui habite au fin fond des Grisons ou du Valais doit avoir son journal au même tarif de distribution que celui ou celle qui habite à la Bahnhofstrasse, à Cornavin ou ailleurs en ville; d'autre part, la deuxième partie est pour aider la pluralité de la presse, donc les petits et moyens journaux qui, si possible, ont un maximum de rédactionnel et pas trop de publicité. Alors, on a dit que la sous-commission des médias réfléchit à cela et va faire un travail. En attendant, est-ce qu'on ne pourrait pas déjà profiler quelque chose, prendre une sorte de décision intermédiaire? Et tout [PAGE 1709] le monde était assez d'accord de dire que, d'une manière intermédiaire, on enlève l'argent à la Coop, à la Migros et à quelques gros éditeurs ou grandes entreprises qui n'ont pas besoin de cet argent, et on le redistribue, si possible, à la presse régionale selon des critères un petit peu rapidement décidés, mais au moins qui ont un sens, et on attend une année pour après, avoir quelque chose de plus sérieux, avec un article constitutionnel quant à une aide directe à la presse.

Eh bien, non, ce n'est pas ce qui s'est passé. A la Commission des finances, ils ont décidé sans aucune directive d'enlever 30 millions de francs. Et qu'est-ce qui s'est passé? Vous avez peut-être lu la presse. Tout à coup, des tas de personnes, notamment de la Poste et des médias, se sont insurgées en disant: "Mais ce n'est pas possible! On va y perdre. Ce n'est pas une bonne manière de faire." Et la Poste a dit: "Si maintenant on renonce à distribuer à Migros, à Coop ou à ces grandes sociétés, eh bien, on serait dans l'embarras, on devrait licencier des gens. On a vraiment besoin, pour notre chiffre d'affaires courant, d'avoir cette distribution-là. En tout cas, on ne peut pas agir de cette manière." Et c'est pourquoi les gens s'étonnent que je me retrouve du côté de la minorité de la commission. On ne peut pas fonctionner comme ça, parce que cet argent ne va pas être enlevé aux grandes entreprises qui en bénéficient, mais vraisemblablement à la presse moyenne, voire à la petite, simplement parce qu'on va augmenter le coût de distribution et que ça va mettre toute une série d'éditeurs en danger.

De ce point de vue-là, c'est une véritable aberration d'enlever ces 30 millions de francs comme ça. Je serai, en revanche, prêt à discuter dans une année, une année et demie, au moment où c'est prêt, d'enlever évidemment tout l'argent qui est mal distribué dans ce cadre-là.

Donc, je vous en conjure: Réintroduisez cet argent-là pour une année au moins, et si jamais, donnez des directives ou participez au débat sur la manière dont cet argent doit être ensuite utilisé. D'ailleurs, le débat aura lieu, puisque, s'il y a une aide directe à la presse qui passe par l'élaboration d'un article constitutionnel, on discutera la manière d'aider la presse, mais il est totalement absurde de couper ces 30 millions de francs ainsi, comme d'un coup de couteau. Cela rejoint ce que je disais hier: c'est une affaire de café du commerce. Il a simplement été proposé de couper 30 millions de francs, alors on coupe 30 millions de francs! Cela n'a strictement aucun sens.