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Ruiz Rebecca Ana · Nationalrat · 2015-03-04

Ruiz Rebecca Ana · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-03-04

Wortprotokoll

Dans la même veine que l'initiative "Financer l'avortement est une affaire privée" rejetée largement en 2014, nous discutons aujourd'hui d'un texte soutenu par les milieux religieux les plus conservateurs de notre pays, pour ne pas dire les plus fondamentalistes. En souhaitant interdire les cours obligatoires d'éducation sexuelle à l'école avant l'âge de neuf ans et en misant sur un seul cours obligatoire pour les jeunes de douze ans, qui aborderait en plus l'éducation sexuelle dans le cadre de la reproduction et du développement humains, les initiants font preuve au mieux de puritanisme, au pire d'irresponsabilité.

En 2009, paraissait un rapport de la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse relatif à la sexualité des jeunes au fil du temps. Cette étude mettait en évidence la nécessité que la société, les parents et les écoles s'emploient à dispenser une éducation sexuelle étendue pour accompagner les jeunes vers une sexualité fondée sur le respect. Cet accompagnement est indispensable lorsque l'on sait que les abus sexuels dont sont victimes les jeunes sont souvent le fait d'autres jeunes de leur entourage. Sensibiliser et éduquer les garçons et les jeunes filles à la problématique des violences et comportements abusifs qui peuvent se présenter dès les premières relations amoureuses est une nécessité. On sait en effet que ces premières expériences jouent un rôle déterminant dans la construction des modèles de relations à long terme.

En outre, si l'on veut aussi combattre les abus sexuels subis par les enfants dans le contexte familial, il est, là aussi, absolument nécessaire que l'éducation sexuelle leur explique à l'école que leur intimité et leur intégrité doivent être protégées, pour renforcer leur capacité à s'opposer à toute forme de violences et d'agressions sexuelles.

Priver la jeunesse d'éducation sexuelle, c'est aller à l'encontre de sa protection et c'est prendre le risque d'encourager une entrée dans la sexualité marquée par la violence.

L'application de cette initiative aurait par ailleurs des conséquences désastreuses d'un point de vue social et de santé publique, l'ignorance amenant à des comportements à risques: relations non consenties, troubles psycho-sociaux, maladies sexuellement transmissibles et encore grossesses non désirées. Rappelons à ce sujet que, si depuis trente ans le nombre d'interruptions de grossesse en Suisse a nettement baissé, c'est aussi grâce à la qualité de l'éducation sexuelle qui est dispensée dans notre pays. Les cantons ont ainsi la possibilité de profiter des compétences de spécialistes en éducation sexuelle qui remplissent à l'école un mandat officiel depuis des décennies dans tous les cantons romands, au Tessin et dans plusieurs cantons alémaniques. Ces spécialistes sont formés par les hautes écoles et respectent les standards de qualité qui leur permettent de proposer une éducation qui tienne compte du développement de l'enfant, tout en protégeant sa sphère privée.

Pour terminer, je rappellerai que des études menées sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé notamment ont démontré que les jeunes qui ont bénéficié d'éducation sexuelle ont des relations moins précoces et moins à risques que leurs pairs qui n'ont pas bénéficié de ces cours. C'est là un résultat qui doit nous satisfaire et il serait complètement absurde, même irresponsable, de mettre en danger nos enfants et notre jeunesse pour satisfaire les tenants de théories fondamentalistes ou, plus basiquement, leur pudibonderie.

Pour ces différentes raisons, je vous invite à recommander au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative populaire.