Tornare Manuel · Nationalrat · 2015-03-04
Tornare Manuel · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-03-04
Wortprotokoll
Je ne veux pas être irrespectueux envers les initiants, mais cela fait longtemps que je n'avais pas entendu autant de détails croustillants sur l'éducation sexuelle! Malheureusement, ils viennent d'eux! Je pense que l'on n'est pas venu pour rien.
Une phrase de Françoise Dolto, célèbre psychanalyste connue aussi dans le monde germanophone, disait à propos de l'éducation sexuelle des enfants, dans un chapitre intitulé "Ces parents qui suicident l'enfant": "Les parents suicident leur enfant pour se venger de leurs propres parents." A l'écoute de ce qui vient d'être dit depuis une heure ou deux, j'ai l'impression que l'on assiste à cela.
Si le comité de l'initiative populaire "Financer l'avortement est une affaire privée" et celui de cette initiative populaire sont composés aux deux tiers des mêmes personnes, hantées par les mêmes peurs, ce n'est pas un hasard: les deux [PAGE 118] textes luttent contre une prétendue sexualisation de la société.
S'agissant de la prévention des violences ou d'abus sexuels commis à l'égard d'enfants ou d'adolescents, de mises en garde contre des grossesses non désirées ou de maladies sexuellement transmissibles - certaines femmes l'ont dit ici à la tribune -, l'éducation sexuelle à l'école a largement fait ses preuves, surtout dans certains cantons. Les manuels pédagogiques ont également fait leurs preuves; on attaque toujours, comme en France en ce moment, les manuels pédagogiques dans ce domaine, parce que c'est bien évidemment une manière de lutter contre les services publics.
Preuve en est le nombre de grossesses prématurées, qui est particulièrement peu élevé dans notre pays, tout comme d'ailleurs celui des avortements dans la classe d'âge des 15 à 19 ans, qui figure parmi les plus bas d'Europe. Cela n'est pas pour rien, c'est aussi grâce à cette éducation.
Les cours d'éducation sexuelle permettent aux enfants et aux adolescents de se confronter à la sexualité, à leur sexualité, conformément à leur âge et dans un environnement professionnel. Les supprimer présenterait un réel danger. La mise en oeuvre de l'initiative aurait pour conséquence de priver les enfants et les adolescents d'informations primordiales sur le thème de la sexualité. Ce serait une hérésie à l'heure où ces derniers y sont continuellement confrontés, sous des formes particulièrement douteuses, par le biais de la publicité, de la télévision ou d'Internet. Des explications claires constituent la meilleure protection et permettent aux enfants de se protéger de comportements qui menacent leur intégrité.
Ce que veulent les initiants, c'est prendre les enfants pour des ânes et, dans le fond, mettre des oeillères à ces ânes pour qu'ils traversent des champs de mines! Quand on vit en société, on ne se comporte pas ainsi!
Il faut se poser la question: le plaisir, dans tout cela, existe-t-il? Les initiants voudraient que l'on revienne à l'éducation sexuelle de grand-papa ou à l'éducation qui se faisait dans les préaux d'école, quand on parlait de l'accouplement des coccinelles et des coléoptères, des bébés dans les courges, quand on évitait, par tabou ou par manque de temps - calculé! -, de parler de ce qui nous concerne tous: l'humain, notre propre corps, et notre âme également, puisque l'on parle du plaisir.
Recommandons le rejet de cette initiative. C'est une insulte au fédéralisme. Monsieur Graber a mentionné les travaux de Suzette Sandoz, Jean-François Aubert et Pascal Mahon: trois juristes, trois avis différents, on le sait très bien. Je félicite Monsieur Portmann qui a parlé de la responsabilisation et du libre arbitre, bravo Monsieur Portmann! Je félicite aussi Madame Kiener Nellen qui a parlé du choix des orientations sexuelles, c'est vrai que c'est aussi important.
Non, on ne doit pas insulter l'intelligence et on doit balayer cette initiative populaire qui, vraiment, n'est pas digne de notre pays, la Suisse.