Steiert Jean-François · Nationalrat · 2015-06-03
Steiert Jean-François · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-06-03
Wortprotokoll
Les initiants nous affirment que 1,5 milliard de francs, ce n'est rien du tout. Monsieur Giezendanner a dit: "C'est 2 pour cent du budget fédéral, ce n'est pas grand-chose. On a fait des économies du même genre par ailleurs. Il n'y a pas de conséquences graves!"
Je suis un peu surpris. Les mêmes qui affirment aujourd'hui que 1,5 milliard de francs de moins par année dans le budget n'est pas grand-chose coupent "jovialement" quelques dizaines de millions de francs, des montants qui sont 10, 15, 50, parfois 100 fois plus petits, dans le budget de la culture; nous avons pu le constater ces jours derniers. Ces mêmes personnes disent qu'il n'y a pas assez d'argent, donc qu'on doit allouer moins d'argent pour l'encouragement de la musique et pour "Jeunesse et Sport" et ils affirment qu'on peut faire des cadeaux pour les routes. Qu'est-ce que cela révèle? Que ce n'est pas tellement une question de manque d'argent, mais plutôt de priorités à établir. Il y a des gens qui estiment que l'on peut sans autre faire un cadeau de 1,5 milliard de francs à de nombreux usagères et usagers de la route, mais que cela signifie que l'on dépensera moins pour la culture en général, moins pour la culture populaire, moins pour "Jeunesse et Sport" et moins pour un domaine qui est essentiel pour l'avenir de notre pays, c'est-à-dire pour la recherche et la formation.
J'aimerais brièvement développer ce dernier point. Certes, c'est un aspect particulier, mais il est spécialement touché par le côté quelque peu irresponsable de l'initiative de laquelle nous débattons aujourd'hui. Actuellement, le Conseil fédéral s'écharpe pour savoir si nous pouvons augmenter les crédits en faveur de la recherche et de la formation pour la prochaine tranche quadriennale, d'un peu plus de 2 ou d'un peu plus de 3 pour cent.
Entre une vision minimaliste d'une partie du Conseil fédéral, qui peut s'avérer fatale pour l'avenir de notre place de formation et de recherche au niveau international, ainsi que pour sa qualité, son attrait et par conséquent son effet important sur l'emploi dans notre pays et une vision, non pas maximaliste, mais simplement de maintien du statu quo d'une place de formation et de recherche à la pointe sur le plan international, avec une économie prospère mue par l'emploi qualifié, la différence est de 1 pour cent environ des budgets alloués à ce domaine. Dans un rare accord, les partenaires sociaux se sont exprimés par leurs principales organisations, du côté patronal comme du côté syndical, pour demander au Parlement d'accorder ce 1 pour cent [PAGE 864] supplémentaire par le biais d'une motion de commission déposée à juste titre par Monsieur Wasserfallen et sur laquelle nous nous prononcerons la semaine prochaine.
Les grandes associations économiques nous disent l'importance de ces ressources financières pour assurer l'avenir du modèle économique que constituent notre industrie et nos entreprises de services dont la plus-value est basée sur le savoir. L'initiative sur laquelle nous nous prononçons aujourd'hui met gravement en danger cet avenir. Elle a l'air anodine, mais elle ne l'est pas. Ses conséquences financières sont graves. Elle réduit de 5 pour cent - je parlais avant de 1 pour cent de différence pour l'avenir de notre place de formation et de recherche, là, il s'agit de 5 pour cent - l'ensemble des dépenses non liées de la Confédération.
Les principaux défenseurs de l'initiative nous ont dit ici de manière répétée, voire insistante parfois, qu'il était hors de question de couper le moindre centime dans les budgets de l'armée ou de l'agriculture - ce qui peut être légitime. La conséquence, c'est que, sur ce qui reste comme dépenses non liées, les budgets vont devoir être coupés de 10 à 15 pour cent en moyenne. Imaginez couper de 10 à 15 pour cent les budgets dans le domaine de la formation et de la recherche. C'est tuer la prospérité de la Suisse, parce que nous tuons un de ses principaux facteurs: la formation et la recherche qui offrent une plus-value basée sur la qualité, sur l'intelligence et le savoir de notre pays.
Dire, en des termes populistes et pour des raisons populistes, que nous allons faire une politique de l'arrosoir, avec des cadeaux dans un peu toute la Suisse à quelques usagers de la route, en mettant en danger un des principaux facteurs de succès de la Suisse, est une attitude profondément irresponsable.
C'est la raison pour laquelle je vous incite à recommander le rejet de cette initiative.