Zisyadis Josef · Nationalrat · 2001-12-10
Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2001-12-10
Wortprotokoll
Décidément, le gouvernement de notre pays croit toujours qu'il est meilleur que les autres. Pourquoi diable de nombreux pays européens - la France, l'Italie, la Grèce, la Belgique - ont-ils décidé de faire le choix d'une régularisation en bloc par recherche d'intégration forte? Est-ce qu'ils seraient devenus fous? Est-ce qu'ils seraient devenus inconscients? La réponse du Conseil fédéral est d'un mépris invraisemblable à l'égard des autres pays européens. Comment osez-vous repousser cette solution pragmatique en disant que la Suisse accorde une grande importance aux aspects humains - sous-entendu, les autres pays n'ont pas les mêmes égards? Décidément, vous croyez vraiment que notre pays est un modèle d'humanisme et de respect des droits de l'homme, avec tout le sang que la Suisse a sur les bras en matière de mesures de contrainte de personnes qui sont mortes dans nos prisons? Non, je vous en prie, Madame la Conseillère fédérale, vous avez balayé d'un revers de main une solution humaine dont le pays a besoin. Comment le Conseil fédéral peut-il faire le jeu des milieux économiques, qui utilisent cette main-d'oeuvre à bon marché en toute légitimité, sans s'occuper des hommes et des femmes qui, depuis des années, construisent ce pays avec leurs bras et avec leur coeur? Madame la Conseillère fédérale, avez-vous remarqué que les milieux qui s'opposent à la régularisation de tous les travailleurs clandestins sont les mêmes qui demandaient, il y a quelques années, une amnistie fiscale? Comme c'est curieux, on peut faire table rase pour de l'argent, mais pas pour la vie des hommes!
Madame la Conseillère fédérale, c'est un ancien sans-papiers qui vous parle. Je suis venu à l'âge de six ans en Suisse et j'ai vécu plusieurs années sans aucun titre, jusqu'au moment où j'ai été régularisé. Dans vingt ans, dans ce Parlement, vous aurez plusieurs sans-papiers qui seront devenus conseillers nationaux et vous regretterez alors de n'avoir pas eu un geste d'humanité. Le courage de la Suisse est aujourd'hui de déclarer une mesure unilatérale, comme le fait du prince, parce qu'il y a un temps pour tout; et le temps est venu d'intégrer une population importante qui travaille et qui remplit une fonction importante. Il s'agit de la considérer comme une chance pour notre pays. De temps en temps, une société forte peut se permettre une mesure de remise, comme on l'imagine, par exemple, pour la remise de la dette à l'égard des pays du tiers monde. Eh bien, c'est la même chose que nous devons faire aujourd'hui.