Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2001-12-12
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2001-12-12
Wortprotokoll
L'autre jour, avec M. Schwaab, nous avons reçu ici une classe de neuvième terminale à options. Des élèves charmants, curieux, réveillés. M. Schwaab leur a demandé, à la fin, ce que ça leur faisait d'avoir cette étiquette plutôt dévalorisante, "neuvième terminale". Haussements d'épaules, perplexité, puis la réponse vient: "Bof! On finit par s'habituer." S'habituer à quoi? Eh bien, s'habituer au parcours du combattant que représente la recherche d'un apprentissage. S'habituer à la douche froide que l'on reçoit quand on sort de neuvième terminale et qu'on annonce qu'on veut être mécanicien, électronicien, infirmière, photographe ou même jardinière d'enfants. S'habituer à ces éléments de réalité qui font qu'en définitive ces projets vont se réduire à une maigre dizaine de professions, si ce sont des garçons, à trois ou quatre, si ce sont des filles: coiffeuse, vendeuse, employée de bureau. C'est encore un parcours du combattant parce qu'une fois le choix arrêté, les places d'apprentissage sont souvent inexistantes. C'est ainsi que ces dernières années, de très nombreux candidats à l'apprentissage ont dû écrire des dizaines de lettres, en vain pour des milliers d'entre eux. A la fin de la neuvième terminale, seul un élève sur deux trouve directement une place d'apprentissage. Ceci aussi à cause de la concurrence des élèves du secondaire supérieur, qui renoncent aux études au profit des filières d'apprentissage et qui sont accueillis à bras ouverts par les employeurs.
En effet, ceux-ci imaginent revaloriser les professions manuelles en élevant les exigences scolaires à l'entrée en apprentissage. Il y a inflation, aussi bien sur les conditions d'entrée dans les professions que dans le vocabulaire. Partout il n'est plus question que de centres de compétences, de hautes écoles spécialisées, de centres spécialisés, de centres de qualité, voire de centres d'excellence. Selon une enquête vaudoise, les employeurs invoquent la mauvaise qualité de l'école et l'insuffisance des acquis scolaires pour expliquer leur refus d'engager des apprentis, comme si c'était déterminant d'être fort en orthographe pour être mécanicien. A vrai dire, cette exigence ne me gênerait pas, si on exigeait parallèlement des étudiants en lettres qu'ils soient bons en mécanique. Les employeurs font même de la dixième année scolaire, mise sur pied précisément pour pallier le manque de débouchés, une condition pour l'entrée en apprentissage: ça finit par être aberrant.
Il faudrait donc plus de places d'apprentissage et moins de sélectivité des employeurs, mais il faudrait encore que la qualité de la formation soit garantie, que certains employeurs arrêtent de se prendre pour des roitelets qui exploitent leurs apprentis et que certains commissaires d'apprentissage, qui se comportent en petits copains des patrons, changent d'attitude.
L'initiative populaire propose des mesures. Elle propose des moyens financiers pour assurer la qualité de la formation. Elle le dit explicitement et c'est cela qu'elle apporte en plus par rapport à la loi.
Nous la soutenons aussi parce qu'elle vise à faire reconnaître un droit à la formation, ce qui nous paraît fondamental. En effet, comment pourrions-nous nous accommoder du fait que 10 pour cent des jeunes - je ne sais d'ailleurs pas exactement quel est ce pourcentage, parce que les chiffres que j'ai vus pour 1997, c'est 8 pour cent des jeunes gens, mais 17 pour cent des jeunes filles - entrent dans la vie active sans formation? A cette proportion, il faudra encore ajouter les ruptures de contrats et les échecs qui font de ces jeunes une population exposée à de grands risques. Comment pouvons-nous accepter, de plus, que cette population sans formation soit composée précisément de jeunes filles et de jeunes immigrés, dont beaucoup d'enfants de sans-papiers [PAGE 1861] dont nous avons parlé l'autre jour? Et cela, contrairement à ce que M. Kofmel disait tout à l'heure, n'est pas ponctuel, c'est une donnée durable. Etre pour l'égalité des chances, c'est bien, mais il ne suffit pas de le proclamer, comme la loi sur la formation professionnelle le fait. Accepter qu'une partie de la jeunesse soit marginalisée, c'est la porte ouverte à une société d'exclusion. Nous ne saurions l'admettre.
C'est pourquoi nous demandons de soutenir la proposition de minorité et donc de recommander d'accepter cette initiative populaire.