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Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2015-06-01

Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-06-01

Wortprotokoll

Selon l'initiative, tous les parents seraient compétents et à l'aise pour parler de sexualité avec leurs enfants, et il n'y aurait jamais plus aucun abus sexuel sur les enfants. Bienvenue dans le monde des Bisounours!

Autre grille de lecture: selon l'initiative, nos enfants seraient bêtes, car ils pourraient grandir sans se questionner sur la sexualité - un aspect pourtant central de la vie humaine - et [PAGE 327] sans rien voir des images à connotation sexuelle omniprésentes dans notre société.

En effet, à en croire le titre de l'initiative, c'est l'école qui fabriquerait la sexualisation. Il suffirait ainsi de priver les enfants de l'éducation sexuelle pour évacuer ces questions. Mais en interdisant tout cours obligatoire de véritable éducation sexuelle, l'initiative veut transformer nos enfants en autruches. Face aux risques liés à la sexualité, elle propose en effet de leur cacher la tête dans le sable, de leur fermer les yeux devant le VIH, les infections sexuellement transmissibles, les grossesses non désirées et la violence sexuelle. C'est une protection peu efficace s'il en est: on sait en effet ce qu'il advient de l'autruche face au danger.

C'est au contraire en ouvrant les yeux des enfants que l'on renforce leur protection; c'est en leur dispensant une éducation sexuelle bien conçue, par exemple calquée sur les standards européens de l'OMS, qui réponde à des exigences pédagogiques et de protection de l'enfance, que l'on améliore leur bien-être ainsi que la santé publique. La preuve en est, par exemple - la rapporteuse de la commission y a fait référence -, le faible nombre de grossesses à l'adolescence en Suisse et les autres bons résultats en matière de santé sexuelle et reproductive. Ces résultats sont le fruit d'une éducation sexuelle de qualité donnée dans nos écoles.

Oui, l'école doit continuer à jouer son rôle en la matière, car une information accessible à tous les enfants, dispensée si possible par des spécialistes, et surtout extérieure au cercle familial, demeure indispensable, notamment pour prévenir les abus sexuels, qui sont le plus souvent commis dans le proche entourage de l'enfant.

Quant au contenu de l'éducation sexuelle à l'école, on ne peut pas parler d'abus sexuels sans évoquer la sexualité humaine, pas plus que l'on ne peut réduire celle-ci à la reproduction enseignée en cours de biologie. C'est pourtant ce que voudrait faire cette initiative populaire en évacuant les dimensions affective, relationnelle et sociale de la sexualité, dimensions qui, précisément, font de nous des humains. Bref, cette initiative prend nos enfants pour des animaux, au mépris de leurs droits humains à l'information, à la protection et à la santé.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à suivre le Conseil fédéral en recommandant au peuple et aux cantons le rejet de ce texte.