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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2015-06-16

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2015-06-16

Wortprotokoll

Tout d'abord, je vous remercie de vos analyses et de vos conclusions en commission. Je vous remercie en particulier parce que, ce matin, ce n'est pas seulement un Genevois ou une Genevoise qui se sont exprimés, mais un Zurichois, une Genevoise et un Schaffhousois. Il y a en effet plusieurs "Enden der Schweiz", wie es gesagt wurde. Ich glaube, es gibt eigentlich keine Enden der Schweiz, sondern nur Anfänge.

Je vous remercie d'avoir montré que c'est non seulement de la Genève internationale, mais aussi de la Suisse internationale par Genève, que nous parlons maintenant. J'ai essayé d'imposer le terme "Suisse internationale par Genève"; on n'y arrivera jamais, on retombera toujours sur la "Genève internationale", mais c'est bien ce que cela signifie: la Genève internationale est là pour la Suisse et pour le monde. J'aime à dire que c'est une chance pour notre pays, une chance pour le monde.

Si nous voulons être plus concrets d'emblée, nous pouvons jeter un regard sur cette Suisse internationale par Genève d'hier et d'aujourd'hui. Hier qu'était la Genève internationale? C'étaient les frémissements d'une conférence très difficile sur la situation au Yémen, qui est en train d'essayer de commencer. Nous avons appris la venue à Genève du secrétaire général de l'ONU, Monsieur Ban Ki-moon, qui a dit: "Le Yémen brûle tant qu'on n'arrive pas à trouver une solution." Je crois que Genève apparaît comme le seul endroit où l'on peut essayer d'éteindre l'incendie. C'est vraiment une catastrophe gravissime qui a lieu là-bas. Aujourd'hui, après l'arrivée pendant la nuit des dernières délégations, la conférence devrait commencer. Je répète qu'elle sera très difficile. C'est une conférence indirecte, car les parties au conflit ne se parlent pas directement, mais recourent à un médiateur. Autant dire que cela ne va pas de soi.

Ce qui est intéressant pour nous aujourd'hui, c'est de nous poser la question: pourquoi Genève?

Pourquoi a-t-on choisi à nouveau Genève pour cette conférence sur le Yémen? Si on pose la question autour de soi, dans les milieux de l'ONU en particulier, on entend les quatre raisons suivantes:

1. parce que c'est un lieu suffisamment neutre pour tous les participants; c'est un point souvent très important;

2. parce que c'est le siège de l'ONU;

3. pour l'efficacité des services de l'Etat hôte; il faut faciliter l'organisation d'une telle conférence, cela n'a l'air de rien, mais c'est quelque chose qui est important - le moteur doit tourner, sinon le véhicule n'avance pas;

4. pour la volonté politique reconnue de la Suisse - et j'aimerais insister là-dessus - d'avancer, de progresser dans les domaines de la paix, de la sécurité et de la médiation.

Tout cela fait que Genève est devenue un coeur du monde, un des centres principaux de la gouvernance mondiale, qu'il y a une multitude d'enjeux qui y sont discutés, ce qui rend d'ailleurs la Suisse importante, parce qu'elle joue ainsi un rôle politique qui est certainement largement plus important que ce qu'il serait sans la Genève internationale. Concrètement, on a des intérêts et des valeurs à défendre, ceux-ci étant inscrits dans la Constitution; sans des instruments adéquats, on ne pourrait pas le faire. Et Genève, c'est cela, un pôle de compétences dans cinq domaines: la paix - on en a parlé -, mais aussi l'humanitaire, le commerce, la santé et l'environnement. Il s'agit donc des vrais défis globaux.

Je vous passe tous les chiffres impressionnants sur Genève - ce n'est pas le but ici - mais j'aimerais quand même rappeler que, ces derniers temps, il y a eu à Genève trois conférences sur la Syrie, une conférence sur l'Ukraine, la conférence sur le respect du droit humanitaire dans les territoires palestiniens, les "Iran talks", les discussions sur la Libye et maintenant la conférence sur le Yémen. L'objectif du Conseil fédéral dans ce dossier, c'est de dire que cette situation de Genève doit pouvoir continuer. Nous devons continuer de pouvoir jouer ce rôle à l'avenir, et pour cela, il faut fixer une priorité politique pour la Genève internationale, pour la Suisse internationale par Genève. Il faut consolider la place de la Suisse et de Genève comme centre de gouvernance mondiale et placer Genève non seulement comme un lieu de paix, parce qu'il y a beaucoup d'endroits dans le monde qui se présentent ainsi, mais comme un lieu de volonté de paix, là où on essaie vraiment de la faire, et où on ne se contente pas simplement d'en parler en passant.

Pour y parvenir, nous disposons des instruments traditionnels de la politique d'Etat hôte, tels que la loi sur l'Etat hôte, la Fondation des immeubles pour les organisations internationales, le Centre d'accueil-Genève internationale. Ces instruments traditionnels sont bons, mais il faut en faire plus, parce que les défis sont devenus plus grands en raison de la concurrence internationale accrue et des coûts. On doit le dire: les coûts en Suisse, pour les organisations internationales, sont un problème réel, auquel nous devons trouver des solutions. C'est pourquoi nous avons élaboré une nouvelle stratégie avec le canton et la Ville de Genève. Elle s'articule autour de six axes, que nous avons nommés de manière très simple: les maisons; les cerveaux; le monde; la région; les mots et le futur.

L'axe relatif aux maisons concerne toutes les rénovations, qui feront l'objet de messages séparés. La rénovation la plus importante est évidemment celle du Palais des Nations. Le Conseil fédéral vient d'accepter un projet, qui vous sera transmis, concernant la reconstruction du bâtiment de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Des éléments concernant l'accueil sont intégrés aux présentes mesures, mais les grandes rénovations feront l'objet de messages à discuter de manière séparée.

L'axe que avons appelé "Les cerveaux" a trait aux synergies. Ce point est central pour le développement de la Genève du futur. Si on veut réellement gagner, on doit jouer sur les points forts et réduire les points faibles. Un point qui doit être fort et qui ne l'est pas assez actuellement, c'est la synergie entre tout ce qui existe déjà à Genève. Les plates-formes de coopération sont un élément clé de la stratégie. De telles plates-formes se développent déjà sur Internet dans les domaines de la lutte contre le crime organisé, la santé globale et l'environnement. Nous voulons encore développer le domaine de l'humanitaire et en particulier celui des sciences. Des efforts importants et décisifs pour l'attrait du site doivent donc être faits.

Le fait de pouvoir avoir ces plates-formes attire d'autres éléments constructifs dans le but de trouver des solutions en lien avec les fameuses priorités de la Suisse internationale par Genève.

Le troisième axe, c'est le monde ou le fait de viser à l'universalité des représentations des Etats. Cela peut vous paraître un peu ambitieux, mais soit on est universel, soit on ne l'est pas. On est tout proche de l'être, mais tant qu'on est tout proche de l'être, on ne l'est pas encore. Il y a là clairement une concurrence et, dans ce domaine, nous aimerions en faire un point fort et pas un point qui n'est pas assez fort. Actuellement, il y a 173 missions à Genève. Si on veut parler, par exemple, de l'environnement, qui est une priorité, on doit pouvoir le faire, y compris avec les petites nations qui sont touchées par les changements climatiques; et, pour cela, elles doivent avoir une mission à Genève. Sans cette capacité à assurer l'universalité, on est un peu plus faible. Donc, dans une stratégie ambitieuse, il faut viser l'universalité. C'est aussi un élément qui permet de contrecarrer les coûts. Si on atteint l'universalité, si on dispose à Genève des missions permanentes de l'ensemble des Etats membres des Nations Unies, quand on y parle de quelque chose, tous ces Etats n'ont pas besoin d'envoyer des délégations. Les coûts pour eux seront moins élevés à Genève. Donc l'universalité est aussi un argument d'efficacité pour le développement de Genève. [PAGE 569]

Le quatrième axe de la stratégie, c'est la région, donc la coopération avec le canton de Vaud mais aussi de Berne et Bâle, qui hébergent des organisations internationales, et avec la France voisine.

L'axe 5, les mots, vise à améliorer la communication de et sur la Genève internationale. Il contient des projets qui concernent l'Etat, mais aussi les privés avec, par exemple, en ce qui concerne la Suisse, la communication sur Genève en Suisse avec l'action du fameux bus, qui va d'ailleurs arriver demain à Berne et que je vous conseille de visiter.

Le dernier axe de la stratégie, c'est le futur. On a décidé d'imaginer le futur en termes de gouvernance mondiale et de rôle pour la Suisse et Genève dans dix ou vingt ans. Quel sera le rôle de Genève dans la gouvernance globale dans dix ou vingt ans? Pour cela on a mis sur pied un groupe de réflexion intitulé "Genève plus".

Le présent message découle de cette stratégie définie en six axes, mais surtout du premier axe, et de la motion adoptée par le Parlement, qui visait à fixer cette priorité politique en renforçant la Genève internationale.

Concrètement, la volonté politique est clairement marquée par le plafond de dépenses et les deux crédits d'engagement. Ces moyens permettent de mettre en oeuvre la stratégie, en particulier les plates-formes et l'universalité, et de faire face à des nécessités technologiques et de sécurité.

Ceci dit, nous sommes évidemment conscients de la situation financière. J'aimerais rappeler ici, en particulier en lien avec la proposition de la minorité, que le plafond de dépenses est un outil de pilotage. Il est un bon outil lorsqu'il s'agit de subventions, c'est le cas ici pour l'essentiel. Il est un bon outil quand il faut faire preuve de flexibilité; on ne sait pas exactement à quel moment quelle plate-forme sera mise en oeuvre, à quel moment on va pouvoir accueillir quelle nouvelle mission à Genève. Il y a donc une certaine incertitude quant au moment où les dépenses auront lieu. Ce n'est pas la même chose avec un crédit-cadre. Là, il s'agit d'un plafond de dépenses qui nous donne de la flexibilité. Mais il y a aussi une flexibilité et une souveraineté budgétaires; il est donc évident que nous tiendrons compte de la situation financière. Le débat d'aujourd'hui n'est pas un débat budgétaire; le débat d'aujourd'hui a comme but de fixer les priorités dans ce domaine. Le Conseil fédéral a dit que, tout en ayant connaissance des difficultés financières, il fallait définir une priorité claire politiquement pour la Genève internationale en fonction de la stratégie mise au point avec le canton et la ville. Sur cette base, on va piloter le futur, et l'aspect lié aux difficultés financières et budgétaires sera pris en compte dans le cadre des tranches annuelles et des propositions que le Conseil fédéral va lui-même vous faire dans ce domaine.

Je vous remercie de soutenir ce dossier, qui est important pour le développement de la position suisse et de la position de la Genève internationale dans le cadre de la mission constitutionnelle qui nous est donnée.