AB 178934
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-06-16
Wortprotokoll
Depuis mars 2015, l'Office fédéral de la santé publique et la Commission fédérale pour les vaccinations recommandent aux garçons et aux jeunes hommes de se faire vacciner contre les papillomavirus humains -un vaccin déjà préconisé depuis 2007 pour les filles et les jeunes femmes, afin de prévenir le cancer du col de l'utérus. En effet, si les papillomavirus humains sont la plupart du temps éliminés par le système immunitaire, ils peuvent, dans de rares cas, être à l'origine de certains cancers peu fréquents chez les hommes ainsi que de verrues génitales, une affection bien plus répandue mais bénigne. Dans ce contexte, les autorités sanitaires considèrent qu'il ne s'agit que d'une vaccination complémentaire, contrairement à ce qui s'applique aux filles et aux jeunes femmes.
Cette nouvelle recommandation soulève toutefois plusieurs questions, dont certaines ne sont pas nouvelles. Tout d'abord, pour les filles comme pour les garçons, ce vaccin est-il efficace? On sait en effet qu'il ne protège que contre quelques-unes des souches du papillomavirus et l'on manque de preuves scientifiques pour affirmer qu'il permet effectivement de prévenir les pathologies visées. Comme le dit le Conseil fédéral dans sa réponse à l'interpellation: "Il est trop tôt, six ans après l'introduction de la vaccination chez les jeunes filles de 11 à 14 ans en Suisse, pour pouvoir en mesurer l'impact sur la survenue de lésions précancéreuses ou cancéreuses du col de l'utérus." Le cancer du col de l'utérus est, soit dit en passant, le quinzième cancer le plus fréquent en Suisse et il est, par ailleurs, dépisté efficacement par frottis gynécologique.
Quant à l'impact de ce vaccin chez les hommes, le Conseil fédéral souligne: "Les analyses disponibles fournissent certaines indications utiles, mais elles sont basées sur une série de suppositions comportant des incertitudes. En particulier, l'efficacité de la vaccination contre certains cancers, tels que ceux de la région oropharyngée n'est pas encore connue." [PAGE 582]
Face à tant d'incertitudes sur l'efficacité du vaccin surgit une autre question, que je pose au Conseil fédéral: n'est-il pas prématuré, dans ce contexte, d'élargir la recommandation de vaccination aux garçons et aux jeunes hommes? Ne faudrait-il pas tout au moins mener au préalable une étude complète sur les hommes afin d'évaluer le rapport coût/efficacité de ce vaccin pour eux? En termes d'adéquation, d'économicité et d'efficacité, cela semblerait logique.
Las!, me répond le Conseil fédéral, aucune analyse indépendante et publiquement accessible de ce type n'existe et n'est prévue en Suisse pour la vaccination des garçons.
Du côté des filles et des jeunes femmes, les différentes données déjà collectées sur les effets de la vaccination - notamment l'enquête populationnelle, réalisée en 2014 et citée par le Conseil fédéral dans sa réponse - relèvent que la plupart des femmes vaccinées, mais cependant pas toutes, pensent que la vaccination ne doit pas conduire à une réduction de la fréquence des contrôles de dépistage.
De même, la majorité des femmes interrogées estiment que le vaccin ne remplace pas le recours au préservatif. Toutefois, il ne s'agit là que d'avis. Il est difficile de savoir sur cette base dans quelle mesure le sentiment de sécurité induit par le vaccin modifie réellement les comportements de dépistage et de protection - dans le feu de l'action, si j'ose dire! Et les jeunes hommes, de leur côté, se sentiront-ils responsables de continuer à utiliser un préservatif, une fois vaccinés contre des virus qui s'attrapent sans? Nul ne le sait. Ce qui est certain, en revanche, c'est qu'il est difficile de faire passer auprès des jeunes gens ce message paradoxal: "Faites-vous vacciner pour vous protéger, mais continuez à vous protéger comme si vous n'étiez pas vaccinés." C'est donc fort à propos que, dans son dernier bulletin, l'Office fédéral de la santé publique souligne la nécessité de fournir des informations supplémentaires sur la sécurité de cette vaccination, mais la tâche risque d'être ardue.
Oui, en matière de vaccination, dans ce cas et en général, il faut garantir l'accès à des informations indépendantes, neutres et de qualité. Il faut aussi poursuivre en parallèle les mesures de prévention, en l'occurrence contre les infections sexuellement transmissibles. Avant tout, il faut que nous nous posions cette question: à partir de quel rapport coût/efficacité doit-on dispenser aux jeunes un vaccin qui n'est jamais potentiellement exempt d'effets secondaires? Mais pour y répondre et prendre des décisions éclairées, encore faut-il disposer des analyses nécessaires, et c'est sur ce point central que je souhaite attirer l'attention du Conseil fédéral.