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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2015-05-06

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2015-05-06

Wortprotokoll

Je comprends très bien ce que vous ressentez, mais ce n'est pas le bon débat pour l'exprimer. Il serait problématique, voire dangereux, de mener ce débat en adoptant une attitude négative. Nous sommes un Etat souverain, nous partageons les destinées d'un continent, même si nous ne sommes pas membre de l'Union européenne. Et ce continent n'est pas si sûr que cela. Il ne faut pas croire - et je suis certain que vous partagez mon point de vue, Monsieur Rusconi, vu que nous en avons déjà parlé - que la situation est stabilisée à l'est du continent. Elle n'est pas non plus encore stabilisée dans d'autres domaines au sud; elle est en voie de stabilisation en Irlande, mais des problèmes économiques subsistent dans d'autres pays. A l'est, et on le voit avec l'Ukraine, il y a encore et toujours des problèmes de transition et des tensions avec certains pays qui ne sont pas membres de l'Union européenne; ces pays peuvent constituer des dangers qui dépassent la dimension purement locale et deviennent même des problèmes géopolitiques.

Le Parlement, qui est non seulement souverain mais également sage, a demandé au gouvernement de faire en sorte que la Suisse participe à cet élan, non pas pour soutenir l'Union européenne en tant que telle, mais pour soutenir la transition de ces pays, ce qui augmente les chances de garantir la sécurité. Nous n'avons pas la certitude que nous allons tout réussir, mais nous donnons une chance de plus à la sécurité et une chance de plus à la prospérité, qui sont deux objectifs fondamentaux de la politique étrangère de notre pays. Si on souhaite que nos entreprises réussissent à l'avenir aussi, elles doivent pouvoir se développer dans ces marchés. Ce petit coup de pouce public à des projets, qui sont de manière générale de bons projets, profite à l'ensemble de l'économie privée, car il a pour effet d'offrir à la Suisse un "goodwill", une très bonne réputation dans ces différents pays. Il faut arrêter de dire qu'en stoppant cela on peut se montrer ferme vis-à-vis de l'Union européenne; on marquerait un autogoal, car ce programme est favorable à la Suisse.

Enfin, dans ce mouvement de contribution à la transition et à l'élargissement, la Suisse est le seul Etat à avoir insisté pour mener une politique autonome.

Nous décidons de nos propres projets, nous passons avec chacun de ces Etats un accord bilatéral. Nous discutons avec les responsables dans les Etats concernés et non pas avec les spécialistes de l'Union européenne! Nous discutons de leurs besoins, des sujets pour lesquels la Suisse peut faire quelque chose, des thématiques pour lesquelles nous avons un intérêt commun. Cette relation bilatérale est vitale pour un Etat comme la Suisse qui, précisément, n'est pas membre d'un grand groupement d'Etats, mais qui doit rester autonome et souverain.

Je suis d'accord avec vous en ce qui concerne la fermeté, notamment sur le fait qu'on ne peut pas accepter n'importe quoi dans le cadre institutionnel. Mais faire preuve de fermeté, juste pour donner l'impression que nous avons été très fermes, sur des objets qui auront des conséquences négatives pour le pays, non, ce n'est pas une solution. Le Conseil fédéral est ainsi: il agit en fonction de ce qui est dans l'intérêt du pays, et non pas de ce qui est dans l'intérêt d'une visibilité au final inutile.