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Darbellay Christophe · Nationalrat · 2015-06-09

Darbellay Christophe · Nationalrat · Wallis · Fraktion CVP-EVP · 2015-06-09

Wortprotokoll

Je m'exprime ici au nom d'une majorité du groupe parlementaire PDC/PEV. Le marché du tourisme suisse est rude. Le franc fort n'a pas amélioré cette situation déjà difficile. Jamais la concurrence des autres pays, notamment dans l'arc alpin, n'avait été aussi rude. Ce secteur du tourisme est doublement pénalisé par des Suisses qui sont plus facilement attirés par des offres à l'étranger à vil prix et par les étrangers qui viennent moins facilement en Suisse en raison de la différence du cours du change. Les voyages à l'étranger pour la classe européenne moyenne sont de plus en plus difficiles. Ces touristes peinent à s'offrir un séjour en Suisse. Les effets se font sentir et tout porte à croire que l'impact sera bien réel et de longue durée.

Les effets du franc fort se font particulièrement sentir dans l'arc alpin puisque les calculs nous donnent un chiffre édifiant: 1 pour cent d'appréciation du franc suisse égale 1,29 pour cent de nuitée en moins. Cela veut dire que ce recul de la fréquentation a des conséquences, notamment une forme d'incapacité à investir dans la qualité. Aujourd'hui, même les meilleurs modèles, ceux qui servent d'exemples peinent à investir, à se renouveler. Il y a urgence: il faut investir, stimuler la demande et faire en sorte que le recul des touristes provenant des marchés européens s'atténue, en particulier du Benelux, des Pays-Bas et de l'Allemagne. Nous devons stabiliser le marché suisse et investir dans les marchés émergents où nous avons des chiffres de croissance extrêmement intéressants. Là, il s'agit de touristes individuels, de touristes d'affaires provenant d'Asie, des pays du Golfe ou des Etats-Unis. Mais cette clientèle ne s'achète pas avec des boutons de manchette!

Le tourisme est le quatrième secteur d'exportation de la Suisse: ce sont 15 milliards de francs de chiffre d'affaires annuel; ce sont 25 000 PME dans toutes les régions du pays; ce sont 175 000 emplois. Ce secteur a besoin aujourd'hui d'un marketing efficace. Pour tous ceux qui diront que les prestations de Suisse Tourisme ne sont pas assez efficaces ou sont insuffisamment évaluées, je souhaite mettre en lumière les chiffres suivants: un franc investi dans le budget de Suisse Tourisme veut dire 36 francs supplémentaires de chiffre d'affaires et 7 francs de recettes fiscales en plus.

Nous sommes sous pression en Suisse, confrontés au recul du nombre de clients européens, et en particulier de clients allemands, qui sont très sensibles aux prix. Nous avons déjà perdu en 2011 pratiquement 50 pour cent de notre clientèle allemande. Vous pouvez imaginer sans peine les conséquences possibles de la décision de la BNS du 15 janvier dernier. Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin!

Le tourisme ne se délocalise pas! Le soutien est nécessaire pour passer ce cap difficile. Si le tourisme des villes est relativement stable, solide et se défend bien, celui des Alpes, des régions périphériques, des régions rurales du pays souffre. Dans ces régions, le tourisme est souvent le seul levier économique. C'est la seule branche économique importante; il n'y a pas d'alternative véritable au tourisme. Le KOF, Centre de recherches conjoncturelles de l'EPFZ, prévoit un recul de 5 à 8 pour cent des clients européens, et même de 13 pour cent en ce qui concerne les clients allemands.

La Suisse est un pays de prix élevés, et c'était déjà le cas avant le choc du franc fort. Il suffit de comparer avec les régions concurrentes les plus importantes, par exemple l'Autriche: une serveuse dans un restaurant autrichien touche à peu près 1100 à 1200 euros par mois; en Suisse, il n'y a pratiquement pas de personnel qualifié touchant un salaire mensuel inférieur à 4000 francs. Voyez déjà ici la différence. Nous avons besoin d'une marque forte, positionnée sur le marché international. Nous avons besoin de qualité. Nous avons besoin de structures d'accueil, et surtout d'un marketing intensif pour atténuer l'effet du franc fort.

Suisse Tourisme a pris des mesures en Suisse, en Europe et sur les marchés lointains. Ces mesures étaient évaluées à 220,5 millions de francs pour la période 2016-2019. Avec le choc du franc fort, il faut des mesures supplémentaires, c'est pour cela que nous avons déposé deux propositions de minorité, la proposition de la minorité I, pour un montant de 270 millions de francs, qui tient compte de la décision de la Banque nationale et de l'appréciation du franc, et la proposition de la minorité II, pour un montant de 240 millions de francs.

Le Conseil fédéral, avec son enveloppe, ne permet pas de stabiliser le marché suisse et européen. Il ne permet pas non plus en même temps de développer à satisfaction les marchés lointains dans les pays émergents. Je vous demande donc d'accepter un plafond de dépenses de 270 millions de francs.

Pour éviter que le rythme cardiaque de Monsieur Toni Brunner ne s'accélère trop, nous proposerons dans le cadre du budget de compenser cette augmentation des moyens dans le tourisme. Cela signifie que nous proposerons respectivement une diminution du budget de la Confédération de 20 millions si la proposition de minorité II est acceptée et de 50 millions si la minorité I s'impose, au niveau des mandats externes de la Confédération, soit toutes sortes de mandats que nous attribuons à des consultants. Je pense que cet investissement serait beaucoup mieux placé dans un secteur qui souffre, qui a besoin de soutiens et d'un marketing beaucoup plus efficace, et permettrait de générer du chiffre d'affaires, je vous l'ai dit, avec un retour très important et des recettes fiscales.