Lexipedia

Reynard Mathias · Nationalrat · 2015-06-02

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-06-02

Wortprotokoll

Je déclare tout d'abord mes liens d'intérêts: je suis membre du conseil de fondation de Bibliomedia, même si je ne me suis jamais exprimé sur le sujet et ne suis pas un lobbyiste.

J'ai le plaisir de m'exprimer à mon tour au nom du groupe socialiste en faveur de l'entrée en matière sur cet objet, et plus généralement en faveur d'un message sur la culture solide et ambitieux pour les années 2016 à 2020.

J'y attache une importance particulière car la culture n'est pas - contrairement à ce que les défenseurs de la minorité laissent penser - quelque chose de secondaire ou de superflu. Au contraire, la culture est ce qui donne sens à la vie. C'est ce qui, comme disait Malraux - qui sera vraisemblablement souvent cité aujourd'hui -, fait de l'homme autre chose qu'un accident de l'univers.

Nous allons beaucoup débattre, dans le cadre de la discussion par article, de questions financières. Bien sûr, ce message définit les moyens accordés par la Confédération à certains domaines pour les prochaines années. Mais il ne s'agit pas seulement de questions de financement. Nous ne sommes pas simplement en train de répartir des subventions fédérales en fonction du poids politique de tel ou tel musée. Ce message va bien plus loin, il est autre chose. Il propose tant une analyse de notre société que des réponses [PAGE 790] collectives. Il permet de proposer une véritable politique culturelle cohérente et diversifiée. Il concerne donc évidemment de nombreux domaines: le cinéma, la culture du bâti et les musées, mais aussi la littérature, la musique ou encore les langues de notre pays - par le renforcement des échanges scolaires, du soutien aux traductions entre nos langues nationales ou encore de la protection de l'italien et du romanche.

Les acteurs sont donc multiples. Les cantons, les communes, et surtout les villes, jouent évidemment un rôle primordial. La Confédération a toutefois une fonction centrale: celle d'assurer une politique culturelle cohérente et coordonnée, de lui donner une direction au niveau national - dans laquelle chaque habitant de ce pays doit pouvoir se retrouver -, mais aussi de s'engager pour le rayonnement international de nos acteurs culturels. Les autres échelons le reconnaissent d'ailleurs, comme l'Union des villes suisses, qui affirme, dans sa prise de position, que "la Confédération assume dans la promotion de la culture des tâches qui ne peuvent pas être accomplies à d'autres niveaux." Ne négligeons pas cette fonction essentielle de la Confédération.

Le présent message relève bien les différentes évolutions de notre société et les défis qui se présentent à nous.

Il propose trois grands axes, trois objectifs centraux pour y répondre.

Tout d'abord, la participation culturelle. Pour le groupe socialiste, il s'agit là d'une question essentielle. Promouvoir l'accès et la participation du plus grand nombre à la culture sous ses différentes formes est primordial à nos yeux. Le message prévoit d'améliorer cette participation culturelle, notamment par la promotion de la formation musicale, si importante dans notre pays où les sociétés de musique sont partie intégrante de la vie culturelle et sociale de nos villages et ont besoin de subventions pour assurer leur relève. Il s'agit simplement de respecter la volonté populaire exprimée en 2012 par le soutien affiché de plus de 70 pour cent de la population au contre-projet à l'initiative populaire "Jeunesse et musique". Un autre élément central du message est la promotion de la lecture qui correspond à un enjeu important pour notre pays, puisque 800 000 personnes en Suisse sont touchées par l'illettrisme.

Le deuxième axe n'est autre que la cohésion sociale. C'est un élément essentiel dans une société toujours plus individualiste. La culture peut en effet jouer un rôle pour maintenir une certaine cohésion entre les habitants de ce pays et pour jeter des passerelles. Pour le "vivre ensemble", nous avons besoin de renforcer des liens. Un soutien accru aux échanges scolaires entre régions et aux traductions de nos langues nationales sont des réponses adaptées. Des mesures pour promouvoir l'italien, mais aussi le romanche, sont également essentielles.

Enfin, le troisième axe, celui de la création et de l'innovation, permet de rappeler à ceux qui ne voient la culture que comme un domaine qui coûte aux collectivités publiques, que l'économie culturelle et créative est surtout un secteur économique fort et dynamique. Le secteur emploie en effet 260 000 personnes en Suisse et 40 000 entreprises y sont étroitement liées. L'économie culturelle et créative est d'ailleurs en plein développement dans notre pays et participe tant au rayonnement de la Suisse à l'étranger qu'à notre prospérité.

Ces trois axes prouvent la diversité d'une véritable politique culturelle et les multiples enjeux qui y sont liés. Au-delà des chiffres, l'importance accordée par un pays à la culture révèle sa capacité à soutenir les acteurs capables de penser, de critiquer, de réfléchir et de remettre en question notre monde. La notion de liberté y est étroitement liée. Comme le disait Albert Camus: "Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude."

En somme, ces quelques éléments montrent bien l'importance d'une politique culturelle solide et ambitieuse, tant pour l'épanouissement personnel des habitants de notre pays que pour notre cohésion sociale ou notre capacité à innover.

Pour toutes ces raisons, le groupe socialiste vous invite à soutenir l'entrée en matière.