Recordon Luc · Ständerat · 2015-03-02
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2015-03-02
Wortprotokoll
C'est à juste titre que l'interpellation Schwaller est traitée aujourd'hui par notre conseil, vu le [PAGE 12] caractère - il a été rappelé par plusieurs intervenants et par Monsieur Schwaller lui-même - très délicat du sujet.
Il est en effet délicat, l'entente confédérale pouvant en dépendre jusqu'à un certain point. Les comparaisons que vient de faire Madame Egerszegi-Obrist sont parlantes à cet égard. Si nous allons trop loin, nous pouvons évidemment porter atteinte au fédéralisme. Mais, si nous n'allons pas assez loin, nous contribuons à éroder le lien confédéral. L'équilibre est difficile à trouver, mais il faut le courage d'aller de l'avant maintenant. J'ai vraiment le sentiment que le problème est un peu sous-estimé et, à mon avis, qu'il l'est dans tout le pays. Il est sous-estimé dans certains cantons alémaniques, qui retardent dangereusement l'apprentissage de la première langue nationale - et non étrangère, en effet -, et dans l'opinion générale, qui a a tendance à penser que ce n'est qu'un problème d'apprentissage du français en Suisse alémanique, ce qui n'est pas le cas.
Le sujet concerne aussi la langue italienne, qui est de plus en plus délaissée, malheureusement. Je suis de ceux qui regrettent qu'on ne l'entende pas plus souvent au Parlement, car je crois qu'on est en général capable de comprendre l'essentiel de ce qui se dit dans la langue de Dante. C'est aussi un fait qu'en Suisse romande, on n'a pas beaucoup progressé dans l'apprentissage de l'allemand; le français, lui, a régressé en Suisse alémanique en une génération, c'est absolument certain. De la sorte, nous nous sommes un peu égalisés, mais c'est un nivellement par le bas.
Le problème est pris par le mauvais bout. Je me permets d'évoquer une observation personnelle dont j'ai pris conscience tardivement: si, à l'inverse de la plupart de mes camarades d'école, lorsque j'ai commencé à apprendre l'allemand, je l'ai appris volontiers, je le dois au fait que j'avais une grand-mère de l'Oberland bernois, qui me parlait uniquement en français, mais que j'ai à maintes reprises entendue s'exprimer dans le dialecte de l'Oberland avec ses frères et soeurs, neveux et nièces, et, comme j'aime à le dire, à défaut d'apprendre les paroles, j'ai appris la musique.
Cela n'a l'air de rien, mais la phonétique et l'accoutumance de l'oreille à une langue doivent venir très tôt. Les psycholinguistes ont montré que le cerveau humain avait tendance à se figer vers l'âge de 11 ans et à rendre l'apprentissage d'une langue beaucoup plus difficultueux: on doit passer par ces séances, parfois bien arides, de listes de vocabulaire à mémoriser, de règles de grammaire à comprendre, qui sont différentes de celles de sa propre langue. La particularité des langues, en tout cas française, allemande et italienne, c'est qu'elles ont un vocabulaire de base et des règles de grammaire assez complexes et techniques. Au contraire de l'anglais qui, lui, a cette vertu qui le rend sympathique, qui fait que très tôt on arrive à s'exprimer de manière opérationnelle; et puis, on continue pendant de très longues années - et peut-être même toute sa vie - à s'exprimer dans un infâme pidgin, mais que tout le monde comprend, et qui, finalement, arrange un peu tout le monde parce que tout le monde, à la surface du globe, à part les diplômés d'Oxford et de Harvard, le parle fort mal en général!
Nous devrions valoriser notre chance, pour des langues difficiles comme le sont nos langues nationales, de les apprendre très tôt; en effet, c'est une erreur de repousser leur apprentissage du primaire au secondaire, parce qu'on se prive d'un atout extraordinaire. L'enfant apprend les langues un peu comme une éponge se remplit d'eau. Véritablement, je crois que si les cantons ne parviennent pas à s'entendre et à comprendre la valeur de cet élément, il faut que, en effet, la Confédération agisse. En ce sens, je partage dans une certaine mesure l'impatience de l'auteur de l'interpellation.