Lexipedia

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2000-03-08

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2000-03-08

Wortprotokoll

J'aimerais beaucoup vous convaincre qu'il faut supprimer la publicité destinée au public. Je sais que vous en avez déjà beaucoup parlé; je suis d'accord que la loi a mis des garde-fous; je sais qu'une minorité de la commission voudrait une liberté encore plus grande et peut-être même aller dans le sens d'une autorisation de la publicité adressée au public pour des médicaments prescrits. Je pense qu'il est tout de même important que vous preniez en compte les arguments contre la publicité.

On n'a pas de données scientifiques sur l'effet direct de la publicité sur les ventes et la consommation de médicaments, mais on sait, ce sont les pharmaciens qui nous le disent, qu'il est très difficile de déconseiller un médicament à un client qui a vu une publicité à la télévision. On sait surtout que la publicité a un effet indirect, en ce sens qu'elle maintient présente à l'esprit l'idée que la santé ou le bien-être est une commodité qui peut s'acheter. La publicité contribue à banaliser le recours au médicament, à le présenter comme un geste normal, serait-ce pour retarder les effets du vieillissement, pour surmonter la fatigue, pour être en forme ou pour contrer n'importe quel autre symptôme.

J'ai déjà cité ce matin le docteur Buclin, coauteur d'un livre sur les médicaments à paraître prochainement. Il constate que de nombreuses personnes sont en situation de surmédication, avec des prescriptions qu'il désigne comme "aberrantes". Il estime que cette surmédication est due "à la large disponibilité des médicaments, à la publicité intensive visant les soignants et le public, et à la culture pharmaceutique dans laquelle nous baignons".

La culture pub contribue, je le rappelle, à médicaliser les difficultés quotidiennes. Cela a été constaté par de nombreux médecins qui remarquent que des souffrances qui, normalement, devraient interpeller la politique ou le monde du travail, sont désormais du ressort des médecins. Ces derniers sont donc mis en demeure de réinterpréter la détresse des patients en termes de maladie ou d'invalidité et, naturellement, de médicaments.

Par rapport à ce tableau, les garde-fous prévus dans la loi, à mon sens, sont insuffisants, parce que le signe donné par la publicité est nettement plus large. Prenez un exemple, celui du couple - peut-être l'avez vous vu à la télévision - qui s'embrasse sous la pluie; il s'enrhume avec un immense bonheur. Qu'importe! Il y a aspirine et, selon la réclame, aspirine promet "un peu moins de souffrances ici-bas". Nous ne sommes pas du tout dans le registre de l'information et de la formation du public. Nous sommes dans le registre de l'émotion. En plus, il s'agit précisément d'un de ces médicaments qui fait l'objet d'abus et dont on pense, dans la loi, qu'on pourrait l'interdire. Alors, ça, ça pose véritablement un problème!

Ces stratégies publicitaires, encore bien plus quand il s'agit, par hypothèse, de médicaments prescrits, renversent complètement le rapport entre patient et médecin, avec le risque que ce soit le patient qui dicte au médecin son ordonnance.

A la rigueur, cela ne me dérange pas, parce que ça porte atteinte au pouvoir médical! Mais je préférerais que ce soit parce que le patient a la capacité de faire des choix en connaissance de cause et avec une bonne information, plutôt que sous pression de la publicité. Aux Etats-Unis, où le système de publicité pour des médicaments prescrits existe, l'augmentation des ventes est considérable: un tiers des gens qui ont vu ces publicités ont consulté un médecin, qui le leur a prescrit dans 80 pour cent des cas. Chez nous, c'est déjà le cas avec des articles rédactionnels dans la presse. C'est intéressant de rappeler que le Xenical, un médicament pour maigrir, a été présenté à la presse avant même que sa commercialisation ne soit autorisée! C'était pareil pour Viagra ou Prozac.

La publicité n'aide en rien les malades. En fait, elle amène les bien portants à consommer des médicaments. Voilà pourquoi je vous propose un amendement à cet article 31, qui consisterait à biffer l'alinéa 2 sur la publicité interdite.

Le papier que vous avez reçu n'a pas été correctement présenté. Il ne s'agit pas de propositions subsidiaires, mais de propositions complémentaires. Si vous acceptez l'interdiction de la publicité à l'égard du public à l'article 31, ça voudra dire qu'à l'article 32 alinéa 2, sera illicite "la publicité [PAGE 118] destinée au public pour tous les médicaments", ce qui revient à supprimer les lettres a et d, et de même, la publicité à la télévision.