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Reynard Mathias · Nationalrat · 2015-09-17

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-09-17

Wortprotokoll

Je suis fier de prendre la parole aujourd'hui comme membre du comité d'initiative de l'initiative populaire "Pas de spéculation sur les denrées alimentaires".

J'en suis fier parce que notre texte permet de s'attaquer au pire problème que vit l'humanité actuellement: les morts par la faim dans le monde. Un milliard de personnes sont actuellement exposées à une mort par la faim et deux milliards d'individus souffrent de malnutrition. L'objectif de la communauté internationale de réduire de moitié le nombre d'affamés entre 1990 et 2015 n'a pas été atteint. De même, le Pacte I de l'Organisation des Nations Unies relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, que la Suisse a ratifié, prévoit le droit fondamental à une alimentation suffisante. Aujourd'hui, 49 ans après son adoption, cette exigence est encore violée quotidiennement à travers le monde.

Si la Suisse s'engage énormément au niveau international pour combattre la faim et la pauvreté, elle doit avoir le courage d'être cohérente et de fixer des règles pour sa place financière. Notre pays gagnera alors, en plus, en crédibilité. Beaucoup de parlementaires qui se sont exprimés avant moi ont estimé que la solution devait être trouvée au niveau international. C'est exact. Mais pour cela, la Suisse doit montrer l'exemple. Comment notre pays pourrait-il s'engager pour une réglementation internationale s'il refuse lui-même de fixer des règles? Les banques et les multinationales suisses sont actives dans ce commerce de la faim et, en interdisant la spéculation sur les biens alimentaires, notre pays montrera qu'une régulation est non seulement souhaitable, nous l'avons entendu dans de nombreux discours, mais en plus nécessaire.

La faim est la cause la plus fréquente de décès dans le monde. Chaque année, 2,6 millions d'enfants de moins de [PAGE 1663] cinq ans meurent de faim. Elle est donc responsable du tiers de la mortalité infantile mondiale. Jean Ziegler a raison lorsqu'il affirme qu'un enfant mort de faim est un enfant assassiné. Comme élus, nous avons la responsabilité de réagir.

C'est vrai que l'initiative ne supprimera pas, du jour au lendemain, la faim dans le monde. Elle permettra néanmoins d'apporter une réponse politique sérieuse, claire et fondée, plutôt que de se contenter de belles déclarations d'intention.

Nombre de mes préopinants ont répété - je l'ai bien entendu - que la spéculation n'était pas à elle seule responsable des fluctuations des prix, et donc de la faim dans le monde. C'est encore une fois vrai. La spéculation participe néanmoins à cette situation dramatique, en renforçant la volatilité des prix. Si nous pouvons, par notre vote et notre engagement contre la spéculation sur les denrées alimentaires, ne diminuer la faim dans le monde que de quelques pour cent, nous aurons réellement sauvé des vies et agi de façon juste.

Surtout, l'initiative pose un principe clair et simple: on ne joue pas avec la nourriture. Cette spéculation est la plus répugnante des formes de spéculations. Elle permet à certains de dégager d'énormes profits, aux dépens des populations les plus pauvres, mais aussi de tous les agriculteurs.

Notre initiative permet de replacer au centre un élément essentiel: le respect de la nourriture. Pour tous ceux qui, comme moi, défendent l'agriculture et les produits agricoles de qualité, il n'y a qu'une seule réponse possible: à l'instar du syndicat paysan Uniterre et de l'alliance des petits paysans, il faut recommander l'initiative. La réponse inverse lance en vérité un signal extrêmement négatif à l'égard des paysans et du respect des produits agricoles.

J'avais eu le plaisir de prendre la parole il y a maintenant quatre ans lors du discours d'ouverture de la législature et avais alors exprimé le souhait de voir nos décisions politiques permettre d'améliorer - ne serait-ce qu'un tout petit peu - le monde dans lequel nous vivons. Nous en avons aujourd'hui l'occasion.