Amaudruz Céline · Nationalrat · 2015-09-17
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2015-09-17
Wortprotokoll
La Suisse est-elle responsable des malheurs de ce monde? Est-elle à l'origine de la sous-alimentation qui frappe encore une personne sur huit dans le monde? C'est à peu près le genre d'arguments simplistes et larmoyants que développent les initiants. A les entendre, les seules entreprises établies en Suisse pousseraient les prix des biens alimentaires négociés à l'échelle mondiale vers le haut et contribueraient à la faim dans le monde. Attribuer la responsabilité des mouvements haussiers des matières premières à un seul responsable, à un seul facteur, revient à méconnaître la pluralité des causes qui agit sur la volatilité des cours des matières premières agricoles.
Soyons toutefois indulgents envers les auteurs de l'initiative, l'économie n'ayant jamais été la tasse de thé des socialistes, jeunes ou moins jeunes! Le prix d'un bien agricole dépend de facteurs aussi variables que les aléas du climat, le contexte politique, les habitudes de consommation - qui évoluent -, ou encore l'apparition de nouveaux consommateurs dans les pays émergents. Mais les prix découlent principalement de l'offre et de la demande. La hausse régulière de la population mondiale vient accroître la demande de biens alimentaires ce qui, en l'absence d'une hausse de l'offre, exerce une pression à la hausse sur les prix. Or, plus de 30 pour cent des terres émergées sont déjà utilisées pour l'agriculture. Une hausse de l'offre venant agir sur les prix à la baisse suppose d'accroître les rendements par une hausse de la productivité agricole. Aujourd'hui, l'indice des prix alimentaires de la FAO affiche son plus fort recul depuis décembre 2008. Je citerai à cet égard un extrait du bulletin de la FAO, du 10 septembre 2015: "Les cours internationaux des denrées alimentaires ont continué à fléchir en août, tandis que les disponibilités abondantes, la chute des prix de l'énergie et les inquiétudes au sujet de la récession économique en Chine ont concouru à la plus forte baisse de l'Indice FAO des prix alimentaires en près de sept ans."
Depuis 1970 et malgré la hausse de la population mondiale, la proportion de personnes sous-alimentées à été divisée par trois, cela grâce à la hausse des investissements opérés dans l'agriculture et à la croissance économique. Les recettes socialo-communistes ne fonctionnent pas en matière de politique agricole. Ce n'est assurément pas dans les pays qui pratiquent une gestion socialiste ou collectiviste de leur agriculture que l'on observe les meilleurs résultats en termes de lutte contre la faim.
Lors des hausses de prix observées entre 2007 et 2008, puis entre 2010 et 2011, que l'on veut imputer aux spéculateurs, les données disponibles ont montré une diminution des stocks pour toutes les denrées alimentaires. Ni le FMI, ni l'OCDE, ni la FAO, ni la Banque mondiale n'ont pu démontrer un lien entre des prétendus comportements spéculatifs et les hausses de prix. Même les marchés de produits échappant à la financiarisation ont connu de fortes hausses de prix.
Il convient, par conséquent, de recommander au peuple de rejeter la présente initiative, qui ne déploie aucun effet sur le prix mondial des denrées alimentaires, mais qui, en s'attaquant directement aux acteurs du négoce international des dérivés agricoles établis en Suisse, engendrerait - et cela est une certitude - des pertes d'emplois et une diminution des recettes fiscales.