Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2015-12-01
Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2015-12-01
Wortprotokoll
Le groupe des Verts vous recommande de soutenir la minorité Jans et de recommander au peuple et aux cantons d'accepter l'initiative.
Personne dans cette salle - ni ailleurs - ne peut décemment dire que nous n'avons pas de problèmes avec la manière dont nous gérons nos ressources. Il s'agit, au contraire, du grand défi de ce siècle, avec le changement climatique.
Le Conseil fédéral l'a d'ailleurs reconnu en proposant un contre-projet à notre initiative, sous la forme d'une révision de la loi sur la protection de l'environnement. Actuellement, cette loi, qui date des années 1980, ne cite nulle part la nécessité de gérer durablement les matières premières.
Malheureusement, le Parlement de la dernière législature s'est montré très défavorable à ce contre-projet, pourtant soutenu par la quasi-totalité des cantons, par les milieux du recyclage, les associations de consommateurs et tous les milieux économiques concernés. Ce contre-projet aurait pu déboucher sur un retrait de notre initiative car il en aurait constitué une première étape de mise en oeuvre. Il permettrait de mieux valoriser les ressources sur notre propre territoire, notamment le plastique, les métaux ou le phosphore, mais aussi d'appliquer, avec les milieux économiques concernés, des standards écologiques existants au niveau international pour les matériaux que nous importons, comme l'huile de palme, le poisson, le coton ou le bois. Plus de 70 pour cent de notre impact a en effet lieu à l'étranger. De telles mesures, associées à une politique climatique crédible, permettraient de réduire efficacement notre empreinte écologique, qui est actuellement de près de trois planètes, car c'est bien de cela qu'il s'agit. L'initiative demande que nous cessions de vivre en surconsommant et en gaspillant des ressources dont les générations futures, mais aussi les autres habitants de notre planète, ont besoin.
Que ferons-nous quand nous aurons vidé les mers de leurs poissons, quand nous aurons détruit les dernières forêts primaires et leur incroyable biodiversité, quand nous aurons épuisé les terres agricoles et irrémédiablement pollué nos eaux douces? Trouvez-vous intelligent que les deux tiers des métaux que nous consommons, ainsi que des quantités invraisemblables de plastique, finissent encore dans nos poubelles? Est-il rationnel d'importer du phosphore quand nous pourrions revaloriser celui de nos boues d'épuration? Pourquoi ne pas recycler mieux les matériaux de construction alors que notre approvisionnement en gravier et en béton pose d'importants problèmes écologiques?
Les solutions existent. L'économie circulaire doit remplacer l'économie gaspilleuse et polluante d'hier. Elle permet de répondre à nos besoins tout en réduisant le gaspillage et en proposant de nouveaux modèles de consommation innovants, comme l'économie de fonctionnalité ou de partage. Economiquement, l'économie circulaire est le bon sens même, car elle assure à nos entreprises une meilleure autonomie et plus de sécurité dans leur approvisionnement en matières premières. Elle crée aussi des emplois localement ancrés dans les domaines de la revalorisation des matériaux, de la réparation ou des "cleantech".
Ce que demande notre initiative n'a rien d'utopique; il s'agit au contraire du principe même de la durabilité. D'ailleurs, l'objectif d'une empreinte écologique d'une seule planète en 2050 est celui que poursuit le World Business Council for Sustainable Development, une organisation qui réunit de grandes entreprises internationales comme Toyota, ABB ou L'Oréal. C'est également l'objectif que s'est fixé l'Europe en affirmant que son économie devra, en 2050, respecter les limites écologiques de notre planète.
Tout autre modèle de développement est non seulement irresponsable, mais également irréaliste. La Conférence de Paris sur le climat vient de commencer et le temps presse. Nos émissions de CO2 constituent une partie importante de notre empreinte écologique. Il est temps d'agir non seulement pour les réduire, mais aussi pour exploiter durablement les ressources de la planète.