Polla Barbara · Nationalrat · 2002-03-06
Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2002-03-06
Wortprotokoll
Au nom du groupe libéral, j'aimerais tout d'abord remercier le Conseil fédéral de la qualité du contenu du rapport sur la politique économique extérieure 2001 et remercier également le SECO de l'effort entrepris pour nous présenter la première partie du rapport, à savoir les chapitres généraux 1 à 8, d'une manière particulièrement conviviale. Ce que M. Cavalli appelle le "luxe", c'est en fait une réponse du SECO à une demande précise de ce Parlement. Et puis, en fait de luxe, je trouve que certaines des illustrations de ce rapport, par exemple la photo en page 61, pour quelqu'un comme moi qui ne connais pas les mines de Bolivie, sont probablement beaucoup plus parlantes encore, pour la nécessité de poursuivre notre engagement en termes de politique extérieure, que bien des graphiques qui auraient pu être présentés en noir et blanc.
En ce qui concerne la motion d'ordre Mugny réclamant le report du traitement de ce magnifique rapport, que nous avons rejetée hier, je dois tout de même dire que le rapport avait pourtant été approuvé par le Conseil fédéral le 9 janvier 2002 déjà, mais que son étude, en tant que non membre de la commission, m'a valu une nuit blanche, car en effet, il mérite bien qu'on y passe plus que quelques heures. Je n'y ai pas trouvé la "Wortlosigkeit" évoquée par M. Schlüer.
Dans les limites du temps imparti, je me concentrerai sur certains sujets spécifiques qui intéressent plus particulièrement le groupe libéral, et tout d'abord sur le rapport existant entre la mondialisation et l'évolution de la pauvreté. La mondialisation, Monsieur Maillard, est donc définie, en page 6 du rapport, comme "la circulation intense des marchandises et des services, des capitaux, des travailleurs et des connaissances". La prochaine fois, Monsieur le Conseiller fédéral, je serais reconnaissante que le libéralisme soit également défini dans le rapport: cela évitera à M. Maillard de faire des confusions malheureuses entre mondialisation et libéralisation.
Je reviens donc à la mondialisation. Elle s'est accélérée ces dernières années sélectivement dans toute une série de pays qui ont déjà été cités abondamment par les rapporteurs, y compris plusieurs pays de l'Afrique subsaharienne, alors que d'autres pays, comme certains pays de l'Asie du Sud et d'autres pays de l'Afrique subsaharienne, sont restés, si on peut dire, des marginaux de la mondialisation.
La question de savoir si la mondialisation, quels que soient ses effets culturels, a ou non un effet positif sur la pauvreté est un débat central entre les pro et les antimondialisation. M. Rennwald, rapporteur de langue française, a apporté des éléments et des arguments extrêmement importants et particulièrement bien documentés à cette réponse. Mais si cette réponse, notamment en accord avec ce que nous a dit M. Rennwald, est clairement oui, elle n'en est pas moins complexe. Il y a effectivement certains endroits dans ce rapport où la réponse semble être simple et on a juste l'impression qu'il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. C'est la partie simple de la réponse. La partie complexe, c'est que dans les pays nouvellement mondialisés, le pourcentage de pauvreté diminue; mais en raison de l'évolution démographique, le nombre total des pauvres non seulement ne diminue pas, comme l'a dit M. Rennwald, mais en fait augmente. Par ailleurs, seuil de pauvreté défini comme le fait de vivre avec moins de 1 dollar, est tellement bas que [PAGE 106] l'espoir apporté par l'évolution du pourcentage de pauvres doit être nuancé.
Mais ce n'est pas une raison pour ne pas approuver le rapport. M. Cavalli dit qu'il ne faut pas approuver le rapport notamment pour cette raison-là. Ce qu'on nous demande aujourd'hui, c'est d'approuver ou de désapprouver le contenu d'un rapport et non pas la réalité du monde. Je pense qu'on peut prendre acte et approuver un rapport tout en désapprouvant certaines réalités mondiales et en voulant continuer de nous engager pour les améliorer dans la mesure de nos moyens.
Il n'en reste pas moins que la corrélation entre la croissance économique et le recul de la pauvreté est positive et que l'effet favorable passe par le marché du travail et la création d'emplois. Il s'avère aussi que les effets positifs de la croissance économique sur la réduction de la pauvreté sont largement modulés par beaucoup d'autres facteurs, le plus important étant probablement l'accès à l'éducation.
La Suisse dans son ensemble n'a ni la volonté, ni l'intérêt - elle qui gagne un franc sur deux à l'étranger -, ni les moyens de lutter contre la mondialisation en tant que telle. Il existe par contre dans notre pays une volonté politique partagée, ce qu'on appelle les intérêts supérieurs, de contribuer, dans une mesure qui peut varier en fonction des objectifs politiques prioritaires, à la réduction de la pauvreté mondiale. Notre coopération économique oeuvre dans ce sens, notamment par le développement des infrastructures de base et des investissements privés du commerce, tous mentionnés dans le rapport. Mais l'engagement par l'éducation devait être, quant à lui, absolument prioritaire, et c'est là le partenariat social qui a été mentionné par un des préopinants. J'aimerais signaler à cet égard que les grandes entreprises multinationales se sont engagées dans le sens d'un partenariat social, notamment par rapport à l'éducation, à l'initiative de Kofi Annan, par le pacte qui s'appelle le Global Compact initié à Davos l'année dernière. C'était encore à Davos. En l'an 2000, 1400 millions de francs ont été attribués au SECO et à la DDC pour contribuer à un développement durable par la coopération internationale, à savoir environ 0,34 pour cent du produit national brut. Le groupe libéral encourage le Conseil fédéral à atteindre le plus rapidement possible le 0,4 pour cent du PIB pour le soutien de la politique économique extérieure et de développement.
Mais j'aimerais maintenant en venir à des considérations plus locales. La situation économique suisse nous est bien connue. La croissance économique, qui est passée de 3 pour cent à 1,6 pour cent pour l'année sous revue, devrait encore légèrement fléchir en 2002, pour atteindre 1,3 pour cent. En 2003, par contre, des signes sensibles d'un renouveau de l'économie intérieure et extérieure sont à nouveau attendus.
Je m'attarderai par contre avec une certaine inquiétude sur l'évolution des relations entre la Suisse et l'Union européenne qui, ne l'oublions pas, font partie au premier chef de notre politique économique extérieure. Je ne citerai qu'un exemple, mais d'importance. A la page 39 du rapport, on lit: "Avec l'entrée en vigueur des accords sectoriels, la Suisse sera associée au cinquième programme-cadre de recherche 1999-2002." Mais, nous sommes en 2002, et en ce qui concerne la recherche et donc le développement technique et économique, la Suisse a manqué le coche, et si le Conseil fédéral ne prend pas rapidement des mesures actives pour prévenir l'isolement de la Suisse au sein de l'Union européenne, il y aura fort à craindre pour l'avenir du développement de notre pays en termes de recherche et, par conséquent, de transfert de technologies et de développement économique.
Il ne suffit pas d'ouvrir des "business hubs" à Milan et ailleurs, encore faut-il que les relations politiques entre la Suisse et l'Union européenne permettent la participation de notre pays aux programmes de recherche de l'Union européenne. Car sans recherche, pas de nouvelles technologies; sans nouvelles technologies, pas de transferts de technologies; sans transferts de technologies, pas d'entreprises innovantes; sans création d'entreprises, pas de développement économique; sans développement économique, pas de prospérité; sans prospérité, pas d'argent; et on pourrait dire: sans argent, pas de Suisse! mais surtout aussi, sans argent, pas de politique de développement. C.Q.F.D. Le rapprochement avec l'Union européenne est indispensable pour permettre un développement économique adéquat en Suisse.
Un mot encore pour remercier le Conseil fédéral de l'activité intense déployée en termes d'aides financières, de relations bilatérales et de mesures autonomes. Parmi les mesures autonomes, j'aimerais notamment souligner le fait que le Conseil fédéral a décidé d'appliquer, à titre autonome justement, les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU visant à lutter contre le commerce desdits diamants de la guerre, à savoir les diamants bruts dont le produit de la vente est utilisé comme source financière par certains groupes rebelles armés en Angola ou en Sierra Leone. Le groupe libéral salue cette initiative du Conseil fédéral qui a ainsi anticipé par ses actions concrètes notre vote de dimanche dernier.
Le Conseil fédéral nous soumet également, dans son rapport sur la politique économique extérieure 2001, huit messages portant sur des accords économiques internationaux conclus dans les domaines les plus divers, des produits agricoles à la réassurance en matière de garantie contre les risques à l'exportation, du café ou du jute au commerce et à la coopération économique et la protection des investissements, accords impliquant notamment la Jordanie, la Croatie, la Turquie, la Norvège, la République fédérale de Yougoslavie et la Bosnie et Herzégovine, la France, l'Autriche et l'AELE. Ces accords, certes très techniques, sont cependant tous conclus dans une vision de développement durable et de contribution à la croissance économique.
Le groupe libéral prendra donc acte de ce rapport et approuvera également les huit accords en réitérant sa satisfaction concernant la politique économique extérieure du Conseil fédéral.
Il est vrai que, dans ce domaine, tout reste toujours à faire et à réinventer au quotidien. L'augmentation des moyens financiers investis par la Confédération dans le développement doit permettre d'améliorer encore notre contribution, certes modeste - il ne faut pas s'illusionner non plus -, au développement durable de la planète. Plus localement, seule la poursuite de la politique d'ouverture de la Suisse vers l'Union européenne, je le répète, saura assurer, dans le moyen terme, un développement économique dont la politique extérieure est strictement tributaire. Il s'agit là de créer un cercle vertueux, si j'ose dire, dans le flux économique entre la Suisse, l'Union européenne et le reste du monde.