Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2015-12-17
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-12-17
Wortprotokoll
L'idée d'un revenu de base inconditionnel n'est pas encore arrivée à maturité. Et cette initiative a les défauts de la jeunesse: son impétuosité et son impatience. Elle en a aussi certaines des qualités, à commencer par l'audace, l'audace d'engager le débat en Suisse sur les questions fondamentales que sont la valeur du travail, le rapport à l'argent, le rôle de la part non rémunérée du travail et de l'existence, mais aussi la place de chacune et de chacun au sein de notre communauté.
Maladroite, sans doute trop pressée, cette initiative n'est pourtant ni stupide ni farfelue. L'idée d'octroyer à toutes les citoyennes et tous les citoyens une allocation individuelle inconditionnelle et à durée indéterminée, la durée d'une vie, se distingue par sa simplicité et son équité. L'idée, d'ailleurs, est en marche dans d'autres Etats, notamment aux Pays-Bas. A l'heure où le travail rémunéré est souvent mis sous pression, précarisé et où près de la moitié des emplois helvétiques actuels risquent de disparaître dans un avenir plus ou moins proche, le revenu de base inconditionnel offre un horizon alternatif possible et crédible. Un projet à la fois social et libéral, misant sur l'autonomie et les talents de chaque personne, un projet qui n'est ni de gauche, ni de droite, mais qui touche à des valeurs centrales.
En l'état, cette initiative n'est certainement pas réaliste, elle propose un modèle imparfait et beaucoup lui reprochent son idéalisme. C'est toutefois avec des idéaux que l'on a, toujours et partout, fait avancer le monde. Paradoxalement, c'est également sans doute par souci de réalisme que les montants suggérés par les initiants s'avèrent insuffisants à garantir une réelle équité. Malheureusement, l'air du temps est plus propice au populisme et aux craintes de tout ordre, justifiées ou non, que l'on brandit tels des épouvantails, et il n'offre pas d'espace aux utopies.
De plus, les initiatives populaires sont devenues les instruments d'un combat où on compte les points - combien de batailles gagnées, combien de perdues - plutôt que de faire avancer la société.
Dans ces circonstances, j'ai préféré m'abstenir en commission; vous l'avez entendu, le rapporteur l'a évoqué, je suis la seule à avoir fait entendre une voix légèrement discordante. J'en conviens, cela ne constitue pas une position très glorieuse, notamment si l'on prend en considération les 100 000 signatures recueillies par les initiants. Mais je [PAGE 1330] poursuivrai dans cette attitude peu glorieuse en m'abstenant lors du vote d'aujourd'hui.