Schwaab Jean Jacques · Nationalrat · 2002-03-13
Schwaab Jean Jacques · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-03-13
Wortprotokoll
Nous revenons une fois encore sur le problème des gens qui travaillent et qui ne gagnent pas de quoi vivre décemment. Je ne suis pas satisfait de votre réponse, Monsieur le Conseiller fédéral. Je ne l'étais pas en septembre 2001, lorsque cette réponse a été rédigée, et depuis lors la situation ne s'est, à ma connaissance, pas améliorée, puisqu'on retrouve les mêmes chiffres dans la brochure "Travail et pauvreté", que vient de publier l'Union patronale suisse. On en a déjà parlé tout à l'heure, notamment à l'occasion du débat sur la motion 00.3228, "Garantie d'un minimum vital par le travail rémunéré", déposée par la minorité Leutenegger Oberholzer.
Vous confirmez les chiffres, vous confirmez les préoccupations du Conseil fédéral, notamment le fait que les pauvres qui travaillent à plein temps et qui ne gagnent pas suffisamment pour vivre ont passé de 5,3 pour cent en 1992 à 7,5 pour cent en 1999. Faudra-t-il qu'ils atteignent 10, 15 ou 20 pour cent pour que l'on s'en préoccupe de manière sérieuse?
L'Union patronale suisse propose dix mesures d'inégale importance pour améliorer la situation, dont les conditions de travail, la protection de la maternité, des structures d'accueil, des allègements fiscaux, des prestations cantonales. Même l'Union patronale suisse va plus loin que vous, Monsieur le Conseiller fédéral! Il serait temps de reprendre les choses sérieusement en main.
Vous nous dites que l'on attendra cet été les résultats d'une recherche ou d'un travail que vous avez commandé. Parfait, très bien! Espérons qu'un certain nombre de mesures puissent être prises. Mais il ne faut certainement pas occulter le fait que le travail est l'élément essentiel de la dignité d'un individu. L'Union patronale suisse le dit (p. 22 de la brochure "Travail et pauvreté"), le revenu procuré par le travail doit suffire à faire vivre quelqu'un et sa famille, ceci sans aumône. Or, il y a 250 000 personnes en Suisse qui sont dans un état inférieur à cet état de pauvreté ou de limite de la pauvreté. Cela n'est pas acceptable! Vous devez une fois, [PAGE 228] Monsieur le Conseiller fédéral, accepter de dire que c'est le rôle de l'Etat d'intervenir pour faire cesser ce scandale.
Vous proposez des milliards de francs lorsqu'il s'agit de sauver Swissair! Sauver des places de travail, c'est très bien, mais il y a aussi cette problématique. Vous ne voulez même pas essayer d'imposer aux branches les plus rentables le prélèvement de compensations pour les autres, ce qui permettrait à ces dernières d'augmenter les salaires. Car celles-ci aussi sont nécessaires: il ne s'agit pas de maintenir des structures obsolètes. La restauration, l'hôtellerie, le textile ne sont pas que des entreprises obsolètes, en tout cas ils apprécieraient que vous le leur disiez. Mais ils apprécieraient aussi de pouvoir bénéficier de mesures qui leur donneraient la possibilité de payer des salaires permettant à leurs employés de vivre.
Encore une fois, 250 000 personnes, ce n'est pas négligeable. Je suis choqué par les réponses lénifiantes. Vous savez, Monsieur le Conseiller fédéral, être plus énergique. J'ai envie de vous dire: "Secouez-vous un peu, Monsieur le Conseiller fédéral!"